De gauche à droite: Vanessa Clément (intervenante), Nicole Hamel (coordonnatrice CALACS Entraid’Action), Mario Dupont (propriétaire du restaurant Chez Clarah, établissement participant à la campagne) et Marie-Ève Lajoie (intervenante).

Le CALACS Entraid’Action en campagne

SHAWINIGAN — Afin que les dénonciations du mouvement #MoiAussi provoquent un véritable changement de culture, le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) Entraid’Action met encore plus d’emphase sur la sensibilisation dans le cadre de sa troisième campagne de distribution de napperons dans des restaurants du Centre-de-la-Mauricie, de la MRC de Mékinac et de La Tuque. Un nouveau dépliant sera aussi distribué aux intervenants, dans le cadre de la Semaine des victimes et survivants d’actes criminels, qui se déroulera du 26 mai au 1er juin. La campagne se déroulera sous le thème «Le pouvoir de la collaboration: Ça me regarde!». La phrase-choc est d’ailleurs inscrite bien en évidence sur chacun des 37 000 napperons qui seront distribués dans une trentaine de restaurants. C’est près de quatre fois plus que lors de la première campagne!

«Tout le monde peut agir pour provoquer des changements sociaux», rappelle Marie-Ève Lajoie, intervenante au CALACS Entraid’Action. «C’est important d’intervenir. Que vous soyez homme ou femme, ça nous concerne tous!»

Au cours de la dernière année financière, soit du 1er avril 2018 au 31 mars 2019, l’organisme a reçu 52 nouvelles demandes d’aide de femmes et d’adolescentes, soit une vingtaine de plus que l’année précédente. Cette compilation ne comprend pas les courriels ou les appels de personnes ou d’intervenants qui veulent être guidés, obtenir des références. «Nous avons aussi reçu une dizaine de demandes d’aide aux proches», ajoute Vanessa Clément, également intervenante. «Nous faisons beaucoup de représentations chez divers organismes. Nous avons une vingtaine de suivis actifs en rotation, des listes d’attentes à plusieurs reprises, car nous avions énormément de demandes en même temps.»

La vague de dénonciations d’inconduites sexuelles a évidemment produit un effet et les deux femmes s’entendent pour croire que l’impact franchira l’épreuve du temps, bien au-delà de la simple prise de conscience ponctuelle. Déjà, deux nouvelles réalités se dessinent: les victimes attendent beaucoup moins longtemps avant de dénoncer et les adolescentes se manifestent davantage. «Ce mouvement a été un tremplin pour les femmes qui voulaient entreprendre des procédures judiciaires, mais qui n’osaient pas», observe Mme Lajoie. «Les demandes d’aide ou d’information ont été en hausse considérable. Je ne pense pas qu’on va arrêter d’en entendre parler. Une brèche a été ouverte et ce que nous avons vu, ce n’est que la pointe de l’iceberg. On sait que les statistiques que nous avons ne sont pas réalistes par rapport aux agressions sexuelles. Il en existe beaucoup plus! Dans nos services, notre prévention, notre sensibilisation, nous voulons amener les gens à dévoiler, à reconnaître des gestes. C’est pourquoi notre campagne dit qu’on peut être un témoin actif. On veut qu’il y ait autant d’hommes que de femmes qui puissent en parler. On veut limiter le tabou, afin qu’on devienne une société qui ne tolère aucune forme d’agression sexuelle ou tout geste à connotation sexuelle.»

Les deux intervenantes hésitent à dire que le comportement des hommes a changé depuis cette vague de dénonciations, puisqu’elles ne possèdent aucun indice de mesure concret pour le démontrer. Mme Lajoie observe tout de même que le message de sensibilisation porte particulièrement auprès des adolescents.

«À tous les jours, on peut être témoin de quelque chose à connotation sexuelle qui est déplacé», fait remarquer sa collègue. «Il faut arrêter de banaliser ces propos et dire que ça ne passe pas. Il faut agir et montrer que c’est inacceptable, devenir actif. Ce n’est pas seulement aux victimes à faire le travail. Il faut aussi une conscience sociale.»