Le chercheur shawiniganais Yannick Benoît et son équipe de recherche font du cancer colorectal leur cheval de bataille.
Le chercheur shawiniganais Yannick Benoît et son équipe de recherche font du cancer colorectal leur cheval de bataille.

Le cancer colorectal sous la loupe du chercheur shawiniganais Yannick Benoît

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
Shawinigan — Selon la Société canadienne du cancer, le cancer colorectal pourrait très bien être la troisième forme de cancer la plus fréquemment diagnostiquée au Canada en 2020. Souvent effectuées dans l’ombre, des recherches sur ce type précis de cancer se font pourtant quotidiennement partout au pays afin de trouver un remède miracle. Et ce traitement pourrait bien être l’oeuvre du chercheur de la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa originaire de Saint-Georges-de-Champlain, Yannick Benoît, qui en fait son cheval de bataille depuis plusieurs années.

À titre de professeur adjoint et directeur de recherche en sciences biomédicales à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa depuis 2017, Yannick Benoît a en effet la tâche de développer des traitements novateurs pour traiter le cancer du côlon. Pour ce faire, son expertise se concentre notamment sur l’épigénétique, un concept qui étudie les changements dans l’activité des gènes qui n’impliquent pas de modification de la séquence d’ADN et qui peuvent être transmis lors des divisions cellulaires.

«Je me spécialise sur l’étude des phénomènes épigénétiques qui contribuent au cancer. D’ailleurs, les mécanismes qui font partie de l’épigénétique sont souvent dans un mauvais état de fonctionnement dans les cancers, incluant celui du côlon. C’est pourquoi je cherche à trouver une solution à ça, en plus de me spécialiser aussi dans la recherche et la caractérisation de nouveaux médicaments qui pourraient être plus efficaces que ceux que l’on retrouve actuellement. Et en plus de ces recherches, j’ai aussi des projets en cours sur le même sujet qui concernent cette fois-ci la compréhension des mécanismes biologiques», explique-t-il.

Un long parcours orienté vers les sciences

Pour le chercheur qui était un passionné du domaine des sciences depuis son jeune âge, bien qu’il gardait cette information plutôt secrète à l’époque, cette discipline scolaire a toujours teinté son parcours académique.

En effet, dès la fin de son secondaire à l’école du Rocher, il s’est rapidement dirigé en sciences de la nature au Collège Shawinigan. Ces premiers pas dans le domaine des sciences le mèneront ensuite à entamer un baccalauréat en biochimie, une maîtrise, puis un doctorat en biologie cellulaire à l’Université de Sherbrooke, avant d’entreprendre une spécialisation en pharmacologie à l’Université de Cornell, à New York, et une seconde à l’Université McMaster, en Ontario.

Pourtant, malgré des études en sciences pendant plus de 15 ans, rien ne le prédestinait à une spécialisation pour cette pathologie bien précise au départ, estime le principal intéressé.

Yannick Benoît, chercheur à l’Université d’Ottawa, originaire de Shawinigan.

«Étudier le cancer colorectal, c’était vraiment un concours de circonstances pour moi, car à travers mon parcours, il a fallu que je garde une certaine ligne directrice si je voulais développer une expertise qui soit unique pour que je puisse être recruté par une université canadienne pour rouler mon propre programme de recherche par la suite. Donc quand j’ai commencé en biochimie en 2000 à l’Université de Sherbrooke, je n’avais aucune idée que j’étais pour étudier le cancer et encore moins le cancer colorectal et la découverte de nouveaux médicaments dans ce contexte-là. Mais c’est quand j’ai commencé mon doctorat et que je travaillais dans un laboratoire d’accueil où il y avait une portion du programme de recherche de mon superviseur qui était sur le cancer du côlon que j’ai pris cette direction-là. Et quand je suis arrivé à New York par la suite, j’ai travaillé là-dessus encore davantage avec un gastro-entérologue.»

S’il peut parfois être difficile de se faire reconnaître dans le domaine scientifique en raison des résultats de recherche qui ne sont pas toujours à la hauteur des attentes initiales, les recherches du scientifique originaire de Shawinigan effectuées au cours des dernières années n’ont quant à elles pas manqué d’attirer l’attention des scientifiques de partout dans le monde, si bien que Yannick Benoît est désormais considéré comme l’un des chercheurs canadiens les plus prometteurs de sa génération.

«Pour se bâtir une bonne réputation dans le domaine, ça se fait notamment avec la publication d’articles scientifiques dans des journaux spécialisés qui font état des résultats de nos travaux qu’on rend accessibles à la communauté scientifique. C’est donc en publiant de bonnes études qui reçoivent beaucoup de citations et d’intérêt qu’on bâtit notre réputation à travers le monde et qu’on peut du même coup appliquer pour des subventions», soutient-il.

Une subvention qui arrive à point

D’ailleurs, en plus d’avoir remporté de nombreux prix, dont la bourse pour la relève scientifique en 2015, le professeur et chercheur a de nouveau été reconnu par ses pairs dernièrement, alors qu’il vient de recevoir une subvention majeure de 895 000 $ échelonnée sur cinq ans de la part du gouvernement fédéral afin de soutenir ses travaux de recherche concernant le cancer du côlon.

«Il y a deux concours par année pour les subventions de projet et pour chacun de ces concours, le gouvernement fédéral reçoit des milliers de demandes et ils vont en financer environ 12 à 13 %, donc c’est très compétitif. Toutes les demandes passent par la suite par un comité d’évaluation composé de scientifiques. J’ai pour ma part soumis ma demande au concours de mars dernier et j’ai reçu de très bons résultats de leur part, donc j’ai été parmi les chanceux à avoir cet aide-là. Pour moi, c’est un moment clé dans ma carrière, car je suis encore considéré comme un jeune chercheur et obtenir une subvention majeure, c’est un point tournant pour tout scientifique puisque c’est là qu’on fait habituellement notre marque dans le domaine en tant que chercheur prometteur à travers le Canada.»

Grâce à cette subvention, Yannick Benoît espère ainsi être en mesure de pouvoir effectuer des recherches prometteuses dans le domaine, chose qui semble toutefois se dérouler déjà rondement à l’heure actuelle.

«Il faut comprendre que la recherche, ça se mesure sur plusieurs années. Mais je dois dire que je suis actuellement à un point de ma carrière où mes projets vont très bien. Je dois d’ailleurs m’affairer à publier prochainement des travaux dans les journaux scientifiques. Donc ça va bien jusqu’à maintenant et j’espère toujours que ça va mener éventuellement à de meilleurs traitements qui vont permettre d’améliorer la survie des gens pour ce type de cancer», conclut-il.