Raymond Faucher.
Raymond Faucher.

Le biologiste de l’APLSP condamné à 5000 $

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Nicolet — L’Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre (APLSP) est partie en croisade, on le sait, pour obtenir la levée du second moratoire de cinq ans sur la pêche à la perchaude imposé par le gouvernement, en 2017. Le 15 décembre 2018, elle avait publié, dans cet objectif, une analyse sur l’état de la perchaude qui contredisait complètement les conclusions du Comité scientifique sur la gestion de la perchaude. Or, l’auteur de l’analyse en question, le biologiste Raymond Faucher de Nicolet, a récemment été condamné pour possession d’une arbalète en vue de chasser le cerf dans un refuge d’oiseaux migrateurs.

Raymond Faucher a comparu le 17 juin dernier au palais de justice de Trois-Rivières, à ce sujet et en octobre dernier, il a reçu une pénalité de 5000 $ et son droit de chasse aux oiseaux migrateurs a été suspendu pour une période d’un an. Le biologiste a plaidé coupable d’avoir eu en sa possession une arbalète dans le refuge d’oiseaux migrateurs de Nicolet en vue de chasser le cerf de Virginie.

Le président de l’APLSP, Jean Lévesque, a indiqué qu’il n’était pas au courant de la condamnation imposée à son biologiste-conseil lorsque Le Nouvelliste lui a demandé de quelle façon cette condamnation affecte maintenant la crédibilité de son organisme et de sa démarche envers la levée du moratoire sur la perchaude.

M. Lévesque a pris la défense de Raymond Faucher. «Ça ne lui enlève pas ses compétences. C’est sûr que c’est une tache à son dossier, mais ça ne le rend pas inapte», a-t-il répliqué.

«C’est plate. C’est un manque de jugement, mais je ne le renierai pas pour ça», dit-il.

«Le 26 octobre 2017, les agents de l’application de la loi d’environnement et Changement climatique Canada se sont joint à des agents de protection de la faune du ministère Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec pour une patrouille d’inspection dans le refuge en question. Sur l’île Moras, les agents ont découvert un mirador de métal installé dans un arbre qui était en surplomb d’un site de nourrissage», peut-on lire dans le communiqué émis par le gouvernement fédéral.

«Deux semaines plus tard, les agents se sont rendus à l’île Moras où ils ont appréhendé M. Faucher alors qu’il était en pleine activité de chasse. M. Faucher ne détenait pas de permis pour la possession d’une arbalète dans le refuge d’oiseaux migrateurs», ajoute le communiqué.

De surcroît, le refuge en question est situé sur le territoire du Centre d’essais est d’expérimentation en munitions de la Défense nationale où l’accès est strictement interdit au public pour des raisons de sécurité.

En plus de devoir payer 5000 $, Raymond Faucher a reçu trois sanctions administratives totalisant 600 $ parce que des affiches de zone d’interdiction de chasse ont été retrouvées à sa résidence, un geste interdit par la loi.

Jean  Lévesque, président de l’APLSP.

Les sommes qu’il devra payer seront versées au Fonds pour dommages à l’environnement du Canada.

Raymond Faucher s’est beaucoup impliqué avec l’APLSP pour faire lever le moratoire sur la perchaude malgré les drapeaux rouges levés par le président du Comité scientifique, le professeur Pierre Magnan de l’UQTR, un spécialiste de la faune aquatique en eaux douces.

Raymond Faucher a produit une étude dans laquelle il veut démontrer que le grand coupable de la chute catastrophique des perchaudes est le cormoran à aigrette, une information qu’a contredite le Comité scientifique dès sa sortie.

Forte de l’analyse effectuée par le biologiste, l’APLSP a ensuite pris son bâton de pèlerin, au cours des derniers mois, pour aller convaincre les municipalités riveraines du lac Saint-Pierre d’appuyer sa demande de lever le moratoire.

Certaines municipalités ont accepté par résolution, d’autres ont refusé.

L’APLSP poursuit toujours ses démarches, ces jours-ci, pour faire lever le moratoire.

M. Lévesque affirme que les documents produits pour son organisme par le biologiste ont été réalisés à partir de données objectives provenant du ministère québécois de la Faune, du ministère fédéral et même de l’Europe, pour ce qui est de la portion concernant les cormorans.

«On sait qu’il y en a, de la perchaude», ajoute M. Lévesque en indiquant que ce sont des chiffres du ministère qui ont été utilisés, «pas les nôtres», affirme-t-il. «On n’a rien inventé».

M. Lévesque indique que M. Faucher n’a fait qu’une simple analyse des données du ministère. «Ça fait 50 ans qu’on pêche sur le lac Saint-Pierre», dit-il, certain que les stocks de perchaude sont en bon état, même si les scientifiques au dossier affirment le contraire et craignent pour la survie de l’espèce.

Il n’a pas été possible de joindre Raymond Faucher malgré diverses tentatives depuis mardi.