Michelle Plante

L’alphabétisation au cœur d’une vie

TROIS-RIVIÈRES — Les sœurs Sylvie et Marie-Josée Tardif sont bien connues du public pour leur dévouement envers l’organisme COMSEP, fondé en 1986. Ce que les gens savent moins, c’est que COMSEP a aussi été créé par Michelle Plante, cette année-là. L’idée avait d’ailleurs germé entre elle et Sylvie Tardif alors que les deux jeunes femmes travaillaient toutes deux en alphabétisation dans Lanaudière.

Le rêve de revenir à Trois-Rivières pour y fonder un organisme d’alphabétisation conscientisante est devenu rapidement une mission de vie qui a été rendue possible grâce à beaucoup d’entraide et de détermination.

Il fallait en effet croire de tout cœur en cette mission pour se lancer dans l’aventure sans un sou de financement. «Les deux premières années, je n’ai pas reçu de salaire», se souvient Mme Plante. Pour financer leur projet, elles ont démarré une petite friperie sur la rue Sainte-Julie. Les vêtements de seconde main venaient souvent de leur famille. «Il fallait payer un loyer à 210 $ par mois», raconte Mme Plante. À la fin du mois, lorsque les vêtements n’avaient pas rapporté la somme espérée, les mères et les sœurs des deux fondatrices complétaient le montant. «Ça, on l’a toutefois su plus tard», raconte-t-elle.

Il aura fallu deux ou trois ans pour convaincre Centraide de les financer pour lancer leurs activités d’alphabétisation. Les 5000 $ accordés n’étaient toutefois pas suffisants. «Sylvie et moi avons donc cosigné un emprunt de notre propre poche», dit-elle.

Formée en éducation spécialisée, Michelle Plante est issue d’une famille de 9 enfants. Huit filles et un seul garçon. Dans cette famille aux moyens financiers modestes qui vivait de la terre, les filles apprenaient les mêmes choses qu’on aurait montrées aux garçons, incluant la mécanique. Il n’y avait peu ou pas de livres dans la maison. Ce n’est qu’à partir du sixième de la famille que les enfants Plante ont commencé à terminer leurs études secondaires.

Michelle Plante raconte qu’un monde tout à fait nouveau s’est ouvert à elle lorsqu’elle s’est mise à fréquenter la famille Tardif. «M. Tardif, le père, était un homme autodidacte et cultivé qui lisait beaucoup. C’est là que j’ai compris que j’apprendrais toute ma vie», raconte-t-elle. C’est aussi là qu’est née, chez elle, la piqûre de l’alphabétisation. Assez rapidement, COMSEP est né et l’organisme est devenu sa troisième famille.

Michelle Plante s’est rapidement attachée à la clientèle de COMSEP que les préjugés font mal paraître, déplore-t-elle. C’est avec une admiration évidente qu’elle perçoit les gens à faibles revenus qui fréquentent l’organisme. «Ils travaillent fort», dit-elle et ce, en dépit des limitations qui affectent la plupart d’entre eux.

Le principe d’alphabétisation conscientisante enseigné à COMSEP est pensé en fonction des besoins de ces personnes. On leur montre à lire ce qui les touche le plus au quotidien: des factures, des menus ou des pancartes sur l’autoroute, dans le cas de camionneurs par exemple. On part de l’actualité dans les journaux pour leur expliquer le sens de mots parfois inhabituels qui sont au cœur de certains débats de société afin qu’ils puissent eux aussi comprendre les enjeux racontés dans les médias et voter en toute conscience.

«Ma passion pour ce travail, ce sont les gens qui fréquentent COMSEP», dit-elle. Chaque année, Mme Plante est frappée par la résilience exceptionnelle dont certains font preuve malgré leur situation de pauvreté souvent très grande. «J’en ai vu qui ont déménagé à l’aide d’une brouette», illustre-t-elle, parce qu’ils ne pouvaient se payer un véhicule. La pauvreté engendre la maladie, la malnutrition, fait-elle valoir, bref, rien pour aider à s’en sortir. «Malgré tout, ils viennent ici dans l’espoir de trouver finalement du travail et donner l’exemple à leurs enfants», dit-elle.

COMSEP a fait des pas de géant depuis 34 ans. Grâce à la formation adaptée de préparation à l’emploi, son taux de placement est de 75 %, illustre la fière cofondatrice qui a récemment été honorée à titre de la Mauricienne d’influence toutes catégories confondues.