L’ancien maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque.
L’ancien maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque.

L’ancien maire Yves Lévesque défend le projet de colisée

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — L’ancien maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, a été piqué au vif par les conclusions du rapport du vérificateur général Jacques Bergeron, lui qui soulevait plusieurs questionnements sur la gestion du projet du colisée au District 55. Pour M. Lévesque, qui était à la mairie lorsque la quasi-totalité des décisions liées à ce projet ont été prises, la Ville continue d’être gagnante et de s’enrichir de ce projet qu’il qualifie d’une «opportunité en or».

Alors que Jacques Bergeron soulevait le caractère politique de la décision d’aller de l’avant dans ce projet et l’absence d’une étude de marché pour justifier sa rentabilité, Yves Lévesque insiste pour dire qu’à ce compte-là, aucune municipalité ne construira d’infrastructure s’il faut baser les décisions sur la rentabilité des équipements.

«C’est une décision politique? Évidemment que c’est politique, comme toutes les décisions qu’on prend quand on est un conseil municipal. Quand on décide de faire l’asphalte d’une rue à la place d’une autre, c’est politique. Quand on construit ou qu’on rénove une bibliothèque, c’est politique. On prend des décisions en fonction de notre vision des choses. Le projet de colisée, on en parlait depuis 2008 ou 2009. On s’est positionné politiquement pour dire qu’on le voulait», lance-t-il.

L’absence d’une étude de marché est pour lui un fait qui ne devrait pas être présenté comme une erreur. «On ne fait pas non plus d’étude de marché pour construire une bibliothèque, une salle de spectacle ou un musée. Ce sont des investissements qui ne rapportent pas de profits, mais qui s’inscrivent dans une vision de la Ville, qui veut donner des services à sa population, attirer le tourisme, améliorer la qualité de vie et faire en sorte d’attirer les familles et les travailleurs pour que la ville continue sa croissance. Ça n’a rien à voir avec la rentabilité. Aucun équipement municipal n’est rentable», considère-t-il.

Dans son rapport, le vérificateur général soulève aussi des questions quant au sérieux des plans qualité soumis par l’entrepreneur, faisant notamment référence au fait que seulement 10 % des 400 pieux nécessaires à la construction du colisée ont été testés, ou encore que des fissures seraient présentement apparentes dans le béton.

«Le problème c’est la façon dont il l’amène. Si c’est problématique, écris-le! Mais là on laisse entendre des choses qui peuvent semer le doute, mais qui en réalité répondent à 100 % aux normes. C’est normal qu’on ne teste pas tous les pieux, comme c’est normal que du béton, ça fissure un peu quand ça vient d’être coulé. Dans ce cas-ci, il aurait fallu poser les questions aux experts de la Ville, faire vérifier les informations par une firme indépendante et ensuite, si c’est problématique, oui il faut l’écrire dans le rapport», évoque Yves Lévesque.

Ce dernier est d’avis que grâce à cette subvention reçue du gouvernement provincial, la Ville a pu obtenir une glace supplémentaire sur son territoire sans être contrainte de fermer deux arénas (l’ancien colisée et Jean-Guy-Talbot) durant les rénovations, des rénovations qui auraient représenté des investissements de 47 M$ pour ces deux glaces sans avoir accès à une subvention, et qui auraient privé les jeunes amateurs de hockey de deux saisons le temps des travaux.

Questionnement

Selon le vérificateur général Jacques Bergeron, la Ville aurait intérêt à faire un post-mortem du mode de gestion clé en main et documenter les leçons apprises pour la gestion des projets futurs. M. Bergeron indique que ce modèle de gestion entraîne un questionnement quant au fait que toutes les responsabilités de conception, de réalisation, mais aussi d’inspection et d’assurance qualité incombent entièrement à l’entrepreneur. Une considération qui pourrait prêter flanc à une apparence de conflit d’intérêts, indique-t-il.

En 2015, la Direction des grands projets avait été abolie à la Ville de Trois-Rivières, quelque temps avant le lancement officiel du projet de construction d’un nouveau colisée. Dans ses recommandations, Jacques Bergeron émet le souhait qu’on établisse un processus de gestion et un cadre de gouvernance spécifique aux grands projets. En point de presse, il a toutefois affirmé que le cadre de gouvernance mis en place dans ce dossier lui semblait adéquat.

La Ville a par ailleurs indiqué, mardi soir, être à élaborer une structure permanente pour la gestion des grands projets. Elle affirme également qu’un plan d’affaires spécifique à la gestion du colisée est en élaboration.