Benoît Charron en septembre 2015, alors qu'il faisait l'acquisition de Planète Poutine.

L'acquéreur de Planète Poutine poursuivi pour plusieurs millions $

Benoît Charron, l'homme d'affaires qui s'était porté acquéreur de la chaîne de restauration rapide trifluvienne Planète Poutine en septembre 2015, fait actuellement l'objet d'importantes poursuites au civil de plusieurs millions de dollars pour fraudes et détournements de fonds envers des compagnies de prêts et de promotion de projets immobiliers. Selon des poursuites déposées au cours des derniers mois et dont Le Nouvelliste a obtenu copie, on peut également comprendre qu'une enquête policière est actuellement en cours dans cette affaire.
D'ailleurs, un simple appel au siège social de Planète Poutine nous a permis de comprendre que Benoît Charron n'est plus le propriétaire de l'entreprise, qui a par ailleurs changé d'adresse au cours des derniers mois, pour passer du boulevard Crémazie à Montréal à une adresse située à Sainte-Julienne.
Une première poursuite, déposée en mai dernier à Laval, réclame à Benoît Charron, de même qu'à trois autres présumés collaborateurs ainsi que de nombreuses compagnies à numéro, la somme de 8 362 684 $. Une autre poursuite, cette fois déposée au palais de justice de Saint-Jérôme par une autre compagnie, réclame pour sa part environ 6M$.
Selon les documents déposés à la Cour dans la première poursuite, Benoît Charron aurait détourné des fonds provenant des compagnies Idéal Finance, Idéal Développement ainsi que d'une compagnie à numéro associée à ces deux compagnies, en proposant un partenariat pour le développement de projets de développements commerciaux, mais en détournant ensuite les fonds dédiés au financement du projet, notamment par le biais de prête-noms. On lui reproche également d'avoir gonflé les prix de certains terrains vendus pour ces projets afin de détourner les fonds à son propre profit.
Ainsi, des projets de développements commerciaux de Sainte-Julienne, Saint-Esprit, Saint-Augustin-de-Desmaures, Saint-Charles-Borromée, Saint-Lin, Bromptonville et Trois-Rivières sont cités dans la poursuite. Des ententes conclues avec Idéal Développement pour mener à terme ces projets, pour la plupart des développements comprenant des stations-service ainsi que de la restauration rapide, auraient finalement abouti à la découverte d'irrégularités dans les transactions immobilières, irrégularités qui ont soulevé d'importants soupçons pour les compagnies demanderesses lorsqu'une perquisition policière a été menée dans leurs bureaux vers la fin de l'année 2016. L'enquête, indique la poursuite, portait sur des allégations de détournements de fonds en matière immobilière.
Idéal Finance et Idéal Développement ont alors entrepris leur propre investigation, pour comprendre que plusieurs irrégularités seraient survenues dans chacun des projets ci-haut mentionnés. Des montants de plusieurs centaines de milliers de dollars, et même dans un cas de plus de 3 M$, auraient été reversés à des investisseurs, dont Olivier Gaudet et Mikael Voyer, tous deux identifiés par la poursuite comme des prête-noms de Benoît Charron et qui sont également poursuivis dans cette affaire, de même que plusieurs compagnies à numéro et le siège social de Planète Poutine. D'autres remboursements auraient également été octroyés à Benoît Charron lui-même à titre de vendeur ou d'emprunteur, alors qu'il n'avait ni vendu ni contracté des hypothèques sur les terrains mentionnés. 
Par ailleurs, selon nos sources, la preuve amassée contre Benoît Charron ferait état de voitures de luxe, dont une Rolls Royce Ghost et une Porsche 911, qui auraient été louées à long terme en novembre 2016, de même que de bijoux de luxe pour une valeur de 45 000 $, tous possiblement achetés avec les fonds rendus disponibles pour les développements commerciaux. 
Ce stratagème de présumé «flip immobilier», indique la poursuite, est «composé de plusieurs détournements de fonds au profit des défenderesses et de versements illégitimes faits à des tiers sans lien avec les transactions et qui profitent aux défenderesses». Par exemple, dans le projet développé à Saint-Lin, la poursuite soutient que la transaction a permis à Olivier Gaudet et une autre compagnie, à titre de prête-nom pour Benoît Charron, de se faire verser des sommes équivalant à 3 438 985 $ dans une transaction totale de 9 253 199 $. Des notaires et des avocats ayant déjà exécuté des mandats pour Benoît Charron auraient notamment reçu des sommes d'argent in trust sans jamais avoir été liés aux transactions conclues pour les développements commerciaux.
Un bref de saisie avant jugement a par ailleurs été réquisitionné par la partie demanderesse afin de faire saisir les sommes d'une compagnie à numéro appartenant à Benoît Charron et consignées par un notaire.
La seconde poursuite, déposée à Saint-Jérôme, rapporte essentiellement des faits similaires au niveau du modus operandi, selon nos sources.
Il n'a pas été possible de joindre Benoît Charron pour entendre sa version des faits, et le siège social de Planète Poutine n'était pas non plus en mesure de nous mettre en contact avec lui. Son avocat n'a pas non plus retourné notre appel.
À ce jour, aucune accusation criminelle n'a été déposée contre Benoît Charron dans cette affaire, lui qui ne possède d'ailleurs aucun antécédent judiciaire, selon nos vérifications.