«Depuis le 15 juin environ, les appels et demandes de services ont recommencé et, à mon avis, il s’agit de plus gros dossiers, de situations d’urgence» - Denise Tremblay, La Séjournelle
«Depuis le 15 juin environ, les appels et demandes de services ont recommencé et, à mon avis, il s’agit de plus gros dossiers, de situations d’urgence» - Denise Tremblay, La Séjournelle

La violence conjugale au temps de la COVID-19: un retour à la «normale»

TROIS-RIVIÈRES — La COVID-19 laissera des traces notables à plusieurs égards et la violence conjugale n’y fait pas exception. Ayant constaté une diminution du taux de dénonciations durant la période de confinement en région, les centres d’hébergement dénotent actuellement un retour à la «normale».

«Durant le confinement, on s’inquiétait puisque le téléphone ne sonnait plus. Depuis le 15 juin environ, les appels et demandes de services ont recommencé et, à mon avis, il s’agit de plus gros dossiers, de situations d’urgence. Je suppose que ça va continuer» a raconté la psychologue et directrice générale de la maison d’hébergement La Séjournelle, Denise Tremblay.

La responsable du soutien clinique et des formations à SOS Violence conjugale, un organisme qui offre du soutien tant en ligne qu’au téléphone aux victimes de violence conjugale et leurs proches, Claudine Thibaudeau, explique que cette chute de demande à l’aide durant l’isolement n’est toutefois pas signe de baisse de brutalité et que la prudence est de mise.

«Considérant que seulement 20 % des cas de violence conjugale sont dénoncés, je crois que cette réduction est en fait qu’une sous-représentation et donc que les cas se sont poursuivis. L’exposition des victimes aux agresseurs, souvent 24 heures sur 24 rendait délicat le dépôt de plainte.»

Signaler un abus physique en temps de crise relève de beaucoup de courage et implique parfois les enfants, le travail et une certaine liberté, ce qui ne facilite pas la tâche.

«Prendre cette décision, c’est un calcul qui implique tellement d’enjeux, que ce soit économique, familial, un centre d’hébergement où les gens sont confinés, ce n’est pas extrêmement attrayant, l’aspect de séquestration et les menaces, ce sont tous des éléments qui pèsent dans la balance», a renchéri Mme Thibaudeau.

24 heures sur 24, 7 jours sur 7 

Le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec avait comme mission de maintenir ses services et a pris les précautions nécessaires allant de l’avant à raison de milieux d’hébergement alternatifs et de cliniques de dépistage.

«On a mis en place des équipes de gestion de crise disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. On avait également des cliniques de dépistage. C’est-à-dire qu’on avait des autobus mobiles afin d’effectuer des tests de détection de la COVID-19. Sur les lieux, il y avait évidemment des infirmiers tout comme des intervenants sociaux qui jasaient avec le public dans l’objectif de prévenir la détresse et orienter les gens selon les situations», a expliqué l’agente d’information au CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, Julie Michaud.

Les milieux d’hébergement alternatif avaient quant à eux, le rôle de désengorger les lieux d’abris pour les victimes.

«Certaines maisons étaient à pleines capacités, ainsi les femmes ou familles terminant leur séjour pouvaient avoir accès à un logement alternatif permettant de désencombrer les centres d’hébergement», toujours selon Mme Michaud.

Des impacts à retardement?

Oeuvrant dans le milieu depuis maintes et maintes années, Denise Tremblay envisage les contrecoups à plus long terme.

«Je ne peux m’empêcher de faire la référence avec la fermeture d’une usine à Shawinigan, il y a quelque temps. La Ville nous avait interpellés pour faire des suivis avec les familles. Les gens perdaient leurs emplois et vivaient un stress financier, ce qui s’apparente au contexte actuel. À la première année, on n’a pas reçu de demande, mais à la deuxième année, ça a déboulé. On s’est aperçu que les conjointes acceptaient et toléraient. Par contre, après une année, lorsque la violence perdurait, c’était assez. L’avenir nous le dira, mais avec un bagage d’expérience de plus de 35 ans, c’est le genre de situation que je me permets d’anticiper.»

S’adapter au contexte actuel

Pour sa part, la maison d’hébergement Le Far offre une quarantaine de cours par mois aux femmes autant résidentes que provenant de l’extérieur, et ce, en abordant des thèmes qui s’appliquent aux situations du moment. C’est donc dire que le propos de l’exposition des femmes en ces temps de confinement pourrait être mis de l’avant.

«En respectant les différentes mesures, on peut accueillir une douzaine de personnes à nos cours. On évolue avec les thématiques, parfois elles peuvent être prolongées en fonction de la réponse du public, notre formatrice s’adapte en conséquence des besoins», a soutenu la directrice adjointe, Lyne Bourgelas.

Se prendre en main

L’Accord Mauricie a pour mission de concourir à la résolution de la problématique de la violence conjugale en responsabilisant les hommes face à leurs comportements violents ou contrôlant. Comme ce fut le cas pour les centres d’hébergement, les hommes se sont faits timides lors de la période de confinement et lentement, mais sûrement, malgré une période dite plus calme à l’été, une recrudescence est marquée du côté des demandes à l’aide des hommes.

«Jusqu’à présent, ce qui ressort de nos rencontres, ce sont les effets du stress reliés à l’argent, à la présence marquée de la famille, les gens peuvent moins sortir, il y a beaucoup moins d’activités à l’extérieur, les salles d’entraînements étaient fermées, il y a plusieurs éléments à considérer. Actuellement, nos horaires sont pleins. Plus que les hommes nous contactent, plus on augmente la protection des victimes», a conclu la directrice de l’organisme, Claudia Champagne.

Aucune statistique n’est disponible en ce qui a trait aux demandes d’aide, par contre, les intervenants d’Info-Santé, joignables à la ligne 811 ont recensé de la détresse psychologique accentuée au niveau qualitatif plutôt que quantitatif.