Le budget de Trois-Rivières adopté sur fond de discorde

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Alors que les derniers mois ont été marqués pour bien des Trifluviens par des diminutions de revenus, les élus de Trois-Rivières ont adopté mardi un budget de 293 millions $ prévoyant une augmentation moyenne de 0,7 % du compte de taxes. L’adoption du budget et du Plan triennal d’immobilisation (PTI) a toutefois été marquée par un débat surprise pas du tout apprécié par plusieurs conseillers sur la plantation d’arbres et l’aménagement de pistes cyclables. 

Cette augmentation moyenne de 0,7 % correspond à la croissance projetée de l’indice des prix à la consommation. Pour une maison unifamiliale évaluée à 185 000 $, cela se traduit par une augmentation du compte de taxes de 18,83 $.

À titre de comparatif, le compte de taxes des Trifluviens avait connu une augmentation de 2,75 % en 2019 et de 1,95 % en 2018.

Le maire de Trois-Rivières se défend de présenter un budget électoraliste avec des augmentations qui suivent l’IPC. «Le facteur pandémique est au coeur de nos actions», lance Jean Lamarche.

«Le vrai biais ce n’est pas les élections, mais la pandémie. On ne veut pas surtaxer les contribuables.»

Le gel des taxes comme le fait certaines municipalités n'était pas une option viable a noté le maire, car cela entraînerait une perte de revenus trop importante pour la Ville. 

La pandémie de COVID-19 a beaucoup de conséquences sur les coffres de Trois-Rivières. De nombreuses dépenses ont dû être engrangées par la Ville afin de venir en aide à des secteurs économiques durement affectés par une crise sanitaire planétaire. L’aide financière d’urgence des gouvernements fédéral et provincial de 12,4 millions «a permis de neutraliser les impacts de la pandémie sur les finances de notre Municipalité en 2020 et 2021», indique la Ville dans son plus récent exercice budgétaire.

«Les dépenses récurrentes de la Ville, dont la croissance anticipée est supérieure à l’indice du coût de la vie projeté cette année, sont responsables du manque à gagner affectant notre équilibre budgétaire», affirme le maire de Trois-Rivières Jean Lamarche dans son rapport sur le budget 2021.

Par ailleurs, trois éléments ont permis de «niveler» le manque à gagner, mentionne la Ville. Il s’agit d’une hausse de la compensation associée au calcul de la péréquation du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), d’une «actualisation» (hausse) des taux de taxation des terrains non développés à proximité des services ainsi qu’une diminution des dépenses liées aux immobilisations payées comptant.

Un excédent non affecté de 6,4 millions $ est aussi réservé dans le budget de 2021 à des subventions pour des entreprises ou organismes qui subissent les contrecoups négatifs de la COVID-19.

De plus, les élus ont aussi présenté un budget prévoyant un gel des tarifs de la STTR pour la prochaine année pour «maintenir le service abordable».

La conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure

Débat inattendu autour des arbres et des pistes cyclables

Trois conseillers municipaux ont forcé leurs collègues à se prononcer sur la plantation d’arbres et l’aménagement de pistes cyclables lors de l’adoption du budget 2021 de la Ville de Trois-Rivières et le nouveau Plan triennal d’immobilisations.

Lors de l’assemblée publique pour l’adoption du budget, la conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure, a demandé l’ajout de deux amendements concernant la plantation d’arbres et les pistes cyclables. Elle a mentionné être appuyée dans sa démarche par les conseillers Denis Roy et Claude Ferron. Le débat sur ces deux amendements a retardé l’adoption du budget.

«Au tout début des négociations à huis clos sur le budget et le programme d’immobilisation, vous avez proposé de couper 30 % de l’enveloppe pour la plantation d’arbres dès 2022 et de 50 % de l’enveloppe des pistes cyclables dès 2021», a déclaré la conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure.

«Plusieurs élus ont sursauté puisqu’il s’agit de deux de nos programmes phares dans la lutte aux changements climatiques.»

Devant cette demande, la séance publique a été suspendue durant une quinzaine de minutes, le temps que les élus prennent connaissance des amendements. Les trois conseillers tenaient à ce que les débats sur ces enjeux se fassent sur la place publique.

Le premier amendement consistait à modifier le Plan triennal d’immobilisation afin d’augmenter le budget de la plantation d’arbres de 250 000 à 390 000 $. Le maire Jean Lamarche a indiqué que personne n’est contre la plantation d’arbres. Il a qualifié de «simpliste» d’accuser les élus d’être opposés à la plantation d’arbres.

«Avez-vous considéré notre capacité à réaliser ces travaux dans la même année?» a demandé le maire à la conseillère du district des Forges.

L’amendement sur la plantation d’arbres a été battu à huit contre six. Les conseillers François Bélisle, Dany Carpentier, Claude Ferron, Mariannick Mercure, Pierre Montreuil et Denis Roy ont voté pour cet amendement.

Le second amendement demandait le retour du budget destiné à l’aménagement des pistes cyclables. Les trois élus proposaient de diminuer le budget destiné au pavage.

«Je ne vois pas l’équilibre entre 500 000 $ en pistes cyclables et 9 millions en pavage», a dénoncé le conseiller Claude Ferron. 

Le second amendement a été battu par 10 contre 4. Seuls les conseillers Mariannick Mercure, Claude Ferron, Denis Roy et Pierre Montreuil ont appuyé cet amendement. 

Plusieurs conseillers ont vivement dénoncé le choix par les trois conseillers d’utiliser la séance d’adoption du budget pour raviver le débat sur les arbres et les pistes cyclables. 

«C’est une façon de faire qui me dérange terriblement», a dénoncé la conseillère Valérie Renaud-Martin. «On s’est entendu et on a fait des choix.»

«C’est difficile de prendre des décisions à la Ville de Trois-Rivières. On discute durant six mois de temps, on se met d’accord. On arrive au budget et on essaie de nous faire entrer en travers [la gorge]», a dénoncé pour sa part le conseiller Daniel Cournoyer. 

«Ça me désole de voir qu’on est rendu là. Personne n’est contre les arbres et les pistes cyclables. On a tous eu à faire des choix en cette année exceptionnelle», a ajouté la conseillère Sabrina Roy.

Résidence unifamiliale (valeur de 185 000 $)

Taxe foncière 

  • 2021: 2279,20 $
  • 2020: 2257,37 $

Tarif d’eau 

  • 2021: 221,00 $ 
  • 2020: 224,00 $

Tarif d’égout 

  • 2021: 193,00 $ 
  • 2020: 193,00 $

TOTAL 

  • 2021: 2693,20 $ 
  • 2020: 2674,37 $

Hausse de 18,83 $ (0,7 %)

Taux de taxe foncière générale pour l’ensemble du territoire au 100 $ d’évaluation

  • Résiduelle (résidentiel 1 à 5 log.) 1,2320
  • Immeubles de 6 logements et plus 1,2591
  • Immeubles non résidentiels (commerciaux) 2,4433
  • Immeubles non résidentiels (2e strate) 2,6876
  • Immeubles industriels 3,2569
  • Terrains vagues desservis 2,0254
  • Immeubles agricoles 0,9830