Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU, lors de la manifestation devant les bureaux du ministre Jean Boulet.
Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU, lors de la manifestation devant les bureaux du ministre Jean Boulet.

La rareté des logements abordables inquiète

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — La tournée du Québec de l’organisme FRAPRU s’est terminée en Mauricie, vendredi. Les manifestants, dont plusieurs de Trois-Rivières, ont bravé la tempête afin d’aller rappeler au ministre Jean Boulet et à la ministre Sonia LeBel qu’il y a urgence d’agir dans le dossier de la pénurie de logements abordables.

Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU, rappelle que le dossier est d’autant plus important en Mauricie que le revenu médian des ménages locataires, dans la région, est de seulement 29 704 $ comparativement à celui des ménages locataires dans l’ensemble du Québec qui est de 37 392 $. «La Mauricie est la région administrative où les locataires sont les plus pauvres au Québec», souligne-t-elle. Or, il s’agit de la région que représente le ministre Boulet, fait-elle valoir.

«Ceux qui ont un besoin impérieux de logement ont un revenu médian de 12 200 $ selon Statistique Canada», ajoute Mme Laflamme. «Il faut s’assurer qu’il y ait une solution pour ces gens-là qui ne peuvent pas se payer un logement sur les marchés privés», plaide-t-elle, car «les revenus d’aide sociale, de retraite et de salaire minimum n’augmentent pas.»

Les personnes seules, les personnes âgées de plus de 65 ans, les femmes âgées» qui sont dans cette situation sont très représentées en Mauricie, dit-elle. «Même si ces personnes travaillent à 13 $ l’heure, elles peuvent de moins en moins arriver quand le loyer augmente et c’est ce qui explique qu’autant de gens ont besoin d’aide alimentaire», explique-t-elle.

«Il y a des régions où des gens qui travaillent dorment dans leur voiture parce qu’ils n’ont pas de logement. On ne peut pas accepter ça. On ne peut pas laisser ces situations-là dégénérer et c’est maintenant qu’il faut agir», soutient Véronique Laflamme.

À Trois-Rivières, le taux d’inoccupation a baissé sous la barre des 3 %. «Jusqu’à l’an dernier, Trois-Rivières était, avec Saguenay, la seule région épargnée par la pénurie de logements», dit-elle, «or, ce n’est plus le cas», précise Mme Laflamme.

Le taux d’inoccupation à Trois-Rivières est maintenant de 2,3 % alors que le seuil d’équilibre se situe plutôt à 3 %, dit-elle. De plus, l’an passé, le coût moyen des loyers a augmenté de 3,65 %, soit presque le double de l’inflation selon les données de la SCHL», indique Mme Laflamme.

Cette situation, explique-t-elle, donne lieu à toutes sortes d’abus, notamment de la discrimination. Plus encore, «à Trois-Rivières, l’état des logements est une préoccupation», souligne la porte-parole.

Dans le cas de Shawinigan, le taux d’inoccupation est à 5 % et l’an passé, il était à 6,2 %, dit-elle. Malgré cela, le FRAPRU s’inquiète, car à Shawinigan, les locataires sont très pauvres. Leurs revenus sont en effet de 11 000 $ de moins que l’ensemble du Québec. Cela signifie que même s’il y a des logements disponibles à Shawinigan, ceux qui en ont besoin ne peuvent pas se les payer. «Des HLM, il ne s’en construit plus depuis plusieurs années à cause du retrait fédéral», souligne Mme Laflamme. «Il se construit toutefois d’autres formes de logements. À Trois-Rivières, il y a des projets avec le programme AccèsLogis Québec, mais ça ne se construit pas assez rapidement pour répondre à tous ces besoins-là», dit-elle.

Parmi les phénomènes déplorables qui émergent de cette situation, il y a la colocation forcée avec des personnes non choisies. «Pour ne pas être dans la rue, tu te trouves des colocs, mais des fois, ce ne sont pas les meilleurs colocs. Il y a des gens, dans leur logement, qui ne sont pas en sécurité», laisse entendre la porte-parole du FRAPRU. «Vivre dans un logement dans la paix, dans la dignité, c’est un droit fondamental», fait-elle valoir.