Le ministre des Finances à Québec, Éric Girard

La TROC contente, déçue et inquiète

TROIS-RIVIÈRES — La Table régionale des organismes communautaires en santé et services sociaux Centre-du-Québec / Mauricie (TROC CQM) est à la fois contente, déçue et inquiète du premier budget caquiste. Québec a annoncé 30 millions $ d’argent supplémentaire pour le Programme de soutien aux organismes communautaires au Québec. Le hic, c’est qu’à eux seuls, les organismes de la TROC CQM souffrent d’un sous-financement totalisant 26 millions $.

Malgré tout, «c’est le plus bel investissement qu’on ait vu dans le communautaire depuis des années», tient à souligner Geneviève Ricard, conseillère politique à la TROC CQM. «Avec le montant d’indexation rattaché à ça, le sous-financement va baisser un peu et on en est très content. Même le Parti libéral, qui s’était vanté partout d’être le parti le plus généreux pour les organismes communautaires, ne nous avait pas donné autant d’argent», rappelle-t-elle. Les organismes auraient toutefois besoin de beaucoup plus. «Pendant la campagne électorale, (les candidats de) la CAQ, à plusieurs reprises, nous a dit qu’ils tenaient absolument à améliorer nos conditions de travail, parce qu’ils étaient conscients qu’il y avait un exode des travailleurs du communautaire», rappelle-t-elle.

Et pour cause. «Le CIUSSS embauche à pleines portes et on ne peut pas reprocher aux gens de vouloir améliorer leur sort. Quand, à travail égal, on peut faire 28 $ l’heure au lieu de 14,75 $, le choix est vite fait», reconnaît Mme Ricard, et ce, «même si la vocation fait encore partie du choix de carrière.»

En moyenne, 12 $ de l’heure séparent les salaires des organismes communautaires par rapport à ceux du secteur public pour des postes équivalents, précise-t-elle.

C’est sans compter, dit-elle, des assurances minimalistes et des fonds de pension qui n’existent que dans une minorité d’organismes.

Est-ce que les 30 millions $ nouvellement annoncés pourraient améliorer les choses? La TROC ne le sait pas encore. «Est-ce que ça va être appliqué à la mission? Est-ce qu’il va y avoir une enveloppe dédiée aux conditions de travail? Si oui comment? Et comment ils vont faire ça?», se demande Mme Ricard qui attendait des nouvelles incessamment du CIUSSS MCQ à ce sujet.

Les organismes communautaires souhaiteraient bien plus que 30 millions $, car les besoins sont grands.

«Un exemple frappant, ce sont les maisons d’hébergement pour femmes et enfants en difficulté qui sont constamment remplies à pleine capacité depuis des années. Dans certaines régions du Québec, on doit même refuser des femmes. Je ne sais pas si vous pouvez vous imaginer comment on se sent quand une femme arrive dans un refuge et qu’on lui dit: ‘‘Je ne peux pas t’ouvrir la porte parce que j’ai déjà du monde partout, même dans le corridor’’», illustre-t-elle.

La TROC se dit également inquiète face aux intentions du gouvernement. «Notre grande peur qu’on a, avec la CAQ, c’est que l’argent à la mission soit attribué en ententes de services. C’est une autre façon de financer les groupes. On passe une espèce de contrat de service avec un groupe. Ça ressemble à un contrat de sous-traitance finalement», explique-t-elle.

Ce qui risque d’arriver, ajoute-t-elle, c’est que le CIUSSS donne des montants et des mandats aux organismes communautaires pour exécuter des tâches à moindre coût pour lui.

«On risque de transformer le secteur communautaire en cheap labor du gouvernement», dit-elle en rappelant que la CAQ «tient à dégraisser l’État. On se méfie.»