Sylvie Lapierre, codirectrice du Laboratoire interdisciplinaire de recherche en gérontologie de l’UQTR.

L'aide médicale à mourir, un sujet controversé chez les aînés

TROIS-RIVIÈRES — Pas moins de 64 % des personnes de 60 ans et plus choisiraient l’aide médicale à mourir si elles étaient gravement malades ou qu’elles allaient mourir. C’est ce que révèle un sondage effectué par des chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières en 2016 et 2017 auprès de 235 personnes de 60 ans et plus vivant dans les régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec. La même étude révèle également que ce pourcentage se situe à 70 % chez les baby-boomers et à 55 % chez les 80 ans et plus.

Ce sondage vient d’être publié par le Laboratoire interdisciplinaire de recherche en gérontologie de l’UQTR alors que lundi, deux Québécois contestaient devant la cour supérieure un des critères de la législation qui les empêche d’avoir recours à l’aide médicale à mourir.

Au Québec, cette aide est réservée aux personnes en fin de vie et le Code criminel fédéral la réserve aux personnes appelées à mourir naturellement dans un délai raisonnablement prévisible.

Or, les deux personnes qui souhaitent recourir à cette aide ne sont pas mourantes, mais les graves maladies dégénératives dont elles sont atteintes leur causent beaucoup de souffrances, indique La Presse.

L’enquête menée par le Laboratoire interdisciplinaire de recherche en gérontologie fait ressortir que les participants à l’étude qui ont peur de vieillir, peur de la mort et surtout peur de souffrir préféraient l’aide médicale à mourir. La peur de souffrir semble donc jouer un rôle important dans le souhait d’euthanasie médicale, indique la codirectrice du laboratoire, la professeure Sylvie Lapierre, qui a oeuvré à cette recherche en collaboration avec ses étudiantes Maude Houle, Kim St-Amant, Marie-Pier Desaulniers et Andréanne Laplante.

«Ce n’est pas surprenant si l’on considère la description par les médias des conditions de vie dans les centres de soins de longue durée et la difficulté d’accéder à des soins et de l’aide à domicile. On se demande jusqu’à quel point la dévalorisation de la vieillesse dans la société québécoise influence l’opinion des aînés», dit-elle. «L’âgisme joue un rôle important et il est très présent au Québec», souligne la chercheuse.

En revanche, l’étude démontre que les personnes qui ont des convictions religieuses ou une vie spirituelle qui apportent du réconfort et un sens à la vie et à la mort sont plutôt défavorables à l’euthanasie.

Les chercheurs en arrivent donc à la conclusion que «sans le soutien de la spiritualité, le sentiment de vulnérabilité et l’impuissance de l’individu amèneraient les aînés (surtout les baby-boomers) à préférer conserver le contrôle sur la manière dont se déroulera leur mort», en déduisent les chercheurs qui ont contribué à cette étude.

L’étude de l’UQTR indique également, pour expliquer le désir d’aide médicale à mourir, «l’absence ou la difficulté d’obtenir des soins palliatifs» qui visent à «soutenir la personne afin qu’elle puisse mourir dans la dignité, entourée de gens qui respectent son rythme et qui tentent par tous les moyens de diminuer sa souffrance.» Or, fait valoir la professeure Lapierre, «malheureusement, seule une minorité de personnes y ont accès.»

L’étude de l’UQTR indique qu’au moment du sondage, les participants à l’étude se considéraient en très bonne santé et qu’il est possible que les gens changent d’idée lorsqu’ils se retrouvent réellement dans cette situation. Les chercheurs avouent d’ailleurs qu’ils auraient aimé rencontrer des aînés dont la santé est moins bonne «car leur expérience de la maladie ou du système de santé pourrait influencer la manière de voir l’aide médicale à mourir et les autres soins de fin de vie.»

Les chercheurs ajoutent qu’ils auraient également aimé rencontrer davantage de personnes âgées de plus de 85 ans. «L’approche inévitable de la mort les amène sans doute à réfléchir aux choix qu’elles feront dans l’avenir», estiment-ils. «L’étude n’est pas finie. Ces personnes peuvent encore nous contacter», indique la professeure Lapierre. Il suffit de composer le 819-376-5090 et de laisser son message et son numéro de téléphone sur le répondeur.

En date du 30 novembre 2018, la Commission sur les soins de fin de vie signalait que 1664 aides médicales à mourir ont été administrées entre le 10 décembre 2015 et le 31 mars 2018 sur 2482 demandes formulées. En Mauricie et au Centre-du-Québec, 108 personnes, au total, ont fait une demande et 69 personnes ont reçu cette aide.

Les résultats de cette étude ne sont que préliminaires. Elle sera en effet poursuivie en Suisse, au Japon et au Bhoutan (petit pays de l’Himalaya très religieux) afin de faire des comparaisons interculturelles. La professeure Lapierre recevra à cet effet la collaboration de chercheurs en gérontologie de ces divers pays. Les résultats devraient être connus d’ici 2 ans.