Denise Tremblay, directrice de la maison La Séjournelle.

La Séjournelle est régulièrement en débordement

Shawinigan — Les femmes victimes de violence se voient refuser l’accès à des maisons d’hébergement partout au Canada en raison d’un manque chronique de ressources et de financement, dévoilent deux nouvelles études nationales dont les résultats ont été rendus publics mercredi. Si la maison La Séjournelle n’en est pas rendue à refuser des femmes, elle déborde constamment d’année en année.

«On est financé pour une capacité d’accueil de dix personnes, femmes et enfants. C’est la base que le ministère a établie. On a des moyennes qui dépassent les 100 % par année. Ça peut aller à 130 %. Pour arriver à 130 %, ça veut dire que parfois, j’ai sept femmes et sept enfants, parfois j’en ai 19. On les accepte parce qu’elles sont en danger. On est un peu comme une urgence. On ne peut pas dire à une personne qui se présenterait à l’urgence: ‘‘Je m’excuse, mais tu t’en vas ailleurs, moi, je ferme mes portes’’», mentionne Denise Tremblay, directrice de la maison La Séjournelle, située à Shawinigan.

Ce manque de lits oblige La Séjournelle à faire preuve d’imagination pour faire de la place à toutes celles qui sollicitent son aide. «On a des matelas gonflables. On transforme une salle de jeu en chambre pour enfants. On se débrouille. On a un divan qui s’ouvre. On fait du camping un peu», raconte Mme Tremblay.

Cette dernière faisait partie des conférenciers au Forum provincial: agressions sexuelles - violence conjugale, jeudi.

«Le Forum provincial est un événement unique, parce qu’on travaille en violence conjugale dans des milieux où on n’a pas vraiment l’occasion de se parler. Ça ouvre des lumières sur des initiatives intéressantes. Qu’est-ce qui se fait ailleurs? Est-ce que je peux le faire? Comment je peux le faire? C’est une organisation qui énergise», souligne-t-elle. Une belle occasion donc de parler des différentes mesures mises en place partout au Québec pour contrer la violence conjugale. La violence conjugale qui demeure une réalité dans la région comme l’a brutalement rappelé la mort tragique de Marie-Ève Naud, assassinée par son conjoint, le 15 avril dernier, à La Tuque. Un drame qui touche évidemment tous ceux et celles qui accompagnent les victimes et qui rappelle les dangers encourus par ces femmes prises dans cette spirale infernale. «On se demande si on ne les reverra pas dans Le Nouvelliste le lendemain. Ce sont des situations très difficiles», confie Mme Tremblay.

Cette dernière déplore que plusieurs victimes n’osent pas dénoncer parce qu’elles n’ont pas été battues. Mais l’absence de blessures physiques n’est pas garante de l’absence de violence. «Ce qui est parfois dramatique et qui peut faire que des femmes ne dénoncent pas, c’est qu’on identifie encore la violence conjugale à la violence physique. Elles disent: ‘Il ne m’a pas battue’’ alors qu’elles sont dans des processus de domination conjugale. (...) Quand il n’y a pas de violence physique, c’est dur pour les femmes de voir qu’elles sont en danger.»

En 35 ans à La Séjournelle, Mme Tremblay a remarqué que les femmes qui tentent d’échapper à ces relations toxiques le font maintenant à un plus jeune âge. «Elles attendent moins des 20 ans, des 30 ans d’union avant de se dire qu’il faut qu’elles fassent quelque chose.»

C’est souvent l’entourage de ces femmes qui tire sur la sonnette d’alarme. «Les facteurs de protection, c’est beaucoup les parents, les amis. Ça se pourrait que ce soit une chicane de couple, qu’ils passent une phase difficile. Mais nous, on est en mesure de vérifier si on est dans de la violence conjugale ou dans une chicane. C’est les réseaux autour qui sont les meilleurs référents.»

Et il ne faut pas oublier les victimes collatérales. «Il y a beaucoup de travail à faire au niveau de la protection des enfants qui sont dans ces milieux toxiques.»

Avec La Presse canadienne