Au Québec, le ratio vasectomie/ligature des trompes est de quatre pour un.
Au Québec, le ratio vasectomie/ligature des trompes est de quatre pour un.

La vasectomie populaire au Québec

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Il se pratique dans la plupart des pays du monde environ quatre ligatures des trompes pour une vasectomie. Au Québec, c’est le contraire : le ratio vasectomie/ligature des trompes est de quatre pour un. Le Soleil s’est entretenu mercredi avec le Dr Michel Labrecque, qui a réalisé pas moins de 35 000 vasectomies au cours de sa carrière, dans le cadre de la Journée mondiale de la vasectomie.

Ce n’est pas d’hier que les Québécois sont les champions du monde de la vasectomie. Si elle ne se pratiquait pas beaucoup dans les années 70 — il se faisait en 1975 quatre fois plus de ligatures des trompes que de vasectomies —, en 1985, la stérilisation est devenue presque aussi courante pour les hommes que pour les femmes. 

Aujourd’hui, il se fait au Québec entre 12 000 et 13 000 vasectomies par année, contre un peu plus de 3000 ligatures des trompes. Ici, le tiers des hommes québécois sont vasectomisés avant l’âge de 50 ans. 

À titre de comparaison, dans la grande majorité des pays latino ou sud-américains, par exemple, le ratio est d’environ une vasectomie pour 20 ligatures des trompes, illustre le Dr Michel Labrecque, professeur au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

«Socialement, la vasectomie, c’est quelque chose de hyper accepté au Québec. Les gens parlent de leur vasectomie comme s’ils parlaient de leur rendez-vous chez le dentiste», image le DLabrecque.

«Ça a commencé il y a plusieurs décennies, et je pense que ça vient beaucoup du mouvement des femmes. En 1986, les urologues avaient fait des démarches pour désassurer la vasectomie [du régime public], et ça n’avait pas passé. Les femmes ne voulaient pas que la ligature soit couverte et que la vasectomie ne le soit pas. […] La vasectomie est redevenue couverte par l’assurance-maladie après une année où elle ne l’aura pas été», rappelle le médecin, qui souligne également la volonté des hommes de «prendre leurs responsabilités» en matière de contraception et de planification familiale.

La vasectomie est donc très répandue au Québec (au point où les hommes québécois vasectomisés ont reçu mercredi le prix des Hommes de l’année 2020 remis lors du 3e Symposium annuel de la Journée mondiale de la vasectomie!) bien qu’elle soit moins pratiquée à Montréal, davantage multiculturelle, que dans les autres régions, note le DLabrecque. 

Selon le professeur, qui a été le premier médecin à pratiquer la vasectomie sans bistouri au Canada en 1992, en termes d’avantages, la vasectomie surpasse largement la ligature des trompes, beaucoup plus intrusive, risquée et douloureuse. 

Non seulement la vasectomie, réversible, ne dure que quelques minutes, mais avec la technique sans bistouri, «on n’a plus besoin d’ouvrir avec un scalpel sur un ou deux centimètres, et on n’a plus besoin de points [de suture] sur la peau». 

Et la douleur ressentie pendant l’anesthésie, réalisée avec une aiguille «pas plus grosse qu’un cheveu», serait à peine perceptible, assure le médecin.

«On a de bonnes études qui montrent que la vasectomie sans bistouri diminue les risques de saignement et d’infection. Aujourd’hui, en 2020, il ne devrait plus se faire d’autres vasectomies que celle sans bistouri», dit le DMichel Labrecque.

Le Dr Michel Labrecque a réalisé pas moins de 35 000 vasectomies au cours de sa carrière.

La procédure sans bistouri comporte aussi moins de risques d’échec (ou de recanalisation), souligne le professeur. «Aujourd’hui, je reprends peut-être une vasectomie sur 500, alors qu’avant, je pouvais en reprendre trois ou quatre sur 100», illustre-t-il.

Pendant le symposium, mercredi, le Dr Labrecque a réalisé deux vasectomies sans bistouri en direct pour montrer les tenants et aboutissants de cette procédure simple. «Les gens n’en reviennent pas comment ça se fait vite!» témoigne le médecin, qui pratique autour de 1500 vasectomies par année. 

Le DLabrecque rappelle que la procédure est entièrement couverte par la Régie de l’assurance maladie et que des frais accessoires ne peuvent plus être chargés au patient. 

Selon lui, il faut calculer environ deux mois dans la région de Québec entre la demande et la réalisation d’une vasectomie. «C’est jamais une urgence la vasectomie. On ne peut pas arriver et dire : ça me prend ça pour la semaine prochaine», glisse le médecin.