Daniel Blackburn va lancer une clinique de consultants en cannabis médical à la Polyclinique 55, dans le secteur Saint-Grégoire, à Bécancour. ­

Le cannabis médical fait son entrée à la Polyclinique 55

BÉCANCOUR — «J’étais habitué à travailler le vent de face, mais là, c’est vraiment en train de changer.» Daniel Blackburn cache mal son enthousiasme relativement à son dernier projet. Avec deux associés, il va ouvrir une clinique de consultants en cannabis médical baptisé VertMédic. Et pas n’importe où. À la Polyclinique 55, à Bécancour, où plusieurs intervenants de la santé ont pignon sur rue.

Pour M. Blackburn, rien de plus normal que d’offrir ce service à un endroit associé à la santé. «Comme c’est une démarche qui se veut médicale, de s’installer dans une polyclinique, c’est cohérent.» C’est une façon aussi pour eux de se démarquer et de se dissocier des préjugés parfois associés au cannabis médical.

VertMédic s’est donné comme mission d’informer la population du Québec sur les possibilités offertes par le Règlement sur l’accès au cannabis à des fins médicales (RACFM), explique le résident de Bécancour. «C’est très ardu de faire une demande à Santé Canada quand tu as une condition médicale qui demande l’utilisation de cannabis médical. On va accompagner le patient dans ses démarches auprès de Santé Canada pour l’obtention d’une prescription et pour avoir accès aux producteurs agréés de cannabis médical au Canada.»

Et cette clinique n’a rien à voir avec les dispensaires illégaux de cannabis qui ont été fermés par la Sûreté du Québec en octobre. Premièrement, ceux qui espèrent se procurer du cannabis chez VertMédic vont être déçus. «Il n’y a aucune vente de cannabis sur place. Il y a zéro cannabis sur place. On n’a pas le droit d’en vendre, on n’a pas le droit d’en posséder. Tout ce qu’on a le droit d’avoir, ce sont des démos pour montrer à quoi ressemble le produit, comme des gélules par exemple. C’est vraiment d’accompagner le patient dans ses démarches et de le conseiller», explique M. Blackburn. La clinique a l’intention de respecter la réglementation de Santé Canada à la lettre, souligne-t-il.

D’ailleurs, plusieurs personnes ne savent pas comment se procurer du cannabis médical. Certaines vont tout simplement à la Société québécoise du cannabis et s’automédicamentent à peu près. «Ce n’est pas normal qu’une personne qui a des conditions médicales fasse un line-up de trois heures pour aller se chercher du pot à la SQDC, et qu’en bout de ligne, elle n’a pas de conseil et elle n’est pas accompagnée dans toute sa démarche», déplore M. Blackburn.

Ce dernier assure que le projet a été bien reçu par les propriétaires - deux médecins et un pharmacien - de la Polyclinique 55. «On a eu un accueil très favorable de la part des propriétaires. Il y a beaucoup de gens qui interrogent les médecins sur le cannabis médical, et surtout sur le CBD [agent actif du cannabis qui ne produit pas un «high», N.D.L.R.]», explique M. Blackburn, qui est très heureux de l’ouverture des propriétaires de la Polyclinique.

L’un d’eux, le Dr Jocelyn Hébert, admet qu’au départ, les propriétaires avaient quelques préoccupations par rapport à ce projet. «Oui, on avait des craintes. On a mis des petits critères. On savait qu’il ne pouvait pas vendre du cannabis, mais on voulait s’assurer qu’il n’en ait pas. C’est sûr que sur le coup, on se demandait quoi faire, mais après avoir discuté avec lui, après avoir vu son plan de match, et connaissant un peu le cannabis médical, on a vu qu’il voulait aider les gens à s’orienter dans les dédales gouvernementales. » Comme médecin, il est déjà sensibilisé au cannabis médical. «Il y a effectivement beaucoup de données qui sortent tranquillement. Je pense qu’éventuellement, ça va devenir quelque chose qui va être intéressant. À mon avis, la chose majeure c’est vraiment la crise des opioïdes qu’on vit et qui va peut-être forcer le milieu médical à regarder d’autres alternatives.»

Il faut préciser toutefois pour éviter toute confusion que le GMF qui se trouve dans le bâtiment de la Polyclinique n’a aucun lien avec VertMédic. D’ailleurs, c’est via la télémédecine que les gens qui s’adresseront à VertMédic pourront obtenir une prescription pour du cannabis médical. Ce sont des médecins de l’Ontario qui étudieront leur dossier, selon divers critères.

En plus de l’aspect entourant le cannabis médical, de l’information et de la formation seront offertes au personnel médical que ce soit des infirmières ou des médecins. «C’est pour démystifier l’utilisation du cannabis à des fins médicales», note M. Blackburn. Une boutique de chanvre se trouvera également sur place où divers produits à base de chanvre seront offerts comme des vêtements ou des pommades. De plus, des conférences et des ateliers pourront être présentés dans la grande salle de la clinique.

Aucune date n’a encore été arrêtée pour l’ouverture de VertMédic à Bécancour. Le local est en train d’être aménagé. Si ce projet fonctionne bien, il pourrait faire des petits dans d’autres villes de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Ce militant de longue date du Bloc Pot se réjouit que la population soit plus ouverte au cannabis depuis le 17 octobre. «Ç’a vraiment changé depuis la légalisation. Les gens voient le cannabis d’un nouvel oeil. Il y a une acceptabilité sociale plus grande. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais ça va de mieux en mieux. Les gens s’informent. Le bogue de l’an 2000 ne s’est pas produit», conclut-il, en faisant allusion aux scénarios catastrophiques avancés en prévision de la légalisation.