Le maire Yves Lévesque s’était doté d’un écriteau où l’on pouvait lire «reste calme», lui qui s’était promis de ne pas s’emporter.

Le budget adopté le 31 décembre... sur division

Trois-Rivières — Le budget municipal de Trois-Rivières sera finalement adopté le 31 décembre prochain, mais sur division. La proposition du groupe de huit conseillers ayant demandé des ajustements au budget initial sera retenue comme version finale du budget 2018, comprenant notamment un gel de taxes pour les contribuables. Toutefois, le maire Yves Lévesque annonce qu’il votera contre le budget pour, dit-il, des principes de saine gestion.

Le maire avait convoqué une séance de travail jeudi après-midi, avec l’espoir d’en arriver à un compromis permettant l’adoption rapide d’un budget pour 2018. Or, visiblement, les deux parties sont restées campées sur leurs positions, si bien que le conseil s’est prononcé à huit voix contre six en séance publique sur les modifications à apporter au budget, soit celles proposées par le groupe de conseillers majoritaires.

Symboliquement, le maire Lévesque, qui ne vote jamais, a choisi de voter, et ce, même si sa voix ne pouvait pas faire changer le résultat. Il votera d’ailleurs contre l’adoption finale de ce budget, le 31 décembre, «parce que ça va à l’encontre de mes principes de saine gestion», a-t-il mentionné.

Les demandes des conseillers entraîneront selon le maire un manque à gagner de 700 000 $ par année sur les trois prochaines années, puisqu’on déplace des dépenses d’immobilisations payées comptant et qu’il faut ainsi les financer pour en arriver au calcul de gel de taxes proposé. «La décision d’aujourd’hui, quand on vous dit qu’on gèle les taxes des contribuables, c’est de la foutaise. Ce qu’on payait comptant, on va payer des intérêts maintenant. Il n’y a eu aucune ouverture de leur part. C’est une dictature de groupe», ajoute le maire, qui s’était pour l’occasion flanqué d’un écriteau sur lequel on pouvait lire «reste calme», lui qui s’était promis de ne pas s’emporter cette fois.

Son interprétation de la situation diffère complètement de celle des conseillers ayant proposé les modifications. De leur côté, le groupe est d’avis qu’avec les surplus dégagés par la Ville depuis les dix dernières années, un peu plus de 100 M$ en dix ans, les contribuables méritaient un répit fiscal, dans un contexte où les surplus pourront largement servir à compenser les montants supplémentaires entraînés par les modifications au budget.

«Ce qu’on demande c’est très raisonnable. En 17 ans, ce sera la première fois qu’on aura un gel de taxes. Je ne suis pas celui qui préconise un gel chaque année. On devrait le viser chaque année mais si on ne peut pas, on ne peut pas. Mais cette année on le pouvait», indique le conseiller de Pointe-du-Lac, François Bélisle, avant d’ajouter: «Quand on nous dit qu’on est les champions pour augmenter la dette avec des choses très structurantes comme des pistes cyclables, moi je dis que le colisée en prendra pas mal plus d’argent. Si on veut vraiment sauver de l’argent, il faudra réanalyser certains gros projets. On peut faire le colisée et en même temps donner un répit aux contribuables», croit-il.

«Je trouvais important d’envoyer un message qu’on peut se payer le colisée sans augmenter le fardeau fiscal des contribuables. On pouvait le faire. Après ça, on va avoir le projet du colisée qui est un beau projet en soi, mais il faut que le fardeau fiscal arrête d’augmenter», ajoute Pierre-Luc Fortin, conseiller du district des Estacades.

Par ailleurs, une résolution visant à revoir la politique de gestion de la dette pour compenser les effets des nouvelles mesures ajoutées au budget sur la gestion de la dette a été battue, encore une fois à huit voix contre six. Le groupe de conseillers ne dit pas vouloir s’opposer à cette idée sur le fond, mais indique vouloir en discuter plus longuement dès janvier. La conseillère Mariannick Mercure du district des Forges a d’ailleurs rappelé avoir signé un engagement auprès de la Ligue d’action civique, engagement qui lui impose de refuser de voter sur des résolutions et des documents qu’elle n’aurait pas pu consulter au moins 72 heures à l’avance.

La directrice générale de la Ville, France Cinq-Mars, accompagnait le maire pour un point de presse après la séance. Sans vouloir commenter la décision politique posée, elle a tout de même qualifié la situation de difficile. «C’est difficile parce qu’on fait rentrer tout notre monde entre Noël et le jour de l’An et ils mettent un X sur leurs réceptions des Fêtes. Ils seront en temps supplémentaire. C’est tout un travail qui est à reprendre. Je suis triste pour les gens qui auront à travailler pendant cette période-là. Mais c’est une décision politique», signale-t-elle, ajoutant considérer la situation comme une gifle professionnelle. «Ça fait longtemps qu’on travaille là-dessus et on a été gratifiés par la vérificatrice générale pour ces orientations-là qu’on a prises. C’est comme un recul dans nos valeurs de gestion», considère-t-elle.

Questionné à savoir s’il voyait en cette situation la formation d’une opposition officielle et majoritaire à l’hôtel de ville, le maire Yves Lévesque a simplement répondu: «Ils ont le contrôle».

Pour sa part, François Bélisle ne voit pas en cet épisode la formation d’une opposition officielle. «Il n’y a pas de division irrémédiable», indique celui qui insiste pour dire que chacun est libre de voter selon ses valeurs, et que le conseil aura à débattre d’autres sujets au cours des quatre prochaines années, sujets sur lesquels le résultat du vote sera probablement différent.

L’adoption du budget le 31 décembre à 9 h à l’hôtel de ville permettra l’envoi des comptes de taxes le 19 janvier. Les contribuables devront donc prévoir leurs versements les 19 février et 5 juillet. Un retard qui aura entraîné des frais de gestion de 156 000 $.