Rachel Goulet peut compter sur sa tablette électronique pour communiquer avec le monde extérieur et se faire comprendre. Elle est ici entourée de son orthophoniste, Nathalie Doucet, et de sa mère, Guylaine Leclerc.

La technologie pour favoriser l’intégration

TROIS-RIVIÈRES — La vie de Rachel Goulet a complètement changé depuis le mois de septembre. À 20 ans, la jeune Trifluvienne qui souffre de dysphasie sévère et d’une déficience intellectuelle moyenne n’avait jamais vraiment pu communiquer avec les autres, si ce n’est que par quelques sons, quelques mots qu’elle maîtrise, ou encore avec le langage des signes qu’elle pratique avec ses proches et les intervenants qui la suivent. Or, depuis septembre, c’est grâce à une application sur sa tablette électronique qu’elle arrive à se faire comprendre du monde extérieur, allant même jusqu’à pouvoir commander son repas au restaurant ou même répondre au téléphone chez elle.

Rachel Goulet est l’une des nombreuses personnes dans la région à pouvoir désormais bénéficier de ces outils technologiques, rendus accessibles grâce aux nouvelles expertises développées pour les personnes en déficience intellectuelle ou vivant avec un trouble du spectre de l’autisme, ainsi qu’aux intervenants du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec oeuvrant auprès de cette clientèle.

D’ailleurs, la région peut compter sur l’Institut universitaire en déficience intellectuelle et en trouble du spectre de l’autisme, seul institut de recherche du genre au Canada, qui regroupe plus de trente chercheurs et qui permet le développement de diverses expertises et d’outils en la matière. L’Institut tenait d’ailleurs, ce jeudi, son 23e Grand rendez-vous, au cours duquel huit conférences ont été présentées autour du thème de la technologie dans l’intégration sociale des personnes souffrant d’une déficience intellectuelle ou d’un trouble du spectre de l’autisme. Un colloque qui a rassemblé pas moins de 250 personnes sur place ou via la webdiffusion.

Des initiatives qui servent des gens comme Rachel et sa famille, et ce, de manière quotidienne. Sa mère, Guylaine Leclerc, constate une grande évolution chez sa fille depuis l’introduction de cette technologie dans sa vie, mais ajoute que ces bénéfices rejaillissent aussi sur toute la famille. «Elle a gagné beaucoup de confiance et d’autonomie. C’est comme devenu un prolongement d’elle-même. Maintenant, elle peut verbaliser beaucoup plus, ce qu’elle ne faisait pas avant et qui pouvait l’isoler vis-à-vis les autres. Elle peut raconter ce qu’elle a fait cette fin de semaine, elle peut aussi verbaliser ses émotions. Et pour nous, c’est aussi un outil de plus pour la sécurité, car on a également programmé des données lui permettant de dire son adresse, son numéro de téléphone. Si elle devait être mal prise et prendre un taxi, elle saurait quoi faire pour se faire comprendre. Pour une maman, c’est aussi très rassurant», confie Mme Leclerc.

L’outil, très versatile, est bâti au fur et à mesure des situations auxquelles est confrontée Rachel, explique son orthophoniste Nathalie Doucet, du service DI-TSA du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec pour la clientèle 8-21 ans. Ainsi, autant dans ses cours à l’École en fleurs de l’école secondaire Chavigny que dans différents stages qu’elle a pu réaliser, comme au Village des Valeurs par exemple, la jeune femme rapporte de nouvelles situations qui nécessiteront un ajustement à l’outil, permettant de programmer encore plus de mots, de phrases ou de réactions à cette voix qui parle désormais pour elle. «On le construit en fonction des nouveaux contextes qu’elle rencontre. C’est un outil à garder vivant, qui va grandir avec elle», constate Nathalie Doucet.

Guylaine Leclerc veut également se faire rassurante auprès des familles qui pourraient se montrer hésitantes à avoir recours aux outils technologiques pour aider à la communication et à l’intégration de leurs proches pouvant en avoir besoin. «Il y a plusieurs craintes au début parce qu’on doute de notre capacité à pouvoir s’en servir, ou encore on redoute que les personnes perdent leurs acquis. Mais au contraire, ça les stimule. Et nous sommes bien accompagnés, bien formés pour pouvoir utiliser les outils. Les parents n’ont pas à avoir peur», témoigne-t-elle.