Michel Letarte, relationniste de la Sécurité publique de Trois-Rivières, quitte pour la retraite aujourd'hui, après 28 ans de carrière. Pour s'amuser, il avait fait un décompte des jours restants sur sa porte de bureau.

La retraite pour Michel Letarte

C'est une page d'histoire qui va se tourner ce jeudi à la Sécurité publique de Trois-Rivières, avec le départ à la retraite de l'agent Michel Letarte. Celui qui occupait les fonctions de relationniste auprès des médias depuis la fusion municipale, en 2001, était devenu, pour le grand public, le visage de la police à Trois-Rivières.
À 55 ans, Michel Letarte tirera un trait sur une carrière de 28 ans dans la police, carrière qui a débuté en 1989 à la police de Trois-Rivières-Ouest.
Après quelques années sur la patrouille et aux enquêtes, Michel Letarte a vite réalisé que sa force était au niveau social.
«Quand nous étions sur un appel, c'était toujours moi qui allais vers le monde, qui s'occupais de la victime. C'était ce qui me plaisait le plus dans mon travail», se souvient-il. Devant cette évidente passion, il décide, de concert avec sa direction, de mener un projet pilote en relations communautaires. 
Or, à la fusion municipale, la fusion des corps policiers a changé un peu la donne. La taille du nouveau service nécessitait la création d'un poste de relationniste auprès des médias. Une tâche qui a été bâtie de toutes pièces, car personne n'avait jamais occupé officiellement cette fonction à Trois-Rivières. 
«On a été se former là où l'on pouvait. Daniel Lamirande, de la Sûreté du Québec, a été d'une grande aide. Puis, on a eu des formations avec Ian Lafrenière (SPVM) et François Doré (SQ). Pour moi, Ian Lafrenière a été comme un mentor», confie-t-il.
Souvenirs
Le métier lui aura d'ailleurs rentré solidement dans le corps un matin de janvier 2005, alors que le coeur de Pointe-du-Lac brûlait dans un incendie et une série d'explosions. Tous les médias du Québec ou presque étaient sur les lieux, et les communications devaient se coordonner conjointement avec les intervenants d'Hydro-Québec, de Gaz Métro et de la Ville de Trois-Rivières.
Mais c'est certainement lors du terrible drame de la rue Sicard, le triple meurtre qui aura coûté la vie à trois jeunes personnes en 2014, que Michel Letarte aura eu le plus de difficulté à faire son travail.
«C'était tellement émotionnel. Je connaissais le père de deux des victimes et j'ai dû l'accompagner à son arrivée sur les lieux. Mais aussi la façon dont tout ça est arrivé. C'était impossible pour quiconque de ne pas être ébranlé», se souvient celui qui est lui-même papa de deux grandes filles.
Évolution
Michel Letarte reconnaît que le travail a grandement évolué avec l'avènement d'Internet et des réseaux sociaux. Pendant que les policiers se doivent de préserver certaines informations des yeux du public pour protéger des enquêtes, respecter certains aspects légaux ou encore honorer leur serment de discrétion, le public se retrouve parfois maître du message à travers les publications sur Internet.
«Pour nous, ça exige un contrôle différent. Pour les policiers, les délais ne changent pas, la légalité ne change pas. Nous devons faire notre travail dans les règles de l'art pour faire aboutir une enquête, mais la transmission du message, elle, s'est accélérée de façon exponentielle. Ça change complètement la dynamique», souligne celui qui plaidera toujours pour occuper le terrain médiatique avant qu'il ne soit occupé par n'importe qui.
L'avènement de l'information en continu a complètement changé son métier, mais aussi la vision qu'il a du monde de l'information.
«Avec l'information en continu, je me demande parfois jusqu'à quel point on cherche à nous informer. La machine a besoin d'être alimentée, mais l'information ne va pas toujours aussi vite, alors des fois on n'informe tout simplement pas. Ça devient un autre extrême. Ça vient diluer la qualité de l'information», croit Michel Letarte, qui reconnaît tout de même que le travail de relationniste est essentiel entre les corps policiers et le public via les médias.
«Nous sommes un organisme public, nous avons des comptes à rendre. Mais j'ai aussi toujours cherché à alimenter la nouvelle avec du positif. Le relationniste a souvent le recul nécessaire pour développer des contacts et des relations pour cohabiter avec les médias», croit-il.
Projets
Bien qu'il prenne sa retraite du milieu policier, Michel Letarte n'entend pas rester chez lui à ne rien faire. Dans les prochains jours, il deviendra directeur des opérations de l'organisme «Un vélo une ville», dont le centre opérationnel sera transféré à Trois-Rivières.
L'organisme sans but lucratif, qui est présent dans 14 villes du Québec, vise à briser l'isolement chez les personnes âgées tout en mettant à l'emploi des jeunes qui transportent, à l'aide d'un vélo-taxi, les aînés le temps de faire une sortie en ville ou une commission. «Il y a un volet intergénérationnel à cette mission qui me touche particulièrement», fait remarquer Michel Letarte.