La situation demeure la même dans le conflit de travail qui frappe l’entreprise Delastek, à Shawinigan, depuis bientôt trois ans.

L'attente perdure chez Delastek

Shawinigan — Si une hirondelle ne fait pas le printemps, les syndiqués de Delastek réalisent plutôt qu’un vote ne fait pas un règlement. En effet, un mois après s’être prononcés en faveur du plan de retour au travail soumis par leur comité de négociations, les grévistes sont toujours sur la ligne de piquetage, et ce, depuis bientôt trois ans. La raison? L’employeur dit attendre un jugement du Tribunal administratif du travail sur des congédiements avant de bouger.

«Ce qu’on avait convenu là-dessus, c’est que si on s’entendait sur un protocole de retour au travail et donc, sur le nombre de travailleurs, ce jugement n’était plus vraiment nécessaire», explique au Nouvelliste le président syndical, Alexandre Maranger.

Le 15 janvier dernier, en assemblée générale, les grévistes avaient accepté à 94 % le plan de retour au travail soumis par leur comité de négociation tout en rejetant le protocole proposé par l’employeur à 97 %.

«La grève n’a jamais été aussi proche d’une fin, c’est certainement encourageant. Cependant, il faut noter que leur refus de notre protocole envoie un drôle de message», avait indiqué le président de l’entreprise, Claude Lessard, qui, depuis, dit attendre le fameux jugement du Tribunal administratif du travail sur les congédiements effectués avant de pouvoir espérer un déblocage.

Déjà, le syndicat avait gagné une cause identique à l’été 2016 alors que deux employés contestaient leur congédiement. La direction avait alors évoqué le transfert d’activités aux États-Unis pour justifier les mises à pied en plein conflit. Mais le juge Raymond Gagnon avait accueilli les plaintes en rétablissant le lien d’emploi des deux salariés.

«C’est la deuxième fois depuis le conflit qu’il congédie du monde pour activité syndicale. C’est exactement la même chose qui se reproduit aujourd’hui. Ce sont les mêmes faits qu’on a rapportés la dernière fois. Il y a 20 membres qui contestent leur congédiement et parmi eux, il y a les deux mêmes gars qui ont été congédiés à nouveau. C’est inacceptable», fait remarquer M. Maranger.

Celui-ci admet ne pas avoir le choix d’attendre également le jugement, étant donné la position de l’employeur «qui a l’air à dire qu’il attend ça».

«On verra rendu là. Ce sont des congédiements illégaux, ça a été fait juste parce que ces gars-là et ces filles-là ont fait la grève tout simplement. Il n’y a aucun autre motif que ça. Nous autres, on espère avoir un jugement pareil au dernier et qu’il annule tous les congédiements», confie le président de la section locale 1209.

Ce dernier dit espérer «que ça se règle bientôt». «Nous autres, on pensait qu’avec le nombre qu’on avait proposé, on s’est dit, c’est fait, on retourne au travail. Et on a hâte de retourner travailler», affirme M. Maranger.

D’ailleurs, son groupe est plutôt perplexe depuis la tenue du vote. «D’un côté, ils ont hâte que ça se règle, de l’autre, ils ont encore des difficultés à comprendre pourquoi l’employeur attend ce verdict-là quand on peut s’entendre. On est à peu près à trois, quatre membres de s’entendre. On verra ce qui va se passer», poursuit-il.

Déclenché le 1er avril 2015, le plus long conflit de travail en cours au Québec perdure donc. «Il y a toujours du monde à la roulotte. Tant que ce n’est pas accepté, nous autres, on continue. Ça ne change rien sur la ligne de piquetage. Et avec la contribution mensuelle de diverses sections locales, notre fonds de grève ne s’épuise pas», conclut celui qui parle de prestations hebdomadaires se situant de 325 à 350 dollars.