Des résidents du lac Vincent, dont Sylvie Boisvert, redoutent la construction de maisons où l’usage de résidence de tourisme serait permis dans leur secteur.

Lac Vincent: on efface tout et on recommence

Shawinigan — La Ville de Shawinigan doit reprendre du début le processus de changement de zonage pour permettre l’usage de résidence de tourisme sur une partie du secteur du lac Vincent. À la fin mai, les élus ont adopté une résolution incomplète, qui omettait l’identification d’une zone rurale ou de villégiature touchée.

En principe, le conseil municipal devait adopter le deuxième projet de résolution pour un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) en séance extraordinaire, le 25 juin en fin d’après-midi. Cette démarche vise à adapter un usage spécifique à certains lots, plutôt qu’à une zone entière.

En séance spéciale le 27 mai, les élus avaient adopté un premier projet de résolution pour permettre l’exploitation de résidences de tourisme sur deux lots situés dans deux zones. Ces deux lots étaient identifiés dans la résolution, mais une seule des deux zones visées était nommée.

Denis Ouellette, urbaniste à la Ville de Shawinigan, avait soulevé la coquille au début de l’assemblée publique de consultation sur ce projet, le 17 juin. Cet élément n’a pas échappé aux résidents qui s’opposent à ce changement d’usage, craignant que leur quiétude soit perturbée par l’apparition d’une cinquantaine de chambres à vocation touristique dans leur secteur. En effet, huit ou neuf maisons avec un maximum de six chambres chacune sont prévues par le promoteur, la famille Marcouiller, sur les deux lots visés.

Dans ces circonstances, Me Chantal Doucet, greffière par intérim à la Ville, estime qu’il devenait plus sage de reprendre le processus au début plutôt que de risquer qu’il soit entaché par cet oubli. En principe, le premier projet de règlement sera donc adopté en séance spéciale, le 22 juillet. L’assemblée publique de consultation suivra au début août.

Mardi, une douzaine de résidents du lac Vincent s’étaient déplacés à l’assemblée publique pour suivre le processus. Ils ont reçu l’appui du Regroupement des associations de cours d’eau et de lacs de Shawinigan (RACELS). La secrétaire de cette association, Joan Hamel, mentionne que l’hébergement locatif est devenu un enjeu important pour les riverains. Elle soumet l’idée d’une consultation publique à Shawinigan.

«Nous appuyons la démarche des citoyens du lac Vincent», exprime-t-elle. «Les chalets locatifs, c’est devenu un fléau autour de nos lacs. Nous demandons à la Ville d’encadrer, de réglementer et peut-être de s’harmoniser avec la démarche en cours à Saint-Mathieu-du-Parc.»

Mme Hamel observe que cette pratique stimule la spéculation sur les chalets. «On voit aussi apparaître des fêtes, des motomarines qui nuisent à la qualité de vie des résidents.»

Le maire, Michel Angers, n’est pas demeuré insensible à l’appel.

«Il faut réfléchir à tout ce qui touche Airbnb», convient-il. «On sait qu’on manque d’hôtellerie sur l’ensemble de notre territoire, mais c’est important de réglementer ce phénomène. D’un autre côté, il y a toujours le principe du pas dans ma cour qu’il faut regarder.»

Les citoyens présents paraissaient satisfaits de la reprise du processus réglementaire, puisqu’elle leur permettra de mieux préparer leur argumentation. Étienne Vincent, président de l’Association des propriétaires du lac Vincent, a remis au conseil municipal un «mémoire de concertation» conçu lors d’une rencontre entre 14 citoyens organisée le 23 juin.

Le groupe invoque notamment que les riverains ont acquis leur propriété dans un secteur zoné résidentiel et s’attendent ainsi à vivre dans cet environnement. Les résidents sont également préoccupés par l’impact d’un hébergement touristique sur le lac, même si ce développement est prévu en deuxième rangée et que les visiteurs n’auraient, en principe, aucun accès au plan d’eau.

Du côté des promoteurs, Jimmy Marcouiller fait la moue en apprenant la reprise du processus réglementaire. Il souhaite entrer en communication avec la Ville de Shawinigan ces jours-ci afin de vérifier les aménagements possibles pour maximiser les chances d’acceptabilité du projet.

«S’il faut tout recommencer de A à Z, on recommence et on va de l’avant!», laisse-t-il tomber.

«C’est sûr qu’on vise à obtenir l’approbation de la Ville dans nos démarches. Nous arriverons avec quelque chose de bien.»