La Gendarmerie royale du Canada vérifie ce qui pourrait être fait dans l'espace des bureaux et dans la disposition des services afin de mieux protéger les travailleurs des bureaux de passeports.

La sécurité a été resserrée dans les bureaux des passeports

Le gouvernement fédéral a apporté discrètement des changements dans ses bureaux des passeports afin de resserrer la sécurité et de répondre aux préoccupations selon lesquelles ces locaux pourraient être la cible d'une attaque terroriste.
Les fonctionnaires des bureaux des passeports et d'autres organismes gouvernementaux doivent déjà affronter plusieurs alertes à la bombe et à l'hostilité d'individus mécontents, intoxiqués ou souffrants de maladies mentales.
Des documents internes du gouvernement démontrent que de hauts responsables s'inquiètent maintenant face à la possibilité qu'un individu avec des idées extrémistes cible de tels établissements pour mener une attaque - surtout si le gouvernement fédéral a révoqué ses privilèges liés aux passeports parce qu'il a tenté d'aller se battre avec des groupes terroristes à l'étranger.
Une note d'information transmise au ministère de l'Emploi et du Développement social indique que ces bureaux pourraient devenir facilement des cibles, ou du moins subir des dommages collatéraux.
Ils pourraient être visés pour leur «valeur symbolique» dans des attaques futures, est-il écrit dans la note datant de 2015.
La Presse canadienne a obtenu ce document en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.
Ces inquiétudes avaient été émises après les deux attentats terroristes survenus au Canada en octobre 2014.
Dans le premier cas, Martin Couture-Rouleau avait frappé deux soldats avec sa voiture dans le stationnement d'un centre commercial de Saint-Jean-sur-Richelieu, tuant sur le coup l'adjudant Patrice Vincent, âgé de 53 ans. Les autorités lui avaient confisqué son passeport au mois de juillet de cette année-là après que la police l'eut empêché de s'envoler vers la Turquie.
Quelques jours plus tard, Michael Zehaf-Bibeau avait abattu le caporal Nathan Cirillo au Monument commémoratif de guerre du Canada, à Ottawa, avant d'ouvrir le feu au Parlement. Il était arrivé de Vancouver après qu'il eut éprouvé des problèmes à se procurer un passeport pour se rendre en Libye.
Les deux assaillants ont été tués dans la foulée des attaques.
Le deuxième incident a amené les fonctionnaires du ministère à demander à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) d'évaluer les menaces contre les bureaux des passeports au pays. Des évaluations ont été aussi menées pour voir ce qui pourrait être fait dans l'espace des bureaux et dans la disposition des services afin de mieux protéger les travailleurs.
Le rapport de la GRC datant d'avril 2015 a conclu que les bureaux faisaient face à des menaces terroristes ou criminelles, bien qu'ils ne soient pas visés directement ou immédiatement.
Un porte-parole d'Emploi et du Développement social Canada, qui supervise les 151 bureaux qui délivrent les passeports au Canada, a indiqué que le ministère continuait d'apporter des changements dans les établissements existants et futurs relativement à ces inquiétudes.
La disposition physique des bureaux et les mesures de sécurité ont été modifiées et des changements opérationnels ont été adoptés pour diminuer le risque d'une attaque.
Parmi les mesures, il y a celle de prolonger la période de renouvellement du passeport de cinq à dix ans, puis celle de laisser les Canadiens renouveler leurs passeports en ligne afin de diminuer la fréquentation dans les bureaux.
Le président du comité de la sécurité nationale au Sénat, qui a examiné les risques de terrorisme au Canada, a affirmé que la question de la sécurité dans les bureaux des passeports était étudiée dans le contexte large de la sécurité dans les lieux publics.
Le sénateur conservateur, Daniel Lang, rappelle qu'environ 60 individus ont quitté le pays pour aller se battre ailleurs avec un groupe terroriste et que l'agence de renseignement du Canada surveillait 218 cibles antiterroristes.
«Certains de ces individus...ont l'intention de causer des torts importants et même des meurtres de masse», a-t-il soutenu.