Le BAPE se montre favorable à la création de réserves de la biodiversité dans la Mauricie.
Le BAPE se montre favorable à la création de réserves de la biodiversité dans la Mauricie.

Le BAPE favorable à la création de réserves permanentes de biodiversité

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) vient de rendre public son rapport d’enquête et de consultation sur douze projets de réserves de biodiversité et un projet de réserve aquatique dans la région administrative de la Mauricie. Celui-ci conclut «qu’un statut permanent peut être donné par le gouvernement du Québec à la grande majorité de ces réserves»,

Le document de quelque 218 pages (disponible en ligne) fait valoir que la protection permanente des 13 projets «contribuerait à faire passer la superficie de territoires protégés en Mauricie de 2,1%, qu’elle était en 2002, à 7,9% en incluant les agrandissements proposés à quatre réserves par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques».

Les cosignataires du rapport, Michel Germain, président de la commission d’enquête, et Julie Forget, commissaire, rappellent par ailleurs que «le gouvernement du Québec s’est engagé à protéger 12 % du territoire terrestre et d’eau douce du Québec pour 2015 et 17 % pour 2020. Au 31 mars 2019, 161 540 km2 de ce territoire était protégé, soit 10,68 %», sous-entendant que beaucoup de chemin reste à faire pour atteindre ces cibles.

On se souviendra que la consultation menant à la livraison dudit rapport s’est tenue en deux parties. La première avait lieu les 12 et 13 mars 2019 à Shawinigan et se déroulait simultanément par visioconférence à La Tuque. Le public et la commission pouvaient dans un premier temps poser des questions au ministère l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, de même qu’à des personnes-ressources. La deuxième partie s’est tenue le 15 avril à Shawinigan et le 16 avril à LaTuque. De plus, 51 mémoires ont été déposés à la commission et une plateforme de consultation numérique offrait aux participants l’occasion de s’exprimer sur les projets proposés.

Les réserves de biodiversités concernées par le rapport sont celles de Grandes-Piles, de la Seigneurie-du-Triton, de la Vallée-Tousignant, des Basses-Collines-du-Lac-Coucou, des Basses-Collines-du-Lac-au-Sorcier, des Buttes-et-Basses-Collines-du-Lac-Najoua, des Îles-du-Réservoir-Gouin, du Brûlis-du-Lac-Oskélanéo, du Canyon-de-la-Rivières-aux-Rats, du Lac-Wayagamac, Judith-De Brésoles et de Sikitakan Sipi. La réserve aquatique est celle de la Rivière-Croche.

Faire preuve de flexibilité

Le rapport fait état de plusieurs inquiétudes soulevées lors de la consultation. Il fut notamment question de collecte de bois pour le chauffage, de l’aménagement de quais, de la possibilité que des baux de villégiature ne rencontrent pas certaines normes en matière d’évacuation des eaux usées ou de préoccupations quant à l’entretien des chemins d’accès dans ces réserves, relate-t-on.

Sensibles à l’argumentaire des participants, les signataires du rapport penchent en faveur du principe de saine cohabitation. «Les plans de conservation, qui déterminent les activités permises et celles interdites, devraient prendre en compte ces préoccupations et présenter suffisamment de flexibilité pour favoriser une cohabitation harmonieuse avec les utilisateurs des réserves», peut-on lire dans le rapport.

Quant à la question du soutien financier nécessaire à la mise en valeur des treize réserves, le BAPE se montre rationnel. «Compte tenu des budgets disponibles, la priorité devrait aller à la conservation plutôt qu’à la mise en valeur», plaide-t-on, tout en soutenant que «des modalités devraient être prévues pour informer et consulter les détenteurs de baux présents et les municipalités concernées avant d’arrêter les plans de conservation et de donner le statut permanent».

Les Premières Nations au centre du rapport

Le BAPE se montre attentif aux revendications des Premières Nations, en faisant notamment écho à la question du rôle des familles cheffes de territoire, soulevée par le Conseil de la Nation Atikamekw et qui touche plusieurs des réserves projetées.

Les Atikamekw souhaitent «préserver et réparer leurs liens culturels et spirituels avec leurs terres ancestrales», souligne-t-on. Ils y voient également l’occasion de générer des revenus, relate le document, en donnant l’exemple d’activités touristiques. Les communautés atikamekw devraient être partie prenante des plans de conservations et de leur modalité de gestion, avance-t-on.

Il est aussi largement question de la réserve de biodiversité projetée des Basses-Collines-du-Lac-Coucou, où le Conseil de la Nation Atikamekw, la communauté de Wemotaci, de même que des familles attachées à ce territoire espèrent voir le projet Masko Cimakanic Aski se concrétiser. Celui-ci vise à «mettre en valeur la culture atikamekw, transmettre le savoir et pouvoir générer des revenus par des projets écotouristiques», peut-on lire dans le rapport. Le BAPE estime que par leurs liens séculaires avec le territoire, les Atikamekw «sont plus que des usagers qui le fréquentent».

«Dans une perspective de réconciliation à laquelle s’est engagé le gouvernement du Québec dans son Plan d’action de développement social et culturel des Premières Nations et des Inuits 2017-2022, le projet Masko Cimakanic Aski lui permettrait de satisfaire certains des objectifs fixés ainsi que ceux de l’Agenda 21 de la culture du Québec», conclut le rapport.