Originaire de Lac-Mégantic, Étienne Bureau espère que la municipalité sera en mesure de se remettre de la catastrophe ferroviaire qui l'a frappée il y a un an.

Lac-Mégantic: le temps passe, les souvenirs restent

Un an après la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, les gens de la municipalité estrienne continuent de panser leurs plaies. Même pour les Méganticois établis ailleurs, la pilule passe toujours difficilement. C'est le cas pour le capitaine Étienne Bureau du Service de sécurité incendie de Shawinigan.
Citoyen de Lac-Mégantic jusqu'à l'âge de 20 ans, le pompier s'est établi à Shawinigan afin d'y amorcer sa carrière il y a de cela 10 ans. Il ne pensait pas que son métier l'amènerait à retourner chez lui dans des conditions des plus tragiques. Le 6 juillet 2013, alors que le Québec prenait conscience de ce qui s'était passé dans la municipalité de 6000 âmes, M. Bureau était déjà en route, en compagnie de quatre autres pompiers de Shawinigan, Jérôme Martineau, Françis Maheux, Éric Boucher et Maxime Quirion, afin de prêter main forte à la confrérie.
Un an plus tard, il ne regrette absolument pas de s'être rendu sur les lieux, et ce, même si certains souvenirs le hantent encore.
«Je n'ai pas de regrets par rapport à ce que je pouvais faire. Au contraire, si je n'y avais pas été, je me dirais que j'aurais dû y aller. Je me dis que j'ai fait ce que j'ai pu, mon petit bout.»
Le père de famille retourne fréquemment dans sa ville natale pour y voir ses parents et amis, qui ont été épargnés par la catastrophe, bien que certaines de ses connaissances ne sont plus de ce monde. Chaque fois, il pousse un grand soupir en voyant l'état du centre-ville.
«C'est comme si on prenait une personne qui est jolie, qui paraît bien, et qu'on lui faisait une cicatrice de six pouces dans le visage. Elle va devoir vivre avec ça pour le reste de sa vie», image-t-il.
Bien que la ville se remet lentement, l'aspect social qu'avait le centre-ville n'y est plus. On y retrouve quelques locaux vides et un grand trou aux allures de carrière de sable, sous lequel se retrouvent des milliers de litres de pétrole.
Ce n'est pas pour rien que les parents de M. Bureau, comme plusieurs autres, font tout en leur possible pour éviter l'endroit lors de leurs déplacements en automobile.
«On finira un jour par oublier, le temps va finir par effacer les choses, espère-t-il. Mais c'est plus difficile de vivre son deuil parce que c'est une petite place et tout le monde se connaît, tout le monde est touché.»
L'appel du retour
Depuis la tragédie, le pompier shawiniganais se sent loin de son coin de pays. Comme plusieurs autres, l'envie de retourner dans son patelin occupe son esprit, même si un tel déménagement serait difficile pour le père de famille.
«C'est certain que je me sens loin. J'ai encore des amis qui sont là-bas. Je connais même des filles qui sont retournées à Lac-Mégantic en se trouvant un emploi dans leur domaine. C'est difficile à expliquer, mais on dirait qu'on veut participer (à la reconstruction.)»
Durs lendemain pour les pompiers
Si la situation est pénible à vivre pour les citoyens de Lac-Mégantic, elle l'est encore plus pour les sapeurs de l'endroit, qui ont, dans quelques cas, retrouvé certains de leurs amis dans les décombres. Le stéréotype du gros bonhomme dur aux émotions de fer en a pris pour son rhume et l'épuisement a fait son oeuvre. Plusieurs ont dû demander un congé de maladie afin de s'en remettre,
«Il y en a qui sont en stress post-traumatique, dit-il. Les gars ont eu plus ou moins d'appui. Plusieurs mois après, lorsque tu te retrouves tout seul avec ton petit bonheur, les images restent.»
«C'est un sentiment humain que de se demander si on aurait pu faire quelque chose de plus afin de sauver une personne. C'est impossible à savoir, mais les gars se posent des questions.»
S'il est certain que sa communauté profitera toujours de l'empathie des Québécois, M. Bureau espère qu'il en sera de même avec le gouvernement du Québec.
«La priorité est mise sur la reconstruction, mais j'espère qu'il y aura un suivi pour ce qui est de la sécurité ferroviaire et que les lois seront appliquées. J'espère qu'avec le temps, notre exemple ne sera pas mis sur une tablette.»
Demain, Étienne Bureau se rendra dans son patelin pour participer aux cérémonies entourant le premier anniversaire de la catastrophe, lui qui a reçu une invitation de la municipalité. Une journée qui s'annonce émotive pour ses collègues et lui.