La halte migratoire de Baie-du-Febvre.

Lac Saint-Pierre: les digues posent problème

BAIE-DU-FEBVRE — L’organisme Canards Illimités et le ministère des Forêts, Faune et Parcs sont en train de réévaluer la pertinence des digues qui avaient été aménagées sur les rives nord et sud du lac Saint-Pierre, dans les années 1990. En fonction des nouvelles connaissances scientifiques, il appert que ces aménagements devront être modifiés. Ils avaient été créés, rappelons-le, dans le but d’immuniser les terres agricoles riveraines contre les inondations et pour fournir des haltes aux oiseaux migrateurs jusqu’à la mi-mai chaque année.

Les biologistes ont découvert que ces digues semblent finalement faire plus de mal que de bien à l’écosystème du lac Saint-Pierre. Il faudrait donc les modifier pour soigner l’écosystème mal en point. Depuis l’aménagement de ces digues, «on largue des sédiments dans le lac Saint-Pierre et on contribue, par la force des choses, à sa détérioration», explique André Michaud de Canards Illimités.

Pour l’instant, les spécialistes se demandent s’il faut «démanteler les 3,5 kilomètres de digues ou si l’on fait des brèches pour laisser l’eau entrer», explique M. Michaud.

«Quand on fait l’analyse, comme organisme de conservation, il faut s’assurer que les aménagements fauniques ne contribuent pas à la détérioration du lac Saint-Pierre», fait-il valoir.

Le problème, c’est de que de l’autre côté de ces digues les terres inondables servent presque exclusivement à la culture du maïs et du soja, ce qui laisse le sol à nu une partie de l’année et contribue du même coup au lessivage des sédiments dans le fleuve lorsque l’eau est drainée pour permettre la culture, après les migrations.

Les scientifiques ont découvert, rappelons-le, qu’une partie de l’écosystème subaquatique du lac Saint-Pierre s’est désertifié, avec le temps. Or, les effets du type d’agriculture qui se pratique sur ses rives ont été pointés du doigt par les chercheurs.

En 2012, le gouvernement a dû imposer un moratoire sur la pêche à la perchaude, qui est toujours en vigueur aujourd’hui, dans l’espoir de sauver l’espèce, car ses aires de reproduction sont grandement diminuées par cette désertification. Les scientifiques avaient alors insisté sur l’importance de restaurer les habitats de reproduction des poissons. C’est de là qu’a émergé l’idée de revoir la pertinence des digues aménagées par Canards Illimités dans les années 1990, indique M. Michaud.

Canards Illimités est propriétaire du côté de Saint-Barthélemy-Maskinongé et peut donc corriger tout de suite la situation, mais ce n’est pas le cas du côté de la rive sud où il est locataire.

Les pourparlers avec les agriculteurs pour régler la situation devront se faire en harmonie avec et «dans le respect», indique M. Michaud.

«Il va falloir s’assurer que tout le monde est sur la même page», fait-il valoir.

Selon lui, il faudra être «à l’écoute de la nature et on va s’assurer de mettre le gros bon sens à contribution aussi», explique M. Michaud.

De toute façon, les aménagements réalisés par Canards Illimités et le ministère ont été victimes des importantes crues printanières de 2017 et du printemps 2019. L’eau du fleuve est passée carrément par-dessus les digues. Les poissons du fleuve s’y sont donc aventurés et ils sont restés prisonniers de l’endiguement lorsque l’eau a baissé de niveau.

Une vaste opération de sauvetage de ces poissons, coordonnée par le ministère, se déroulera d’ailleurs les 17 et 18 juin, sur le vaste aménagement Baie-du-Febvre-Nicolet-Sud.

«Tous ces poissons doivent être sortis à la main», indique le professeur Raphaël Proulx, directeur du Centre de recherche RIVE de l’UQTR qui sera de la partie avec plusieurs de ses étudiants pour cette vaste et exigeante opération.

Une première opération de sauvetage du même genre avait été réalisée en 2017, une année où les inondations avaient également emprisonné des milliers de poissons dans les digues.

À Saint-Barthélemy-Maskinongé, la digue a déjà été modifiée, l’an dernier, pour éviter que la situation de 2017 se répète.

Ce n’est toutefois pas le cas sur la rive sud où l’organisme n’est pas propriétaire.

«Sans digue, c’est un habitat où les poissons iraient se reproduire. Donc, sommes-nous plus en milieux humides ou en champs agricoles? On peut se poser la question», résume M. Michaud.