Le conseil municipal de Trois-Rivières pourrait revoir ses attentes quant au rendement de ses commissions de travail, alors que des élus réclament qu’on s’en tienne à discuter des sujets essentiels et urgents.
Le conseil municipal de Trois-Rivières pourrait revoir ses attentes quant au rendement de ses commissions de travail, alors que des élus réclament qu’on s’en tienne à discuter des sujets essentiels et urgents.

La réalité rattrape les élus de Trois-Rivières

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — La conciliation télétravail-famille est un défi pour la plupart des parents en ces temps de confinement, et le conseil municipal de Trois-Rivières n’y échappe pas. La conseillère municipale du district des Forges, Mariannick Mercure, a lancé un cri du cœur à ses collègues élus vendredi, afin de revoir l’organisation du travail puisque certains de ses collègues doivent aussi composer avec la réalité de la garde partagée ou de la garde exclusive. Un cri du cœur qui a trouvé écho chez d’autres conseillers.

Vendredi matin, Mme Mercure a exprimé qu’elle «jetait l’éponge» et ne siégerait plus sur les commissions qui se tiennent en télétravail presque quotidiennement à la Ville mais qu’elle estime non urgentes. Mère célibataire, Mme Mercure doit aussi s’occuper de sa fille de 4 ans durant la journée et constate que les discussions qui ne sont pas essentielles deviennent non productives car les parents doivent aussi avoir la tête ailleurs.

«L’intention était bonne au départ et je suis parmi les premières qui ont voulu mettre en place le télétravail pour toutes les réunions. Mais ça ne fonctionne plus, nous ne sommes plus efficaces. L’autre matin, j’étais présente à une réunion sur l’aménagement, mais je faisais des gaufres à ma fille en même temps. On ne discute plus comme on devrait et il n’y a pratiquement plus de débats», déplore Mariannick Mercure, qui espère que le conseil reverra ses façons de faire pour, à l’instar des directives gouvernementales, s’en tenir aux décisions urgentes et essentielles puisque, s’inquiète-t-elle, «des voix sont en train de s’éteindre au conseil».

Son point de vue est d’ailleurs partagé par les conseillères Valérie Renaud-Martin et Sabrina Roy, qui vivent aussi le défi de la monoparentalité.

«Jeudi, j’ai eu trois rencontres en vidéoconférence, mais je ne peux pas donner toute l’attention aux sujets parce que je dois aussi m’occuper de mon fils de dix ans. Ce sont des rencontres qui normalement prennent jusqu’à six heures de ma journée. Il n’est pas question que je plogue mon fils devant la télé toute la journée, ce n’est pas possible. Et à mon avis, il y avait beaucoup de sujets traités dans ces commissions qui n’étaient absolument pas urgents», considère Valérie Renaud-Martin, qui a la garde exclusive de son fils et qui vit la réalité du confinement comme tous les autres Québécois.

Pour Sabrina Roy, le défi est tout autre, alors qu’elle a accouché de son deuxième enfant, une petite fille, il y a à peine une semaine.

«Je comprends que la Ville doit continuer d’avancer mais si on manque de concentration à cause des enfants à la maison, on ne traite pas les dossiers comme on le ferait d’habitude. Mon bébé de six jours est déjà en téléconférence depuis sa naissance», relate-t-elle.

Le conseiller municipal François Bélisle, qui vit aussi la réalité de la garde partagée, estime pour sa part qu’il faut étendre la réflexion autant aux mères qu’aux pères, mais également aux familles dont les parents ne sont pas séparés mais qui vivent toutes sortes de réalités, dont le travail dans les services essentiels.

«Ça ne touche pas juste le conseil municipal. Il y a un paquet d’employeurs en ce moment qui doivent comprendre que le télétravail, ce n’est pas de la magie. Ne vous attendez pas à ce qu’on accomplisse des miracles parce qu’on peut travailler de la maison», lance celui qui partage le point de vue de sa collègue sur l’importance de s’en tenir présentement à discuter uniquement de ce qui est urgent.

«Je fais une grande distinction entre ce qui est important et urgent. On traite des dossiers très importants, mais qui peuvent être repoussés de deux ou trois semaines sans problème», constate M. Bélisle.

Le point a été discuté avec l’ensemble du conseil vendredi avant-midi, et le maire Jean Lamarche explique qu’une réflexion a été proposée aux élus durant la fin de semaine. «Ce sont effectivement des enjeux qui demandent de l’adaptation. J’ai demandé à chacun d’arriver avec des propositions afin de revoir certaines pratiques. Ça peut toucher les points à discuter, la durée totale des rencontres. On veut avoir des propositions. Chacun a ses réalités et l’enjeu de la monoparentalité est particulier. On va donc trouver des solutions ensemble dans un objectif d’amélioration continue. Il faut aussi que la Ville continue d’avancer dans une certaine mesure, pour qu’on soit prêt quand tout ça va repartir», considère le maire Lamarche.