Nancy Blanchette, préposée aux Résidences Cardinal-Roy, s’est fait gâter par la directrice, Isabelle Gagnon, qui a offert du chocolat à ses employés mercredi.
Nancy Blanchette, préposée aux Résidences Cardinal-Roy, s’est fait gâter par la directrice, Isabelle Gagnon, qui a offert du chocolat à ses employés mercredi.

La reconnaissance se propage

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Depuis lundi, les employés du Regroupement québécois des résidences pour aînés téléphonent à leurs membres pour sentir le pouls sur le terrain. Au moment où la propagation de la COVID-19 impose un fardeau de gestion exceptionnel et un dévouement sans faille des employés du réseau, la moindre petite attention peut faire une différence dans ce quotidien encore inexploré.

«On téléphone à nos 790 membres pour les encourager», raconte Yves Desjardins, président - directeur général du RQRA. «J’ai six personnes qui font une vingtaine d’appels par jour. Les employés sont extrêmement stressés.»

Le respect des recommandations du gouvernement demeure évidemment le plus important défi du personnel des résidences pour personnes âgées, même si une amélioration est observée depuis le début de la crise. Les mesures de distanciation sociale ne sont pas appliquées partout de la même façon.

Par exemple, aux Résidences Cardinal-Roy de Trois-Rivières, la directrice Isabelle Gagnon préfère conserver deux services pour les repas plutôt que de confiner les gens à leur chambre.

«On n’est pas encore rendu là», laisse-t-elle tomber. «Tant qu’on pourra maintenir la salle à manger, ça va aider nos résidents.»

«On essaie de prendre le plus de temps possible avec eux, pour jaser», ajoute Mme Gagnon. «Depuis que nous avons arrêté les activités de loisirs, nous avons une clientèle plus fragile.»

À la Résidence Grand-Mère également, la salle à manger n’est pas condamnée.

«Nous en avons deux plutôt qu’une seule», explique le directeur général, Pierre La Haye. «Les gens sont espacés. Il n’y a plus d’attroupement avant les repas. Ils doivent se rendre directement à leur place.»

À la Résidence La Villa de Trois-Rivières, Lynda Audet, gestionnaire de l’endroit, reconnaît que la période de repas a constitué tout un casse-tête. Des cabarets sont maintenant acheminés à chacune des 39 unités, mais il a fallu s’équiper en conséquence.

«Il y a eu beaucoup d’essais avant d’en venir à ça», convient-elle. «Ça ne fonctionne pas pour tout le monde. Certains sont autonomes, d’autres semi-autonomes. Ça ne se gère pas partout de la même façon. Il faut innover et avoir beaucoup d’imagination!»

Un peu partout, les sorties sont maintenant surveillées de très près. En fait, les aînés ne peuvent pratiquement plus prendre une marche extérieure sans surveillance, parfois dans des plages horaires bien définies.

L’arrivée de nouveaux résidents fait aussi partie des ajustements à apporter. Au Château Bellevue à Shawinigan, sept sont prévus au début avril et le directeur, Gaétan Daviau, assure que toutes les précautions seront prises.

Par exemple, un seul déménagement pourra se produire par jour.

«Les personnes qui emménagent se retrouvent en confinement dans leur appartement pour 14 jours», précise M. Daviau.

Au regroupement provincial, on établira très prochainement des consignes claires à ce sujet.

«Ce n’est pas interdit d’entrer en résidence», fait remarquer M. Desjardins.

Pour le moment, les responsables préfèrent repousser les déménagements, autant que possible. Mme Gagnon vient de vivre ce que provoque la présence de nouveaux visages dans le contexte actuel.

«Un appartement s’est libéré la semaine dernière, à la suite d’un décès», raconte-t-elle. «La famille est venue chercher les derniers items et ça a créé un vent de panique!»

Au Château Bellevue, M. Daviau recense «deux ou trois cas» de résidents qui ont préféré se pousser chez un de leurs enfants plutôt que de vivre dans un univers d’inévitables restrictions. Ils ne pourront évidemment revenir qu’après la crise.

Un peu partout, le personnel déploie énormément d’énergie pour faire comprendre l’importance des mesures de distanciation sociale. À force d’insister sur le message, le premier ministre François Legault touche au but, croit Kathy Simard, coordonnatrice adjointe à la Résidence La Renaissance de La Tuque.

«Au début, c’était difficile», reconnaît-elle. «Nous avons des portes sur le côté, des accès à l’arrière également, alors on ne pouvait pas voir partout. Avec tout ce qui se dit dans les médias, les gens commencent à être conscients. Mais il a fallu beaucoup répéter et surveiller.»

Chocolat

Tout ce contexte installe une ambiance chargée de stress chez les résidents, mais aussi chez les employés. Mercredi matin, Mme Gagnon a pris la peine de distribuer des chocolats et un mot d’encouragement pour donner une petite poussée d’adrénaline à son personnel, qui veille sur plus de 200 personnes.

«Le plus grand défi, c’est de travailler avec des modifications à tous les jours», raconte la directrice des Résidences Cardinal-Roy. «Faire, refaire, ajouter, respecter les normes. Pour nous, c’est beaucoup en même temps, même si on comprend la situation.»

À la Résidence Grand-Mère, M. La Haye insiste auprès de sa quarantaine d’employés sur le fait qu’ils constituent les plus grands risques de vecteur de la COVID-19 pour les résidents, s’ils ne respectent pas les mesures d’hygiène et de distanciation sociale.

«Je leur parle à tous les jours de se protéger, de suivre les consignes», assure-t-il. «J’ai de super bons employés.»

Mme Audet s’incline aussi devant le dévouement démontré par son équipe «en or» de 15 personnes à la Résidence La Villa. Mais tout ça a un prix, reconnaît-elle.

«C’est énormément de dépenses. Il y a beaucoup de temps supplémentaire à payer, de matériel à acheter.»