Le docteur Gaétan Bégin travaille depuis une quinzaine d’années sur un projet de maison de soins de fin de vie à Shawinigan.

L’aide médicale à mourir sera offerte

Shawinigan — Contrairement à la Maison Albatros à Trois-Rivières, la Maison Aline-Chrétien offrira l’aide médicale à mourir pour les bénéficiaires qui exprimeront cette volonté et qui, bien entendu, répondront aux exigences légales de cette phase toujours déchirante pour les proches.

Le docteur Gaétan Bégin, directeur médical de la nouvelle résidence de Shawinigan, assure que cette position n’a pas suscité de grands débats au sein de la Corporation des Trois colombes, qui gère cet établissement. Il fait partie du conseil d’administration depuis les premiers balbutiements du projet, en 2004.

«Ça n’a absolument pas été une réflexion difficile», mentionne-t-il. «Déjà, nous offrons l’aide médicale à mourir à l’unité des soins palliatifs du centre hospitalier et je le fais à domicile, quand les patients le demandent et remplissent les critères. Donc, ce n’était qu’une continuité. Ça va entrer dans notre mission: nous allons offrir de bons soins palliatifs, comme on le fait depuis trente ans, mais aussi la sédation palliative continue chez certains individus et aussi, l’aide médicale à mourir.»

À Trois-Rivières, la Maison Albatros avait défrayé la manchette en 2016, lorsqu’une personne qui y était hébergée avant dû transférer sa demande d’aide médicale à mourir au Centre hospitalier affilié universitaire régional. Comme la majorité des résidences de soins de fin de vie, le conseil d’administration de la Maison Albatros ne voulait pas offrir ce traitement.

La directrice générale de ce service, Anne-Marie Hébert, confirme que la position n’a pas changé à ce jour. Pour le moment, l’administration travaille beaucoup sur un projet de déménagement, mais il n’est pas dit que l’aide à mourir ne sera pas discutée à nouveau dans un avenir proche.

«À plus forte raison dans l’éventualité d’une relocalisation, on va voir si on maintient cette décision», confie-t-elle.

Évidemment, M. Bégin savourait également l’inauguration officielle de lundi, après avoir vécu l’effervescence entourant le projet, la déception de son abandon, sa renaissance sur le terrain de l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie et finalement, sa réalisation dans l’ancienne demeure de la famille Buisson.

«C’est l’aboutissement de beaucoup de travail depuis une quinzaine d’années», convient-il. «À l’époque, le gouvernement ne nous offrait pas de montant d’argent. C’est arrivé en 2016 et ça nous a donné un bon coup de pouce.»

Pour le docteur Bégin, il ne fait aucun doute que ce service apportera une valeur ajoutée aux patients en phase terminale, peu importe la pathologie.

«L’atmosphère dans un centre hospitalier et dans une maison, c’est différent», rappelle-t-il. «Les gens pourront aller dehors, dans la nature, avec la rivière tout près, un immense terrain... Sur le point du vue médical, ça ne changera pas. Mais nous aurons une atmosphère plus familiale.»

Dans son allocution, en plus de la souffrance physique, le docteur Bégin a parlé de soulager la souffrance psychique et spirituelle qui enveloppent progressivement les personnes en fin de vie, peu importe les croyances. Une espèce d’anxiété qu’il faut apprivoiser dans les derniers jours précédant l’inévitable.

«Ça amène les gens à se demander ce qui se passe de l’autre côté», explique-t-il. «C’est l’inconnu qui s’en vient. Ce n’est pas une question de religion. On espère tous que ce soit beau, que ça aille bien, qu’il n’y ait pas de souffrance. Mais il n’y a pas de certitude.»

Plusieurs patients réussiront, lors de ces derniers moments, à vivre vraiment l’instant présent. Une philosophie beaucoup plus difficile à appliquer qu’il n’y paraît dans cette société réglée au quart de tour.

«Le petit hamster tourne tout le temps; on pense toujours à quelque chose», fait remarquer le médecin. «Pour vivre l’instant présent, il ne faut plus penser à rien. Ce n’est pas facile à faire. En fin de vie, un grand nombre de personnes réussissent à le faire parce que le passé, le futur, ça n’existe plus pour eux. À un moment donné, les gens n’ont plus peur de mourir.»

Portes ouvertes
La Maison Aline-Chrétien ouvrira ses portes à la population lors de deux journées portes ouvertes, les 21 et 22 avril, entre 12 h 30 et 16 h 30 à chaque occasion.

L’ouverture de ce service ne sonne pas la fin de la campagne de financement. Les deux coprésidents d’honneur, Guy Pellerin et Jackie Chauvette, rappellent que pour assurer le bon fonctionnement de la Maison Aline-Chrétien, la corporation doit accumuler entre 200 000 $ et 300 000 $ par année, qui s’ajouteront aux quelque 544 000 $ déjà promis par le ministère de la Santé et des Services sociaux.