Miguel Guardado-Richer et sa mère Marlene Richer à bord du voilier Viséau avec Olivier Mathieu et sa mère Julie Parent. 

La voile sans discrimination

La nef des rêves se trouve désormais à Trois-Rivières. Le voilier le Viséau accueillera à son bord des personnes vivant avec des handicaps pour leur permettre de connaître une expérience unique, qu'ils ne pouvaient avant envisager que dans leurs rêves.
<p>Le voilier adapté Viséau a été inauguré ce samedi à la marina de Trois-Rivières.</p>
Ce voilier de trente pieds a été adapté pour les personnes handicapées, même lourdement. Piloté notamment par Marlene Richer, la mère du jeune Miguel Guardado-Richer, un adolescent de 12 ans qui vit avec des séquelles importantes à la suite d'un coma vécu à l'âge de six mois, le projet Viséau veut permettre aux personnes handicapées, jeunes et moins jeunes, de naviguer sur le fleuve Saint-Laurent puis le lac Saint-Pierre poussé que par la force du vent.
«La navigation à la voile représente une barrière pour bien des personnes handicapées. Et les barrières sont faites pour être défoncées. C'est ce que nous faisons avec Viséau», lance Marlène Richer.
Dimanche, le jeune Olivier Mathieu a été le premier «matelot» à vivre un stage de quatre heures à bord du voilier. Lors de l'inauguration du Viséau samedi après-midi, Olivier avait déjà les yeux rivés sur le gouvernail. Bien qu'il ne s'exprime pas beaucoup, il affichait un grand sourire et répondait d'un «oui» très franc lorsqu'on lui demandait s'il aimait être derrière le gouvernail et s'il avait hâte de naviguer.
Julie Parent, la mère du jeune Olivier, était ravie de voir son fils sourire et être excité à l'idée de naviguer. Elle se dit reconnaissante envers les initiateurs de ce projet.  «C'est extraordinaire pour les enfants», a-t-elle souligné.
Le stage en voilier consiste à quitter la marina de l'île Saint-Quentin, remonter le fleuve vers le lac Saint-Pierre en passant sous le pont Laviolette puis revenir vers Trois-Rivières. Les sorties en voilier sont adaptées en fonction du handicap, physique ou intellectuel, des participants.
Le maître à bord est Stéphane Bissonnette, un éducateur spécialisé également à l'origine de Viséau, un projet unique au Canada. C'est d'ailleurs lors d'une première sortie en voilier avec Miguel l'été passé que M. Bissonnette et les parents du jeune adolescent handicapé ont eu l'idée d'adapter un voilier. L'expérience avait été très difficile dans ce bateau qui n'était pas adapté.
Le Viséau est muni d'un lève-personne qui permet aux personnes handicapées d'embarquer facilement dans le voilier. Un siège adapté permet aussi à la personne d'être assise en toute sécurité.
Il est possible de réserver une place à  bord du voilier au www.viseau.ca. Fait à noter, la balade est gratuite pour les accompagnateurs des personnes handicapées.
«On se demande toujours quoi faire avec un enfant handicapé comme Miguel, car peu d'endroits ou d'activités sont adaptés», souligne Mme Richer. «Et ça coûte cher avoir un enfant handicapé. C'est pour ça que c'est gratuit pour les accompagnateurs.»
Il en a coûté 25 000 $ pour mettre sur pied le projet Viséau. Le bateau a été offert par l'Association des recycleurs de pièces d'autos et de camions qui a été charmée par le projet. Par la suite, le voilier a été réparé, adapté puis remis à l'eau à la marina de Trois-Rivières où il est hébergé gratuitement pour une nouvelle vie.
Le maire Yves Lévesque était présent samedi lors du baptême du voilier. Il se dit touché de voir une famille qui vit au quotidien les difficultés. Aujourd'hui à l'aube de l'adolescence, Miguel Guardado-Richer fait de fulgurants progrès. Sa vision s'améliore, il arrive à se déplacer avec une marchette et il réussit même à dire quelques mots.
Des pas de géants pour ce jeune lourdement handicapé à la suite de son coma. Chaque année, il se rend en Chine pour suivre des traitements particuliers. «Mais nous allons pouvoir maintenant aller à Cuba, car le traitement va y être offert», précise sa mère en ne cachant pas son soulagement.