Le député fédéral de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, plonge dans une aventure qu’il a bien connue: la création d’un parti.

Le Bloc «n'existe plus»

Bécancour — «Il me semble que j’ai déjà joué dans ce film-là. Au fond, tout naît d’une rupture. L’autre fois, c’était la rupture avec le reste du Canada à cause de l’échec du lac Meech. Cette fois, c’est la rupture avec une cheffe de parti qui était incapable de rassembler et faire progresser le Bloc. C’est certain que c’est emballant. Quand on propose à un vieil acteur de rejouer dans un film, ça nous rajeunit».

Voilà comment le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, envisage la création d’un nouveau parti politique. C’est que les sept députés qui ont claqué la porte du Bloc québécois en février veulent rassembler les Québécois autour d’une nouvelle offre politique. Ils lanceront une tournée de consultation dans le but éventuel de fonder un parti politique pour défendre les intérêts du Québec.

Selon le doyen à la Chambre des communes, le Bloc québécois est maintenant un parti «complètement désincarné». «À partir de cela, on n’avait plus le choix de provoquer quelque chose, revenir aux sources et fonder un parti qui est à la défense des intérêts du Québec», explique-t-il en entrevue au Nouvelliste.

«Ce qui ne nous empêche pas de faire la démonstration qui si on s’administrait soi-même, ce serait mieux, en montrant que le fédéralisme sert mal les intérêts du Québec. On va le faire comme on le faisait sous Lucien Bouchard ou Gilles Duceppe et redevenir une force vive au Parlement et bien représenter les Québécois», renchérit-il.

À son avis, c’est à Québec que l’indépendance ça va se régler «et c’est là qu’on devrait agir». «Mme Ouellet a présenté la plate-forme qu’on va défendre à la prochaine élection pour le Bloc et son document semblait être écrit pour le PQ, un document qu’elle avait d’ailleurs présenté pendant sa campagne au Parti québécois», fait-il remarquer par rapport à la politique de son ancienne cheffe Pour une République du Québec. Or, dit-il, «ce n’est pas ça notre rôle premier à Ottawa et ce n’est pas à quoi s’attendent les Québécois».

Pour la suite des choses, le groupe des sept va d’abord procéder à l’enregistrement du nouveau parti, «On va ensuite faire une visite des régions pour créer des cellules, après, on va faire un ralliement pour pouvoir fonder officiellement le parti. Nécessairement, parallèlement à ça, on va essayer de trouver un chef charismatique ou une cheffe pour pouvoir faire cette élection. Il y a quelques candidatures dont on entend parler et il y a la recherche de candidats dans chacune des régions, sans compter le financement», a énuméré M. Plamondon.


« Quand on propose à un vieil acteur de rejouer dans un film, ça nous rajeunit. C’est emballant »
Louis Plamondon

Le politicien de 74 ans est déterminé à solliciter un autre mandat fédéral en 2019. «C’est aligné comme ça. Je n’ai jamais réfléchi à ne pas le faire. Je suis encore emballé par mon travail. Je suis encore présent. Ça va bien dans mon comté. J’ai une belle relation avec mes gens», a-t-il confié.

Et si jamais Martine Ouellette se faisait montrer la sortie en juin prochain, reviendrait-il au Bloc québécois? «Il faudrait qu’elle parte et tous ses acolytes aussi. Même si elle partait, le Bloc est déjà à terre. On va plutôt invité les gens de bonne foi à se joindre à nous. C’est plus ça qui va arriver», affirme le député fédéral.

«Le Bloc québécois que vous avez connu et auquel nous avons adhéré et consacré tant d’énergie n’existe malheureusement plus», a d’ailleurs déclaré mardi le député Rhéal Fortin.

Ils estiment que le Québec est mal défendu à Ottawa, voire négligé par les autres partis fédéraux, et que ses intérêts sont «sacrifiés pour des votes dans l’Ouest, en Ontario ou dans les Maritimes».

«On veut être la voix du Québec, la voix des Québécois et Québécoises sans compromis, sans compromissions», a résumé le député Gabriel Ste-Marie.

Les sept se définissent comme des «indépendantistes rassembleurs», mais leur parti - qui pour l’instant n’a pas de nom - est prêt à accueillir des fédéralistes.

«Nous sommes sept indépendantistes, a précisé Rhéal Fortin. S’il y a des collègues qui ne sont pas indépendantistes, mais qui disent «on vous appuie et on veut travailler avec vous», soyez assurés qu’on va s’asseoir avec eux et qu’on va se parler et on va trouver une façon de fonctionner.»

Ils n’ont approché aucun député d’une autre formation politique pour l’instant, mais se disent ouverts à intégrer toute personne intéressée par leur projet.

«On invite tout le monde. Les bloquistes comme les membres du NPD, les membres du Parti libéral, conservateur, peu importe, tout le monde. Les gens qui ont envie de travailler dans l’intérêt du Québec sont les bienvenus avec nous», a signalé Rhéal Fortin.

Le lieutenant des conservateurs au Québec, Alain Rayes, n’a pas tardé à réagir sur les réseaux sociaux. «Pendant que les bloquistes et anciens bloquistes se chicanent, notre parti est à l’écoute des Québécois. Nous sommes le seul parti qui représente les intérêts du Québec et qui respecte les champs de compétence», a-t-il écrit.

Celui-ci a ensuite souligné qu’il était à Val-d’Or dans le cadre d’une tournée lancée par son parti il y a un peu plus d’une semaine pour courtiser le vote des Québécois.

Les sept ex-bloquistes forment le Groupe parlementaire québécois à la Chambre des communes. Ils avaient quitté le caucus bloquiste le 28 février en disant être incapables de travailler avec la chef du parti, Martine Ouellet, et en lui reprochant son intransigeance.


« Le Bloc québécois que vous avez connu et auquel nous avons adhéré et consacré tant d’énergie n’existe malheureusement plus »
Rhéal Fortin

Celle-ci leur a tendu la main à l’issue du conseil général dimanche, après les avoir vertement critiqués. Elle les avait accusés d’avoir alimenté des «fake news» à son sujet, d’être «en rupture avec la démocratie interne» du parti et de trouver qu’elle «parle trop d’indépendance».

Lors de ce conseil général, les délégués ont adopté la proposition de tenir un référendum auprès des membres sur la mission du parti comme promoteur de l’indépendance du Québec «sur toutes les tribunes» et un vote de confiance les 1er et 2 juin. Mme Ouellet et le bureau national estiment que c’est la meilleure façon de sortir de la crise qui secoue le parti.


« Pendant que les bloquistes et anciens bloquistes se chicanent, notre parti est à l’écoute des Québécois. On invite tout le monde »
Alain Rayes

L’annonce de sept ex-bloquistes survient un jour après le départ de la vice-présidente du parti, Kédina Fleury-Samson, en désaccord avec ce choix. Le député et président du Bloc québécois, Mario Beaulieu, est quant à lui en réflexion sur son avenir politique. Les sept députés ont indiqué mardi qu’il était le bienvenu s’il voulait se joindre à eux.

Avec La Presse canadienne