Steve Garceau, représentant de l’exécutif syndical et de la mission Centre jeunesse et Sylvie Godin, répondant politique APTS par la région.

L’APTS dénonce les conditions de travail de ses membres

TROIS-RIVIÈRES — L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (APTS) estime que les difficultés vécues par ses membres, en particulier la surcharge de travail, mettent carrément en péril les services offerts aux jeunes et aux familles en protection de la jeunesse.

«S’il n’y a rien qui se passe, on va continuer à augmenter les délais d’attente pour que nos jeunes aient des services. C’est de mettre les enfants en danger», estime Steve Garceau, représentant de l’exécutif syndical et de la mission Centre jeunesse et psychoéducateur de formation.

«On les laisse dans des situations de négligence, dans des situations d’abus», déplore-t-il, et ce, malgré les ordonnances de la cour. Dans un cas, notamment, un enfant a été sur une liste d’attente pendant 300 jours, dit-il. L’APTS reconnaît que le travail de ses membres est difficile. Depuis la création des CIUSSS, toutefois, les choses se sont nettement aggravées, observe-t-il. «On a des exigences administratives de plus en plus lourdes», indique M. Garceau.

Depuis une dizaine d’années, les cas de problèmes de santé mentale semblent en hausse dans les familles en protection de la jeunesse où le personnel de l’APTS intervient, tant et si bien que les situations de santé et sécurité au travail se multiplient du côté des intervenants de l’APTS qui, selon le syndicat, doivent se rendre seuls dans ces milieux.

 M. Garceau cite l’exemple d’une employée qui a été intimidée jusque chez elle pendant plusieurs semaines par des personnes chez qui elle est allée intervenir. Une autre intervenante a reçu une balle dans la vitre de sa voiture. Une troisième a été séquestrée pendant plusieurs heures.

Le taux d’absentéisme est donc anormalement élevé. Ce dernier précise que «44 % de nos travailleurs sont en absence maladie pour des raisons de détresse psychologique.»

Résultat, «on est incapable de répondre aux besoins des enfants, ce qui fait en sorte qu’ils sont sur des listes d’attente interminables», déplore-t-il.

Du côté du CIUSSS MCQ, la directrice du programme enfant, famille, jeunesse, Nathalie Garon conteste ce chiffre et indique que le taux des travailleurs en assurance-salaire est plutôt de 9 % et de ce pourcentage, «18 % sont en absence en lien avec le travail», dit-elle.

Mme Garon tient néanmoins à souligner qu’on «est au même niveau que les syndicats par rapport au fait qu’il faut voir à la situation et soutenir les intervenants. On n’est pas à l’opposé du syndicat», dit-elle en soulignant «toute la confiance qu’on a envers les intervenants et que les services sont vraiment de qualité pour nos familles.»

«On parle d’interventions qui se font dans un contexte où souvent, les familles sont non volontaires», fait-elle valoir. «Ça fait partie de leur travail de faire face à de l’adversité, parfois de l’agressivité de la part de la clientèle», dit-elle en assurant que différentes mesures sont mises en place pour faire de la prévention, incluant des formations pour apprendre comment interagir avec la clientèle.

«On sait que nos travailleurs ont la vocation et sont prêts à travailler dans des conditions de travail difficile. Ce que l’on vient dénoncer, c’est l’inaction au niveau de la prévention, de l’intervention et de la postvention de l’employeur», indique à l’oppose M. Garceau.

«Nos intervenants sont bien équipés, reçoivent de la formation et du soutien pour s’assurer d’une prestation de travail sécuritaire», assure de son côté Nathalie Garon.

«L’employeur fait énormément d’efforts pour attirer du nouveau personnel et aller chercher des jeunes à l’université. Pour nous, c’est un faux diagnostic», affirme M. Garceau. «Le vrai problème du CIUSSS MCQ, au niveau de la mission Centre jeunesse, c’est son incapacité à retenir son nouveau personnel et à garder son personnel en place et en santé», plaide-t-il.

Nathalie Garon indique qu’on a présentement affaire à une forte demande et à une forte pression sur le service. Depuis l’an dernier le nombre de familles à suivre a grimpé de 400, illustre-t-elle. Tout cela, reconnaît-elle, «a un impact sur la charge de travail.»

Mme Garon indique que le CIUSSS met en place des stratégies d’embauche de personnel et de professionnels.  Il reçoit aussi plus de stagiaires en collaboration avec le Cégep et l’Université.

Le syndicat a annoncé qu’il a lui-même un plan d’action. Il y aura prochainement des rencontres avec toutes les équipes de travail afin d’établir un diagnostic concernant la surcharge de travail, le climat de travail
«et ensuite, on va prendre tous les recours qui sont à notre disposition, que ce soit par le biais de griefs ou de plaintes en vertu de la charte des droits et libertés. On va prendre tous les recours légaux», prévient M. Garceau.