Jean-Luc Marchand, Élise Villemure et Marc Ducharme, propriétaires du Broadway microbrasserie, se félicitent de s’être tournés rapidement vers l’offre de leurs produits en cannettes.

L’avenir est à la cannette!

SHAWINIGAN — La croissance des ventes des produits brassicoles passe par la cannette, qu’on se le tienne pour dit. À Shawinigan, pendant que Le Trou du diable finalise ses plans pour intégrer le petit cylindre d’aluminium à son offre, le Broadway microbrasserie s’est attaqué à cette transition cette année et le pari n’a pas mis de temps à rapporter.

Des centaines de milliers de dollars d’investissement, vous pensez? Les propriétaires l’évaluent davantage à près de 10 000 $, en plus du temps consacré par Jean-Luc Marchand, un ancien mécanicien industriel, à patenter son encannetteuse qui remplit 250 litres de contenants à l’heure.

«Il y a eu un peu d’essais - erreurs», rigole-t-il. «Je faisais autre chose à travers ça, mais il a fallu un bon mois avant qu’on ferme la première cannette et que la pression tombe!»

«Je viens d’en vendre une à une autre microbrasserie», ajoute-t-il. «C’est un concept de petite production artisanale. C’est très compact, comme équipement. On va peut-être se partir une usine!»

Dès l’acquisition de la microbrasserie en janvier 2017, les trois nouveaux actionnaires savaient qu’il fallait intégrer la cannette.

«On n’a pas réinventé la roue», mentionne Marc Ducharme, maître brasseur qui a donné un coup de main dans la conception de ce nouvel équipement. «D’autres microbrasseries ont fait des trucs dans le même style avant d’acheter de grosses machines. C’est comme un passage obligé!»

Les premières cannettes de l’Allumeuse ou de Mary Poppins sont apparues au début de l’été et les consommateurs n’ont pas raté le rendez-vous. Les ventes ont augmenté de 50 % en un mois! Par contre, une pénurie de cannettes rencontrée par toute l’industrie est venue ralentir cette croissance.

«Notre fournisseur nous a envoyé un message comme quoi il ne pouvait plus nous fournir de cannettes avant septembre», relate M. Marchand. «Finalement, ça s’est étiré jusqu’en novembre. Plusieurs microbrasseries se sont regroupées pour faire un achat commun aux États-Unis, ce qui nous a permis de nous en sortir. Nous aurions quand même pris quelques palettes de plus!»

«La cannette, c’est plus avantageux pour tout le monde», s’enthousiasme le directeur général. «Pour nous, c’est moins de manipulation, moins lourd. De plus, c’est le contenant idéal pour la qualité de la bière parce que la lumière ne passe pas à travers. Pour le détaillant, c’est plus simple parce qu’il n’a pas de retour de bouteilles vides à gérer. Il pousse donc plus les produits en cannettes. Pour le consommateur enfin, ça se transporte beaucoup mieux.»

Déjà, M. Marchand estime que la vente de ses produits a basculé à 80 % du côté de la cannette. Néanmoins, pas question de balancer le traditionnel contenant de verre.

«Nos bières refermentées en bouteilles, ce sont des classiques, alors on va les garder», assure M. Ducharme.

«Don Juan, Barley Wine, Tchucké, Sein d’Esprit festive, ce sont des styles de bières qui se prêtent très bien à la bouteille», ajoute M. Marchand. «Toutes nos bières affinées en fût de chêne vont rester en bouteille.»

Le marché de la cannette permet aux microbrasseries de devenir plus concurrentielles. Il suffit de jeter un simple coup d’œil en épicerie pour constater à quel point l’offre de ces produits abonde.

«On sent la compétition», convient M. Marchand. «Le passionné de bière a tellement de produits à sa disposition qu’il peut comparer les prix. Avec la cannette, le contenant coûte moins cher, de sorte qu’on peut offrir un produit plus abordable.»

Nouveautés

Jean-Luc Marchand, Élise Villemure et Marc Ducharme célébreront bientôt le deuxième anniversaire de l’acquisition du Broadway microbrasserie. L’entreprise a élargi ses horizons depuis ce changement de garde, avec l’établissement d’un réseau de distribution bien structuré à travers le Québec, la création de sa propre boutique et évidemment, l’ajout de produits en cannettes.

Au moment de la transaction, le Broadway produisait près de 900 hectolitres par année. En 2018, ce volume passera à 1200 hL.

«L’augmentation de notre production va beaucoup vers la consommation à domicile», précise M. Marchand. «Nous poussons de ce côté. Même que partout en Amérique du Nord, la consommation à domicile est en forte augmentation, comparativement à la consommation sur place (en établissement licencié) qui baisse. À long terme, je ne pense pas que les microbrasseries vont y échapper.»

«Si on recule de dix ans, les produits de microbrasseries étaient disponibles en bouteilles, mais la qualité était variable, souvent très oxydée», ajoute-t-il. «Depuis ce temps, les procédés se sont beaucoup améliorés. Les gens peuvent maintenant apporter d’excellents produits à la maison.»

«Les trippeux de bière vont nous trouver»

Comme leurs copains du Trou du diable, les propriétaires du Broadway microbrasserie veulent maintenant tourner la page sur le feuilleton de la Route des brasseurs. Ils ne ferment pas la porte à intégrer le circuit quand la poussière sera retombée, mais en attendant, ils ne croient pas que leur geste de solidarité nuira à leur entreprise.

«Les trippeux de bière vont savoir où nous trouver», sourit Marc Ducharme, maître brasseur au Broadway microbrasserie.

«On est contents que la route existe, mais on continue à soutenir notre ville», résume Jean-Luc Marchand. «On ne veut pas choquer les gens de Shawinigan en leur demandant de choisir entre deux microbrasseries. Le Trou du diable nous a ouvert des portes, on travaille sur 30 à 40 événements communs. Ils nous incluent dans leurs affaires, alors pourquoi je les exclurais?»

«Quand le projet a commencé, on ne parlait pas de brasseurs indépendants», ajoute M. Ducharme. «C’est venu brouiller les cartes plus tard, quand Le Trou du diable a été acheté. Je suis un passionné de bière. J’en ai visité, des brasseries, dans ma vie! Je me foutais de leurs allégeances. Qu’elles appartiennent à un gros joueur ou non, mon plaisir, c’était d’aller visiter.»

Le trio ne dit pas qu’il n’intégrera jamais la Route des brasseurs. Mais présentement, ils estiment que le moment était mal choisi en raison du débat idéologique qui fait rage en sourdine.

«Nous avons rencontré Tourisme Mauricie», rappelle M. Marchand. «Ils ne nous mettent pas de pression. Peut-être reviendront-ils nous voir pour nous intégrer et on verra à ce moment. On n’est pas fermé à participer à la Route des brasseurs. Mais sur le moment, on ne voulait pas choquer la Ville de Shawinigan ni diviser la clientèle en deux.»

«On ne voulait pas embarquer dans cette guerre», appuie Élise Villemure. «Nous ne sommes pas des chicaniers. Jamais on n’aurait pensé que ça éclaterait autant! Nous ne nous sommes pas retirés pour nuire au projet. Nous sommes contents que la route existe.»

De plus, il y a d’autres façons de promouvoir les produits locaux, telles que le parcours brassicole D-Gust, mis sur pied l’été dernier par Tourisme Shawinigan. Les visiteurs étaient invités à suivre un trajet pour qu’ils découvrent des plaisirs gourmands du centre-ville. Une initiative qui mérite d’être davantage connue, selon M. Marchand.