À gauche, Martin Picard, propriétaire du camping Rouillard, a transformé sa salle communautaire pour accueillir jusqu’à 200 personnes pour le spectacle de Guylaine Tanguay, prévu samedi. Il est accompagné de Klod «Buffer» Genest, qui l’a aidé à organiser la programmation.

Le blues des Tortulinois

SHAWINIGAN — Conscient que le projet d’assainissement des eaux usées s’approchait de la réalisation, le propriétaire du Camping Rouillard, Martin Picard, a sagement décidé, en 2014, de se mettre un peu d’argent de côté pour traverser la tempête appréhendée. Ses craintes ne reposaient sur rien de rationnel; seulement un drôle de pressentiment que ça risquait de déraper.

Il ne s’est pas trompé. L’été dernier, son chiffre d’affaires a planté d’au moins 35 %, estime-t-il. Sur l’avenue du Tour-du-Lac, les gros campeurs risquaient quelques coups de branches lors de leur passage en raison de l’étroitesse de la seule voie accessible. Il existait une alternative: un long détour par Hérouxville... ou encore, prendre la poudre d’escampette.

«Si tout ça m’était arrivé il y a cinq ans, je ne sais pas ce que j’aurais fait», raconte M. Picard. «Je me suis mis de l’argent de côté, mais pas tout à fait assez. Je n’aurais jamais pensé que ça aurait été aussi difficile.»

Pour tourner la page sur cette année de misère et remercier ses fidèles clients, M. Picard a décidé d’en mettre un peu plus au spectacle d’ouverture du camping. La chanteuse Guylaine Tanguay se produira donc sur scène samedi soir.

«Ce n’était vraiment pas évident de se rendre ici l’an dernier», insiste-t-il. «Maintenant, il faut regarder en avant...»

De l’autre côté du lac, sur le chemin de la Vigilance, Hélène Blais regarde l’eau sortir à bon débit du nouveau regard d’égout devant sa maison et elle n’est pas très rassurée. Son terrain est situé au bas d’une légère inclinaison, de sorte que l’eau s’est invitée sur son terrain ce printemps. Tout rentrera dans l’ordre lorsque les pompes fonctionneront, la rassure-t-on à la Ville de Shawinigan. En attendant, une petite rigole a été aménagée pour diriger l’eau de l’autre côté de la rue. Une bonne intention, avec un résultat mitigé.

«Mon entrée est pleine de boue», déplore-t-elle. «Je ne veux pas être la cuvette du coin!»

Déjà que l’an dernier, elle a avalé de travers lorsqu’elle a vu qu’Allen entrepreneur général avait complètement fauché les fleurs à l’entrée de son terrain.

«En plus, ils venaient se stationner chez nous sans permission», rage-t-elle. «Ça m’horripilait!»

Vague d’humeur

Les dommages collatéraux à ce chantier alimentent les discussions depuis plusieurs mois autour du lac à la Tortue. Après la poussière et les détours de l’été dernier, le dégel a offert des conditions de conduite lamentables et des accumulations d’eau à des endroits inhabituels.

Hélène Blais n’est guère rassurée par l’eau qui s’enfuit du nouveau regard d’égout installé devant sa résidence du chemin de la Vigilance.

Lors de l’assemblée publique du conseil municipal de mardi dernier, plusieurs citoyens ont profité de la période de questions pour en remettre une couche. Claude Lafrance est même allé jusqu’à réclamer une enquête publique sur la gestion de ces travaux!

«Je ne comprends pas pourquoi la Ville a laissé la facture monter autant», déplore-t-il. «Aviez-vous quelqu’un de compétent pour calculer ou est-ce Allen qui a abusé? Je demande officiellement une enquête publique. Je veux savoir où va aller notre argent.»

En 2017, la Ville a adopté des règlements d’emprunt totalisant 44,5 millions $ pour ce chantier. Belle surprise lors de l’attribution des contrats toutefois, puisque le total n’atteignait que 40,2 millions $, ce qui laissait une marge de manoeuvre. Mais en mars, le conseil municipal annonçait que le budget passait à 51,9 millions $, en raison des dépassements de coûts des derniers mois.

Michelle Roberge a aussi profité de l’occasion pour déverser son fiel. Dans son cas, des dommages à son véhicule en raison de l’état pitoyable du chemin des Daniel, ce printemps, expliquent son exaspération.

«Dans n’importe quelle autre ville, on n’aurait pas accepté ça», tonne-t-elle. «À la Ville, on me dit d’aller voir Allen. Chez Allen, on me dit d’aller voir mes assurances.»

«À qui je m’informe pour savoir qui va payer mes bris?», ajoute Mme Roberge. «Je paye mes taxes à la Ville, pas à Allen. (...)Ce n’était même pas accessible aux services d’urgence ou aux autobus scolaires. Imaginez à moi!»

Roger Langevin, un autre riverain, se questionne sur les travaux de remblaiement qui ont été effectués dans son quartier, sur l’avenue du Tour-du-lac.

«Je n’ai jamais eu d’eau sur mon terrain avant», déplore-t-il. «Pourquoi l’entrepreneur a-t-il enterré les fossés? Au dégel, il a fait un petit canal entre deux rues, il a creusé dans le chemin, installé un tuyau qui se déverse chez nous et chez mon voisin. Ça nous a inondés et ça commence à peine à sécher. Qui est l’intelligent qui a barré ce fossé?»

Robert Houle confirme que l’eau s’est invitée à des endroits particuliers depuis la fonte des neiges. Dans une perspective plus large, il se demande pourquoi la Ville ne peut faire autrement que déclarer son impuissance pendant le chantier.

«À qui attribuez-vous les manquements et les torts?», demande-t-il.

Le maire, Michel Angers, a reçu la volée de bois vert sans pointer publiquement un coupable. Il répète qu’il faut d’abord que les travaux se terminent avant d’entreprendre quelque procédure que ce soit.