L’alcool peut détruire des vies, parfois rapidement, préviennent les Alcooliques anonymes, qui tiendront leur congrès annuel à Trois-Rivières, les 26 et 27 octobre.

L’alcool fait toujours autant de ravages

TROIS-RIVIÈRES — Le 45e Congrès provincial des Alcooliques anonymes (AA) aura lieu ce week-end, à l’école secondaire Chavigny, à Trois-Rivières. L’événement, ouvert au grand public, vise à sensibiliser ce dernier aux ravages de l’alcoolisme par le biais de nombreux témoignages.

Roger n’a pas bu une goutte d’alcool depuis 35 ans. Selon lui, les AA ont sauvé non seulement son mariage, mais aussi sa vie.

«Je prenais la paie de ma femme et je volais ma mère pour boire, raconte-t-il. Un jour, j’ai fini par avoir tellement honte que j’ai fait une tentative de suicide. Heureusement, je me suis manqué et un cousin m’a poigné au vol, il m’a amené à mon premier meeting des AA et je n’ai pas bu depuis ce temps-là.»

C’est ce genre de témoignage que l’on pourra entendre les 26 et 27 octobre prochains. Roger, tout comme les nombreux alcooliques devenus abstinents qui prendront la parole pendant ces deux journées, espère que son histoire permettra de faire comprendre aux gens que l’alcoolisme continue à détruire des vies, autant celle des alcooliques que celle de leur entourage.

«Le témoignage, c’est le meilleur moyen de comprendre, car ça ne parait pas toujours et l’alcoolique ne sait pas qu’il a un problème, soutient-il. Des fois, des gens voient leur ami boire pendant le souper et le trouvent drôle, mais ils ne voient pas les impacts que ça a sur sa famille. Ça détruit des vies.»

En plus des témoignages, des kiosques d’information et de la littérature sur le thème de l’alcoolisme seront à la disposition des participants. Le Congrès est organisé en partenariat avec Al-Anon, un groupe d’entraide qui fonctionne sur le même modèle que les AA, mais pour la famille et les proches de personnes alcooliques.

Plus jeunes et plus maganés

Même s’il a entendu toutes sortes de témoignages et vu toutes sortes de personnes en 35 ans de réunions hebdomadaires, Roger note que ceux qui rejoignent aujourd’hui les AA arrivent de plus en plus jeunes et de plus en plus «maganés». Trop souvent, trouve-t-il, la drogue les a soit menés à commencer à boire, soit elle a carrément empiré leur dépendance à l’alcool.

«Aujourd’hui, je dirais que la moyenne d’âge est de 30 ans, mais il y en a qui arrivent dès 18 ou 20 ans. Encore récemment, j’ai entendu quelqu’un me dire qu’il avait commencé à fumer son joint à 12 ans et qu’il s’est ensuite tourné vers l’alcool pour essayer. Il est tombé là-dedans.»

«C’est rare qu’une personne ait seulement une dépendance, confirme Josée, conjointe de Roger et membre de longue date d’Al-Anon. La drogue augmente de beaucoup l’effet de l’alcool et il est rare que l’alcool ne soit pas associé à la drogue.»

La légalisation du cannabis risque-t-elle d’accentuer ce problème de dépendances multiples? Le couple l’ignore, mais il sera aux premières loges pour le constater, si cela devait être le cas.

«Est-ce que plus de personnes vont essayer [le cannabis]? Est-ce que ça va créer de nouvelles dépendances? On ne sait pas», concède Josée.

«Obsédée par l’alcoolique»

Parallèlement aux activités du Congrès des AA, les membres d’Al-Anon auront, samedi, une journée de partage de témoignages. Si, à l’origine, l’organisme accueillait exclusivement les femmes de personnes alcooliques, sa clientèle s’est énormément diversifiée avec les années. Conjoints, conjointes, parents, enfants, grands-parents, amis, tous ont leur place aux réunions s’ils ont dans leur entourage quelqu’un qui a sombré dans la bouteille.

Peu importe leur relation avec cette personne, ils ont tous un point commun, celui d’être démuni devant la situation.

«On essaie tout: cacher les bouteilles, les vider dans l’évier, essayer de savoir en tout temps où est la personne... on peut faire beaucoup pour manipuler la personne pour essayer de l’empêcher de boire, illustre Josée. J’en suis venue à ne plus me reconnaître. Il était obsédé par l’alcool et moi, j’étais obsédé par l’alcoolique.»

Les Al-Anon suivent le fameux programme des 12 étapes utilisé par les AA et apprennent, dans un premier temps, à admettre qu’ils n’ont aucun contrôle sur la consommation de leur proche et n’en auront jamais. Le partage de témoignages est également l’approche privilégiée.

«C’est le même principe que les AA: se regrouper pour s’entraider, explique Josée. On s’entraide par le fait de partager ce qu’on vit et en entendant les autres, on se sent moins seul.»

Bien que, comme le veut un adage des AA, chaque alcoolique affecte plusieurs dizaines de personnes, celles-ci restent relativement peu nombreuses à se manifester.

Alors que dans la région, 70 réunions des AA ont lieu chaque semaine, Al-Anon n’en a que 8.

«Les gens craignent souvent d’être identifiés et de mettre dans l’embarras une personne qu’ils aiment, croit Josée. Ils ne réalisent pas qu’on est tous dans le même bateau, qu’on est là pour s’entraider et se soutenir, pas pour parler dans le dos les uns des autres.»