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La professeure Shari Forbes de l’UQTR.
La professeure Shari Forbes de l’UQTR.

Laboratoire extérieur de l’UQTR: les corps se décomposeraient même en hiver [VIDÉO + ARTICLE AUDIO]

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
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«Nous avions assumé que les corps, placés au sol, seraient congelés par les basses températures de l’hiver, ce qui stopperait la décomposition, mais en creusant sous un mètre de neige pour atteindre deux dépouilles, nous avons constaté visuellement que la décomposition se poursuivait et nous avons senti son odeur.»

Cette citation n’est pas tirée d’un roman policier, mais vient plutôt de la bouche d’une experte de renommée mondiale en sciences thanatologiques et résume, en essence, une découverte toute récente qui aura pour effet d’aider les corps policiers dans leurs enquêtes.

La professeure Shari Forbes, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, grâce au nouveau laboratoire extérieur de recherche en sciences thanatologiques expérimentales et sociales (REST[ES]) de l’UQTR situé à Bécancour, a pu constater que l’hiver n’a pas ralenti la décomposition «tant que ça.»

«On ne s’attendait pas à constater un tel niveau de décomposition lorsque la neige a fondu», dit-elle.

La chercheuse a discuté de sa découverte avec un établissement du nord du Michigan où se font des travaux de même nature que les siens. «Les chercheurs de ce site à qui j’ai parlé ne m’ont rien rapporté à ce sujet», dit-elle.

Jusqu’à cette découverte, les scientifiques ne pouvaient qu’estimer ce qui se passait sous la neige avec les corps. Maintenant, ils le savent.

Rappelons qu’au le laboratoire en plein air REST[ES], les scientifiques du département d’anatomie, dont fait partie la professeure Forbes, ont recours à de véritables dépouilles humaines utilisées pour analyser le phénomène de décomposition. Ces dépouilles proviennent du programme de dons de corps de l’UQTR.

Ces travaux de recherche visent ultimement à soutenir la science médico-légale, donc les enquêtes policières. «Les maîtres-chiens m’ont souvent dit que leur chien pisteur pouvait trouver un corps sous la neige. Je leur répondais que ce n’était sans doute pas possible en raison de l’absence d’odeur de décomposition pendant l’hiver, mais maintenant, je sais que ces entraîneurs avaient raison», dit la chercheuse. «J’ai pu sentir moi-même l’odeur de décomposition pendant la saison froide», précise-t-elle.

L’équipe de la professeure Forbes a pu prélever des échantillons de fluides. Ce qui n’aurait pas été possible avec un corps complètement congelé. La présence de ces fluides confirme la présence de la décomposition par les bactéries.

«Aucune publication scientifique ne parle de ce phénomène», souligne la chercheuse.

L’équipe a également découvert que certains insectes qui apparaissent à l’été et à l’automne «tombent en hibernation, restent dans le corps durant l’hiver, puis émergent à nouveau au printemps», explique la chercheuse. «C’est une information très importante pour la police parce que nous utilisons ces insectes pour estimer le temps écoulé depuis la mort», dit-elle.

Écoutez cet article en version audio.

D’une superficie de 1600 mètres carrés, le laboratoire en plein air REST[ES] de l’UQTR est un lieu idéal pour entraîner les chiens pisteurs et leurs maîtres des forces policières à retrouver des cadavres. En octobre dernier, cinq équipes de maîtres-chiens ont été reçues sur le site afin de mettre les chiens en présence d’odeurs provenant de dépouilles humaines à différents stades de décomposition. Cette mise en contact avec ces odeurs permettra aux chiens pisteurs de repérer des personnes récemment décédées et même des victimes disparues depuis longtemps, affirme la chercheuse.

Une autre journée d’entraînement est prévue cette année à laquelle participeront des forces policières de l’Ontario, de l’Alberta et «nous l’espérons, du Québec», indique la professeure Forbes.

Le laboratoire REST[ES] donne lieu, présentement, à un éventail impressionnant de recherches en parallèle.

Des étudiants à la maîtrise en sciences de l’environnement étudient le rôle des insectes impliqués dans le phénomène de décomposition chez l’humain et le porc.

Des étudiants en microbiologie mènent des travaux sur les bactéries impliquées dans la décomposition.

À la demande du ministère de l’Environnement, on a également examiné le niveau de contamination du sol là où les corps se décomposent. Or, il appert que cette contamination est presque inexistante. L’impact sur laboratoire REST[ES] sur l’environnement est donc minime.

L’équipe accueillera de plus une nouvelle étudiante pour les recherches sur la reconstruction faciale à partir d’un crâne humain. Ces travaux permettront d’identifier une personne grâce à ses restes.

La professeure Forbes se réjouit du fait que les offres de partenariat de recherche s’accroissent depuis l’ouverture du laboratoire.