La mort des petites Norah et Romy Carpentier a donné une signification particulière à la cause que soutiennent les Demois'Ailes.
La mort des petites Norah et Romy Carpentier a donné une signification particulière à la cause que soutiennent les Demois'Ailes.

L'aura des petites Romy et Norah accompagne les Demois'Ailes

SAINT-BONIFACE — Déjà revue d'un bout à l'autre à cause de la pandémie, la 8e édition du Défi des Demois'Ailes s'est conclue dimanche après-midi avec l'aura des petites Romy et Norah Carpentier qui planait sur l'événement. Le drame qui a coûté la vie aux deux fillettes est venu donner une charge symbolique et émotive supplémentaire à la cause de la violence faite aux femmes et aux enfants, pour laquelle les 40 coureuses se mobilisent et amassent des fonds.

La cuvée 2020 du Défi des Demois'Ailes culminait au cours des derniers jours avec cinq jours de course consécutifs totalisant 100 km. Chaque participante parcourait quotidiennement 20 km en deux temps, matin et soir. Le dernier relais de samedi a été dédié à la mémoire des petites Norah et Romy, relate Vicky Lavigne, vice-présidente du Défi des Demois'Ailes. «Ça a beaucoup touché les filles», explique-t-elle, en évoquant le drame. «C'est pour ça que les Demois'Ailes sont là, c'est pour aider ces femmes-là et ces enfants-là, qui sont victimes de violence conjugale», fait-elle valoir.

De fait, et malgré la pandémie, les Demois'Ailes ont réussi à amasser 55 000$ afin d'aider des ressources de la région œuvrant auprès de victimes de violence conjugale. Un double exploit dans les circonstances. Le défi est en effet un événement qui se caractérise par la promiscuité entre les participantes et par l'esprit d'équipe qui se développe entre elles. L'édition qui prenait fin dimanche aura ainsi dû pallier la difficulté supplémentaire de fédérer les coureuses dans la distanciation et dans une relative solitude à travers les différents événements menant au relais final. On se félicite donc d'avoir recréé le sentiment de solidarité qui anime les participantes et d’avoir réussi à amasser une somme qui se compare aux fonds recueillis dans les années précédentes.

Si les femmes s'entraînaient depuis un moment afin de compléter les cinq jours de course, la canicule qui s'est abattue sur la région au cours des derniers jours leur aura également rendu la tâche plus ardue. Samedi, la température ressentie dépassait les 40 degrés. Aussi, au fil d'arrivée dimanche, on pouvait lire tant la joie et la fierté que la fatigue sur les visages.

Bien qu'on se réjouisse dans l'organisation d'avoir réussi à surmonter les difficultés que posait la tenue de l'événement dans un contexte pandémique, et qu'on venait de «passer une très très belle semaine» on avouait tout de même qu'il sera bon renouer avec la formule traditionnelle, l'an prochain, espère-t-on. D'ailleurs, des 40 participantes, 37 auraient signifié leur désir de revenir et de goûter à l’événement comme on l’a toujours connu.

Les fonds amassés par les Demois'Ailes seront distribués au centres d'hébergement La Séjournelle, la Maison Le FAR, la Maison de Connivence, de même qu'à différentes ressources qui jalonnaient le parcours que devaient d'abord suivre les Demois'Ailes et dont les municipalités hôtes avaient déjà contribué à la campagne.

Vicky Lavigne, vice-présidente du Défi des Demois'Ailes, se félicite que malgré la pandémie les Demois'Ailes aient réussi à amasser 55 000$.

Des besoins d'autant plus aigus

La pandémie et le confinement qu'elle a entraîné auront eu l'effet pervers de priver les femmes victimes de violence conjugale de toute forme de répit ou de ressources externes vers lesquelles se tourner, souligne Karine Gendron, directrice de la Maison Le FAR de Trois-Rivières. «Quand les femmes appellent, c'est beaucoup plus long, avec beaucoup plus de problématiques», relate-t-elle.

Non seulement les victimes se sont-elles trouvées isolées, mais tout le processus d'accompagnement a tourné au ralenti, continue Mme Gendron. Tant la recherche de logement que les démarches juridiques se sont avérées beaucoup plus laborieuses, au plus fort du confinement. «Ça a été très difficile de relocaliser les femmes, tout était fermé. La terre s'est arrêtée de tourner, mais la violence conjugale, elle, a continué», image-t-elle.

 Karine Gendron, directrice de la Maison Le FAR de Trois-Rivières, indique que le confinement a placé les victimes de violence conjugale dans une position encore plus fragile.

Déjà, avant la pandémie, les ressources étaient faméliques et les fonds étaient manquants, déplore Karine Gendron. Entre le 1er avril 2019 et le 31 mars 2020, la Maison le Far a dû refuser 81 demandes d'assistance, soit 32 de plus que l'année précédente, indique-t-elle. Qu'arrive-t-il aux femmes que l'on ne peut pas aider? «On tente de les accompagner, mais des fois on en échappe», se désole Mme Gendron.

Les sommes que la Maison le Far reçoit des Demois'Ailes sont directement dédiées à un projet de construction d'une nouvelle maison. On se rappellera qu'au printemps 2017, la ressource avait été inondée lors de la crue des eaux, entraînant un déménagement dans des locaux moins adaptés aux besoins de la clientèle. La Ville de Trois-Rivières s'est déjà engagée à hauteur de près de 200 000$ en début d'année. On est toujours en attente de pareils gestes venant des autres paliers de gouvernement, indique Mme Gendron.