Steeve Bordeleau a reçu le 7 décembre dernier la médaille de la bravoure, remise par la gouverneure générale du Canada, Julie Payette.

«La seule chose qui était importante était de le sortir de là»

«La seule chose qui était importante était de le sortir de là et je crois que tout le monde aurait fait la même chose à ma place.» Cette phrase, le Montcarmelois Steeve Bordeleau ne cesse de la répéter lorsqu’on lui rappelle le geste qu’il a posé en 2015 pour sauver son ami de l’eau glaciale du réservoir Pipmuacan. Même si Steeve Bordeleau a toujours de la difficulté à le croire, ce geste lui a valu la Médaille de la bravoure de la gouverneure générale du Canada, jeudi dernier.

Cette décoration remise en main propre par la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, Steeve Bordeleau l’avoue, il en est fier, même si à son humble avis, il reste convaincu que le geste posé à l’égard de son ami le 31 octobre 2015 n’a rien d’extraordinaire. «Quand il raconte cette histoire-là, on dirait qu’il prend ça avec un grain de sel, mais il a quand même sauvé une vie. La preuve, jeudi, c’est vraiment son histoire que a retenu l’attention à cause de son caractère héroïque», souligne avec fierté sa conjointe, Julie Bergeron-Beaulieu.

Un miracle

Le 31 octobre 2015, alors que l’hiver arrivait à grands pas, Steeve Bordeleau et son ami Normand, lui aussi originaire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, se rendaient en direction de leur chalet situé près de la Côte-Nord pour la dernière fois de l’année. Leur principale préoccupation à ce moment est de ramener l’excavatrice utilisée au chalet un peu plus tôt dans la saison, chez Steeve, à Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

C’est toutefois à ce moment que tout va basculer pour les deux hommes alors que Normand, qui se trouve à l’intérieur de l’excavatrice va tenter de la faire monter sur un ponton, afin de traverser le réservoir Pipmuacan, situé à la limite du Saguenay-Lac-Saint-Jean et du territoire de la Côte-Nord.

À ce moment, en raison de la neige, l’engin a glissé et s’est retrouvé dans l’eau glaciale, piégeant du même coup la victime à l’intérieur.

C’est à ce moment, contre toute attente, que Steeve Bordeleau a plongé directement dans l’eau pour aller sauver son «chum», comme il se plaît à le mentionner. «J’ai enlevé mon manteau et j’ai sauté directement à l’eau. J’étais nerveux, donc j’ai essayé de lever la pelle. Puisque ça ne fonctionnait pas, j’ai arraché la rampe en aluminium du ponton pour casser la vitre, mais Normand était déjà parti», raconte-t-il avec émotions.

Steeve a par la suite ramené la victime inconsciente à la surface de l’eau afin de tenter le tout pour le tout pour sauver son ami d’une mort certaine. «Pour moi tout ça a pris une éternité. Je criais après et je lui ai dit, tu ne peux pas faire ça, car tu as des petits enfants qui t’attendent ... et pas longtemps après, il est revenu.»

Malgré cette petite victoire, Steeve constate avec découragement que le ponton a dérivé sur le réservoir Pipmuacan, alors qu’il portait secours à son ami dans l’eau glaciale, l’obligeant à nager sur une longue distance en direction de l’embarcation. «Quand on a réussi à remonter sur le bateau, je lui ai mis mon manteau pour tenter de le réchauffer. On a toutefois souffert tous les deux d’hypothermie, car on sortait de l’eau et on a dû faire 45 minutes de ponton avant d’arriver au chalet le plus proche. Par la suite, c’est l’hélicoptère de l’armée qui est venu chercher mon ami», se souvient-il.

Même si deux années se sont écoulées depuis ce triste événement, Normand Campanozzi avoue pour sa part y penser chaque jour. «Je me souviens du déroulement, mais seulement jusqu’à la dernière gorgée que j’ai avalée. Je me rappelle, lorsque j’ai avalé ma première gorgée d’eau, que ça brûlait comme du feu. Mais quand j’ai constaté que je ne pouvais plus rien faire, j’ai décidé de ne pas paniquer parce que je suis atteint d’un cancer du cerveau et je me suis dit, je vais mourir d’autre chose que de ce cancer», se rappelle-t-il.

Steeve Bordeleau et sa conjointe sont toutefois catégoriques, Normand est un véritable miraculé, puisque jusqu’à là, personne n’était encore sorti vivant d’un tel incident dans le réservoir Pipmuacan. «Ce qui a sauvé Normand, bizarrement c’est l’eau froide, car en plein été, il y aurait eu trop de bactéries dans l’eau, car c’est de l’eau stagnante qui a dans le réservoir. C’est un miraculé», soutient Julie Bergeron-Beaulieu.

Le 31 octobre 2015, le Montcarmelois Steeve Bordeleau a sauvé in extremis son ami de l’eau glaciale du réservoir Pipmuacan.

Plus de 25 récipiendaires

Lors de cette remise de distinctions honorifiques à la Citadelle de Québec, le 7 décembre dernier, ce sont ainsi plus de 25 Canadiens qui ont fait preuve d’excellence, de courage ou d’un sens du devoir qui ont reçu l’une des distinctions suivantes, soit l’Ordre du mérite des corps policiers, des décorations pour service méritoire, des décorations pour actes de bravoure ou la Médaille du souverain pour les bénévoles.

Les Médailles de la bravoure sont quant à elles remises afin de rendre hommage aux personnes qui ont accompli des actes de courages dans des circonstances dangereuses.

Pour Steeve Bordeleau, qui se retrouvait aux côtés du chanteur Dan Bigras, des comédiens de la pièce de théâtre Broue et des policiers qui ont arrêté l’homme armé lors des élections du 4 septembre 2012 pour recevoir sa Médaille de la bravoure, la situation semblait presque irréelle. «C’était quand même intimidan, car il y avait beaucoup de gros noms là-bas. Tous les policiers présents à la cérémonie sont par contre venus me voir pour me féliciter et me dire que ce que j’ai fait est quelque chose de gros, donc c’est une fierté», soutient-il.

Même s’il n’était pas présent lors de la remise des Médailles, Normand Campanozzi, qui a été sauvé d’une mort certaine avoue qu’il sera éternellement reconnaissant de cet acte de bravoure, lui qui s’était résigné à mourir noyé après avoir tenté de s’échapper de l’habitacle, mais sans succès. «Je suis bien fier de Steeve et de ce qu’il a fait pour moi évidemment, car c’est vraiment un acte de bravoure. À sa place, je n’aurais jamais été capable de faire tout ce qu’il a fait pour moi à ce moment-là», avoue-t-il.

Si Steeve et Normand s’en sont finalement sortis indemnes et sans séquelles importantes, c’est toutefois un moment encore empreint d’émotions qui restera gravé dans la mémoire des deux hommes à jamais, assure M. Bordeleau. «J’ai juste fait ce que j’avais à faire», a-t-il conclu avec émotions.