Le recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap et évêque auxiliaire du diocèse de Trois-Rivières, Mgr Pierre-Olivier Tremblay.

Laïcité: les droits individuels doivent être respectés, prône Mgr Tremblay

Trois-Rivières — La volonté du gouvernement de marquer une séparation claire entre le religieux et l’État est très bien accueillie par le recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap et évêque auxiliaire du diocèse de Trois-Rivières, Mgr Pierre-Olivier Tremblay. L’homme de foi qui prône le vivre ensemble met toutefois en garde contre les restrictions des droits individuels de porter des signes religieux, notamment pour les enseignants.

«L’État se doit d’être neutre et impartial. Les individus ont le droit d’exercer leurs droits individuels de conscience et de religion», affirme en entrevue Mgr Pierre-Olivier Tremblay. «Ça signifie que si on restreint le droit de certains individus qui sont membres de l’appareil de l’État, il faut le faire pour des raisons qui sont considérées très importantes et il va falloir qu’il y ait des discussions tant au niveau politique que légal. Il y aura certainement des questions qui vont se poser.»

Les évêques du Québec acceptent de restreindre le droit individuel de porter des signes religieux pour les personnes en état d’autorité, comme les juges ou les policiers, afin d’envoyer un message d’impartialité. Toutefois, Mgr Tremblay soutient que cette mesure ne devrait pas s’appliquer aux enseignants.

«Les enseignants ne sont pas porteurs de pouvoir coercitif. Si un enseignant porte un signe religieux, ce n’est pas une menace ou un endoctrinement», croit-il. «Les évêques disent non. On est en train de dire qu’exposer un enfant à un symbole religieux, ça serait dangereux.»

Le recteur de Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap et évêque auxiliaire de Trois-Rivières rappelle aussi que les chrétiens en Occident n’ont pas le même rapport envers le port de signes religieux que les croyants de biens d’autres religions. «On n’a jamais eu le sentiment qu’il fallait nécessairement porter des signes religieux. On a comme un biais collectif», mentionne-t-il.

«Mais il y a des religions, comme chez les sikhs par exemple, où porter le turban n’est pas une option individuelle et subjective, ça fait partie de leur pratique religieuse profonde. Dans leur cas, c’est beaucoup plus sérieux de restreindre leur droit. Pour nous, ça nous affecte moins.»

Mgr Tremblay se demande si ce projet de loi n’est pas la manifestation d’une peur collective contre «toutes manifestations religieuses». «Dans le débat actuel, on entend beaucoup de choses qui ressemblent à la peur de l’autre, peur de l’autre croyance et peur des nouveaux arrivants. Est-ce que ce projet de loi va aider les gens à accueillir et accepter l’autre dans sa différence sans que l’autre soit d’emblée perçu comme une menace et un danger?», questionne l’évêque auxiliaire de Trois-Rivières et recteur du sanctuaire.

En ce qui concerne le retrait du crucifix installé au-dessus du fauteuil du président de l’Assemblée nationale, Mgr Tremblay rappelle que les évêques du Québec sont en accord avec son retrait. «Ce sont des élus qui l’ont mis là dans les années 30, ce n’est pas les évêques qu’ils l’ont demandé, alors c’est aux élus de décider de le retirer», note-t-il en précisant que l’objet patrimonial doit par la suite être traité avec respect.