Philippe Dorion vient de démarrer une entreprise de lombricompostage basée sur ses connaissances universitaires.
Philippe Dorion vient de démarrer une entreprise de lombricompostage basée sur ses connaissances universitaires.

L’autonomie alimentaire passe par le compost

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Tout jardinier le moindrement engagé dans son passe-temps découvre assez rapidement que la qualité et la quantité de ses récoltes dépendent principalement de la santé du sol dans lequel grandissent ses légumes. Philippe Dorion, pour sa part, consacre à ce thème ses études universitaires en biochimie et en biotechnologies à l’UQTR. Son grand rêve est produire le meilleur compost qui puisse exister grâce à l’intervention des vers. Le sujet le passionne tellement qu’il a démarré sa propre entreprise de lombricompostage en septembre dernier.

Philippe Dorion vient d’ailleurs de remporter le titre d’Étudiant entrepreneur du mois d’octobre 2020 décerné par l’Association des clubs d’entrepreneurs du Québec pour avoir créé la ferme lombricole Atlas, un OBNL dont la mission est de traiter les résidus végétaux de table ou de jardin grâce au lombricompostage et d’en faire un compost de qualité supérieure.

«Il existe plusieurs techniques pour faire du compost», explique-t-il, la plus connue étant le compost chaud qui consiste à alterner, dans les bonnes proportions, des couches de produits «verts» (comme les rognures de légumes ou de gazon) et de produits «bruns» (papiers, feuilles mortes branches sèches, par exemple). Selon lui, cette méthode ne donne pas des résultats aussi satisfaisants que le lombricompostage au cours duquel divers micro-organismes comme des bactéries, des mycètes et protozoaires décomposent les matières organiques et en forment un produit très riche en nutriments pour les plantes. Selon lui, le lombricompostage est moins coûteux, plus simple et plus rapide que la méthode traditionnelle. «Les vers vont dégrader la moitié, même les trois quarts de leur masse corporelle par jour», illustre-t-il.

Selon lui, c’est la manière la plus efficace d’en arriver à l’autonomie alimentaire et c’est l’une des raisons principales, d’ailleurs, qui l’amène à lancer son entreprise dans ce domaine. «La lombriculture est accessible à tous les Québécois, avec un petit investissement initial. Je traite 10 livres de matières compostables par semaine chez moi, ce qui équivaut à 8 livres de compost. Ce compost de haute qualité permet aux plantes de produire plus et de minimiser leurs pertes», donc d’offrir une récolte beaucoup plus abondante, explique-t-il. «Si les plantes ne produisent que 50% de ce qu’elles pourraient produire, on perd beaucoup», fait-il valoir. D’où l’importance d’avoir un sol en santé donc, des plantes bien nourries.

Pour l’instant, cette méthode s’applique surtout en milieu résidentiel, explique-t-il, mais Philippe Dorion souhaite le faire éventuellement à une échelle commerciale. Dès l’été prochain, si la pandémie le permet, avec la collaboration de la Ville de Trois-Rivières, il entend collecter environ 100 livres par jour de matière organique jetée par plusieurs restaurants de la ville. Par la suite, le compost qui en résultera sera vendu tant aux grands producteurs qu’aux particuliers.

«Ça fait deux ans que j’ai cette entreprise en tête et un an et demi que je suis en train de la développer», raconte cet étudiant qui attire déjà l’attention avec son projet. M. Dorion a choisi de créer un organisme sans but lucratif, comme modèle d’affaires, «afin que tous les profits reviennent à la mission», explique le jeune fondateur d’Atlas. L’été prochain, il projette de lancer une campagne de financement, d’amorcer la collecte de matières compostables après des restaurateurs et d’acheter une serre.

Selon lui, la lombriculture est plus adaptée au compostage urbain et résidentiel qu’à l’échelle industrielle comme le fera sous peu la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie. Selon lui, le compost issu du lombricompostage sera plus cher à l’achat que d’autres types de composts à cause de sa «très grande qualité».

Le jeune entrepreneur entend donner éventuellement des formations au grand public au cours desquelles il distribuera les vers qui permettent le lombricompostage.