Cette saison, la production fourragère est estimée, en moyenne, à deux fois moins que la normale. Un producteur qui faisait 1000 balles de foin ces dernières années en a fait seulement 500 cet été. De plus, il s’agit de la deuxième année de sécheresse.

La sécheresse en région rurale force la mise en place de mesures d’urgence sans précédent

RIMOUSKI — La sécheresse qui sévit actuellement frise la catastrophe, particulièrement au Bas-Saint-Laurent et au Lac-Saint-Jean. «L’Est-du-Québec subit actuellement la pire sécheresse des cinquante dernières années», estime le président de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Bas-Saint-Laurent, Gilbert Marquis. Un bureau visant à coordonner l’opération S.O.S Foin a été mis en place et la Financière agricole a versé des avances en indemnités qui battent tous les records.

Les fédérations de l’UPA du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine ainsi que les présidents des syndicats locaux de l’Islet et de Montmagny, auxquels se sont également joints des agriculteurs, ont uni simultanément leur voix, jeudi, afin de lancer un vibrant cri du coeur devant une situation qu’ils considèrent dramatique.

Cette saison, la production fourragère est estimée, en moyenne, à deux fois moins que la normale. Un producteur qui faisait 1 000 balles de foin ces dernières années, en a fait seulement 500 cet été. De plus, Gilbert Marquis a rappelé qu’il s’agissait de la deuxième année de sécheresse et que, par conséquent, les agriculteurs n’ont plus de réserve de foin.

Selon le président de la Fédération de l’UPA du Bas-Saint-Laurent, Gilbert Marquis, la sécheresse qui sévit actuellement dans l’Est-du-Québec est la pire des 50 dernières années.

Dans la foulée de l’opération S.O.S. Foin, lancée il y a quelques semaines, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation a conclu une entente avec les fédérations régionales de l’UPA du Bas-Saint-Laurent et du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour la mise en place de deux bureaux de coordination temporaires pour les achats et les ventes de foin. Le bureau du Bas-Saint-Laurent dessert également une partie de Chaudière-Appalaches et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. «La majorité du foin offert provient de l’extérieur de la région», indique la responsable du bureau de coordination du Bas-Saint-Laurent, Brigitte Fortin. Ce qu’on reçoit en termes d’offres ne répond pas à tous les besoins. L’offre est plus grande en balles carrées, alors que les besoins sont surtout en balles rondes.» Au 14 août, l’offre était de 6 048 balles rondes pour une demande de 54 315. M. Marquis rappelle que le type de balles recherché ne tient pas du caprice, mais dépend de l’équipement de l’agriculteur pour nourrir ses bêtes.

Si la situation frôle l’abîme pour plusieurs producteurs agricoles, il ne sera jamais question, pour le président de la Fédération de l’UPA du Bas-Saint-Laurent, qu’ils déciment une partie de leur troupeau par manque de fourrage. «On ne recommandera jamais aux agriculteurs d’abattre leurs bêtes, pas plus qu’aux acériculteurs de couper leurs érables parce qu’ils ne coulent pas, prévient Gilbert Marquis. C’est leur gagne-pain!» N’empêche que pour Maurice Veilleux, un producteur de la Matapédia, la situation est intenable. «Il y a des vaches au champ qui n’ont rien à manger, raconte-t-il avec désarroi. Quand tu les entends, le soir, c’est pas drôle!»

La Financière agricole a dégagé une avance de 27,2 millions $ pour l’ensemble du Québec. «C’est du jamais-vu aussi tôt en saison et de cette ampleur, indique le directeur régional de la Financière agricole, Alain Proulx.» De cette enveloppe, 844 clients du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie ont reçu 6,1 millions$, tandis que 4 millions $ ont été versés dans Chaudière-Appalaches. «L’an passé, l’avance était de 4,2 millions$ et elle avait été versée en octobre, a rappelé M. Proulx. On s’entend qu’on est dans une situation vraiment exceptionnelle.»

Le traitement des avis de dommages se poursuit pour d’autres cultures touchées par la sécheresse. Depuis le début de l’année, 2 080 avis de dommages ont été enregistrés, comparativement à une moyenne de 376 au cours des cinq dernières années.

***

DES AGRICULTEURS EN DÉTRESSE PSYCHOLOGIQUE

Selon la Fédération de l’UPA du Bas-Saint-Laurent, la sécheresse est un facteur qui peut amplifier la détresse psychologique des agriculteurs. «On ne veut pas partir un vent de panique, nuance le président, Gilbert Marquis. Mais, c’est sûr que ça affecte.» Celui-ci souhaiterait qu’un fonds puisse être créé et que des ressources, tels des travailleurs de rang, puissent être embauchées dans chaque MRC du Québec.

***

SURENCHÈRE CRÉÉE PAR LA RARETÉ DU FOIN

C’est connu, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Il semble bien que ce soit aussi le cas chez les agriculteurs qui vivent une situation dramatique. Si certains agriculteurs perçoivent l’opération S.O.S Foin comme un appel à la solidarité entre collègues en offrant du foin à peu de frais, d’autres profitent de la situation pour faire de l’argent. Certains y voient même une «petite mafia». «La solidarité est à 50%, estime Maurice Veilleux. Certains veulent se faire payer en argent, au noir. Le bureau de coordination a fait du ménage là-dedans. Il fait un très bon travail.» Le producteur de veaux d’embouche de Causapscal a dû acheter 250 balles rondes. Il estime ses pertes financières à 50 000$.