Le nouveau ministre des Affaires étrangères et ministre de la Francophonie, François-Philippe Champagne, en entrevue au Nouvelliste.
Le nouveau ministre des Affaires étrangères et ministre de la Francophonie, François-Philippe Champagne, en entrevue au Nouvelliste.

La recette François-Philippe Champagne

Marc Rochette
Marc Rochette
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Moins d’une semaine après son assermentation comme ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne a déjà à son actif un voyage au Japon, où il a participé à la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20. Malgré tout, il était à Trois-Rivières mardi pour accorder sa première entrevue à un média écrit au Canada, soit Le Nouvelliste.

«Mon cœur, ma priorité, c’est d’abord la Mauricie», a-t-il confié. Et le député fédéral de Saint-Maurice – Champlain a voulu se faire rassurant sur sa présence dans la région, en dépit de ses nouvelles responsabilités ministérielles.

D’abord, M. Champagne a déjà eu à gérer une situation similaire alors qu’il était ministre du Commerce international. «Mes bonnes habitudes ne changent pas, c’est toujours moi qui va faire l’épicerie le vendredi, qui fait les commissions la fin de semaine. La recette François-Philippe Champagne est la même, soit d’être près des gens et ça va continuer», affirme celui qui est également ministre de la Francophonie, une nomination qui était passée sous le radar.

Selon lui, les gens comprennent qu’il a maintenant des responsabilités au niveau international qui l’amènent à se déplacer. «La première chose que je fais en me levant le matin, c’est de regarder l’application du Nouvelliste. Ça me permet d’être très bien branché sur les enjeux régionaux, comme celui des télécommunications dans Maskinongé. Et ça va continuer. J’ai une équipe qui fait le suivi et l’avantage d’avoir été en politique depuis les dernières années, c’est que la plupart des maires, mairesses et préfets, ont mon numéro de cellulaire, on se texte régulièrement, ça nous permet d’être en contact», explique le ministre.

Et tant mieux, dit-il, si la Mauricie a une voix forte. «On espérait une voix forte pour la Mauricie, pour les régions, pour le Québec, et maintenant pour le Canada, même à l’échelle internationale. Après avoir passé plusieurs années en politique ici, les grands dossiers de la région, je les connais bien, que ce soit l’internet haute vitesse, la téléphonie cellulaire, le port, l’aéroport, le centre fiscal, le parc national de la Mauricie. D’avoir une position comme ministre des Affaires étrangères au sein du cabinet, ça donne une voix certaine pour faire avancer ces dossiers-là», fait-il remarquer, évoquant au passage le dossier du train à grande fréquence «qui continue d’avancer» grâce au budget de 71 millions de dollars qui permet à des spécialistes de travailler chaque jour à ce «vecteur de développement économique».

Or, celui-ci ne cache pas qu’il aurait apprécié avoir d’autres élus libéraux dans la région. «Saint-Maurice – Champlain, ça demeure le village gaulois au Québec parce que les gens de Saint-Maurice – Champlain ont fait le choix d’avoir un représentant qui est au gouvernement. Je l’ai toujours dit, c’est au gouvernement que les choses avancent. J’aurais rêvé qu’on puisse avoir plus de collègues à Trois-Rivières, dans Berthier-Maskinongé, Bécancour-Nicolet-Saurel. Je souhaite que toutes les régions puissent avoir une voix à Ottawa. C’est sûr que maintenant, je me fais la voix de la Mauricie et du Centre-du-Québec et je vais continuer de le faire. Mais j’aurais souhaité qu’on ait plus de voix pour nous permettre de faire avancer ces dossiers-là et aussi, de pouvoir parler d’une voix collective des grands enjeux dans nos régions, dont la nôtre en Mauricie», poursuit-il.

Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier l’arrivée de Steven Guilbeault comme ministre du Patrimoine, alors qu’il est originaire de La Tuque. «Je suis très fier. Nous sommes deux ministres originaires de la Mauricie. C’est une voix forte pour l’environnement et il y a plusieurs enjeux de patrimoine», commente M. Champagne.

Comment envisage-t-il son rôle dans un gouvernement minoritaire? «Les Québécoises et Québécois nous ont envoyé trois messages: d’humilité, d’être rassembleur et d’avoir une voix forte pour le Québec et de surcroît pour les régions. J’ai déjà parlé aux collègues de la région, Mme Charbonneau, M. Blanchet, dont je suis le député. Je ne suis pas de nature hyper partisane. Évidemment, je suis en politique, mais depuis le début, les gens de la Mauricie ont vu que je mets toujours l’intérêt supérieur des citoyens, des citoyennes, des entreprises de la région à l’avant-plan et ça va continuer. Il y a un rôle pour l’opposition, il y a un rôle pour le gouvernement, moi, je vais jouer mon rôle en collaboration et en ayant l’intérêt des gens de chez nous à coeur», fait-il savoir.

Tributaire de l’agenda international, M. Champagne est toutefois conscient que sa présence à la Chambre des communes pourrait être requise lors de votes névralgiques dans un contexte minoritaire. «On a avantage à travailler main dans la main», croit-il.

Malgré ses considérations nationales, ce dernier entend bien faire rayonner la région. «Ça va me faire plaisir d’être un peu l’ambassadeur de la Mauricie et du Québec, de pouvoir même éventuellement tenir des sommets au Québec. Comme ministre des Affaires étrangères, ça me donne une opportunité unique de mettre à l’avant-plan les régions du Québec dont évidemment la nôtre», soutient-il.

Visiblement, M. Champagne était heureux d’avoir pu soulever, dès les premières heures de son assermentation, l’enjeu numéro un de la libération des deux Canadiens «détenus de façon arbitraire en Chine», Michael Kovrig et Michael Spavor.

«Ça demeure ma priorité absolue comme ministre des Affaires étrangères. Quand je suis arrivé au G20, je connaissais déjà le tiers des participants. Ça nous permet d’aller plus rapidement, la glace est déjà brisée, la confiance est déjà établie, on peut rentrer dans le coeur des sujets qu’on a à discuter», conclut celui qui prévoit deux autres périples d’ici la fin de l’année.