La succursale trifluvienne de la SQDC a dû fermer temporairement ses portes, vendredi, le temps de se réapprovisionner.

La SQDC coupe ses heures d’ouverture

TROIS-RIVIÈRES — La rareté pour certains produits a eu raison du plan de match de la Société québécoise du cannabis (SQDC). Cette dernière revoit les heures d’ouverture de ses 12 succursales à travers la province.

Dès la semaine prochaine, les boutiques ouvriront exclusivement du jeudi au dimanche, de 10 h à 21 h. Le site transactionnel demeure en fonction.

Déjà vendredi, à Trois-Rivières, le magasin du boulevard des Forges a dû fermer pendant près d’une demi-heure, le temps que ses employés regarnissent les tablettes. Malgré cela, les présentoirs étaient peu remplis, selon des clients. La plupart d’entre eux semblaient d’ailleurs peu surpris par la décision de la SQDC.

«Je pense que le gouvernement n’était pas prêt pour ça (la légalisation). À la deuxième journée d’ouverture, ils étaient déjà en pénurie», a mentionné l’un d’eux à la sortie de la boutique.

«Je ne suis pas surpris. Il y a un effet de nouveauté, mais ça va finir par s’estomper», a soutenu un autre amateur de cannabis attendant de pouvoir s’approvisionner.

«Ça s’est fait trop vite et il y a trop de variétés, les producteurs n’étaient pas prêts à répondre à la demande», a avancé un autre client.

La plupart des personnes qui attendaient devant le magasin de la SQDC ou qui en sortaient ont toutefois affirmé au Nouvelliste ne pas avoir eu de problèmes à s’approvisionner depuis son ouverture, le 17 octobre. D’autres croient toutefois que l’incapacité de la société d’État à répondre à la demande des consommateurs va conduire ces derniers à se tourner vers le marché noir.

«Je voulais éviter la file en venant une semaine après l’ouverture, mais il y en a encore une», se désolait un visiteur de la boutique.

«Si l’attente est toujours comme ça, les gens vont aller acheter ailleurs», a ajouté un autre client.

Un sursis pour les commerçants?

Plusieurs commerçants voisins avaient encore en mémoire vendredi la journée d’ouverture de la SQDC, alors que la horde d’acheteurs de cannabis légal bloquait leur porte en attendant son tour. Si la file d’attente a été depuis redirigée vers l’autre côté du commerce, des employés des magasins voisins se plaignent de graves problèmes de stationnement depuis le 17 octobre. Certains affirment même avoir dû se stationner chez Métro pour aller travailler.

«À 9 h 30, quand ça ouvre (la SQDC), le stationnement est plein, et les clients se plaignent. On fait quoi si une personne dont la mobilité est réduite n’arrive pas à se stationner proche? Ça va sûrement s’estomper, mais je trouve ça plate qu’ils l’aient mise ici», a déploré une employée qui a préféré garder l’anonymat.

Elle doute d’ailleurs que la fermeture de la SQDC du lundi au mercredi change quoi que ce soit au problème de stationnement, puisque ce ne sont pas les journées où la boutique où elle travaille marche le plus.

Tous ne se plaignent pas de la présence du magasin de cannabis à côté du leur. Plusieurs commerçants ont vu leur chiffre d’affaires gonfler le 17 octobre, alors que les gens allaient se restaurer ou chercher des boissons chaudes en attendant de pouvoir entrer à la SQDC ou après avoir fait leurs achats. C’est le cas de Chocolats Favoris, où des gens se relayaient pour se réchauffer avec un chocolat chaud ou se rafraîchir avec une crème glacée.

Blak D. Blackburn, militant du Bloc Pot, croit que la SQDC a grandement sous-estimé la demande à laquelle elle devrait répondre.

Toutefois, depuis cette première journée, la plupart ne constatent pas une hausse prononcée de leurs ventes.

Une pénurie anticipée

Depuis l’ouverture des succursales, la nouvelle société d’État n’a jamais caché que l’approvisionnement pourrait s’avérer une problématique. Une situation qui frappe l’ensemble de l’industrie canadienne.

Il faut dire que la première semaine d’activités de la SQDC a été très achalandée. La direction a récemment chiffré à 138 150 le nombre de transactions, soit 53 300 en ligne et 84 850 dans son réseau de magasins.

Elle précise que les ventes enregistrées jusqu’à présent correspondent aux prévisions. Elle réitère que la balle est dans le camp de ses six fournisseurs qui ne sont pas en mesure de livrer la marchandise.

Quant à la situation sur le Web, seulement une trentaine d’articles sont toujours disponibles. Il s’agit d’une importante diminution. Lors du lancement, selon les données de la SQDC, environ 110 variétés de produits étaient offertes sur www.SQDC.ca et le même nombre dans les magasins. Avant l’ouverture, la direction espérait en offrir entre 150 et 160.

Les délais de livraison sont toutefois revenus à la normale, soit entre deux et cinq jours pour les commandes en ligne.

Malgré la diminution des heures d’ouverture, l’organisation assure qu’aucune mise à pied n’est prévue. Chaque magasin compte entre 15 et 20 travailleurs.

La risée canadienne

Selon Blak D. Blackburn, militant du Bloc Pot et résident de Bécancour, le problème est d’abord du côté de la société d’État, qui a sous-évalué la demande à laquelle elle devrait répondre.

«Il y a 1 million de consommateurs au Québec, ça représente 10 % de la population. S’ils pensaient qu’en une semaine ils seraient capables de fournir 1 million de personnes, c’est eux autres qui en ont fumé un gros», a-t-il ironisé.

Si la pénurie de cannabis dans les points de vente gérés ou supervisés par les gouvernements provinciaux s’étend à tout le Canada, le Québec est la province qui fait la plus piètre figure, selon M. Blackburn.

«Les autres provinces pointent du doigt le système québécois. En Ontario, ils vont aller au privé et il y aura 1000 points de vente au printemps. On est un peu la risée canadienne», a-t-il déploré.

La solution que préconise M. Blackburn est de permettre aux personnes autorisées à faire pousser du cannabis pour des fins médicales d’approvisionner la SQDC. Selon lui, 5000 des 15 000 personnes ayant déjà le droit de faire pousser leur propre cannabis ont «de grosses installations» et pourraient facilement augmenter leur production pour dépanner la société d’État. Mais même en adoptant cette solution, la pénurie ne sera pas surmontée.

«Au Bloc Pot, on évalue à 200 000 transactions par jour sur le marché illicite. C’est énorme et avec seulement 12 succursales et même pas 200 000 transactions faites en 1 semaine, c’est clair que ça va leur prendre du temps», a-t-il concédé.

Le militant entend néanmoins créer un lobby pour les petits producteurs de cannabis, l’Union des producteurs indépendants de cannabis, pour tenter de faire cheminer cette idée au gouvernement.