Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, soutient que la rareté de la main-d’œuvre constitue le cœur du problème du recrutement. «Les limites viennent de la capacité d’embauche. Ce n’est pas un enjeu financier.»

La rareté de la main-d’œuvre est le problème, selon Barrette

Trois-Rivières — Le manque de préposés aux bénéficiaires s’explique par la rareté de la main-d’œuvre, plaide Gaétan Barrette. Mais pour attirer des gens à travailler dans le milieu, il faudra que tous les partenaires, incluant les syndicats, adoptent un discours plus positif.

Le ministre de la Santé n’a pas tardé à réagir à la sortie de familles décriant le manque de services découlant de la pénurie de main-d’œuvre. Il les remercie de soulever l’enjeu de la dispensation des soins et assure qu’il fera ses vérifications concernant cette situation. Du même souffle, il rappelle que le gouvernement québécois a donné aux CIUSSS régionaux la consigne d’embaucher des préposés aux bénéficiaires. Mais la tâche est ardue en raison du faible taux de chômage et de l’image du secteur de la santé qui est véhiculée.

«Les limites viennent de la capacité d’embauche. Ce n’est pas un enjeu financier. La rareté de la main-d’œuvre, c’est comme ça dans tous les secteurs de la société. La différence avec les autres secteurs, c’est qu’en santé, si on a des problèmes d’embauche, on ne peut pas arrêter de donner des soins. Et il y a un climat extrêmement négatif entretenu par des syndicats, particulièrement dans le secteur des préposés aux bénéficiaires. Ensemble, est-ce qu’on peut changer de climat pour dire qu’on a besoin de gens?», déclare le ministre Barrette, qui affirme volontiers que l’absence de 11 préposés sur 30 au cours d’une même journée est «énorme».

La journée du 11 janvier a été marquée par un fort niveau d’absentéisme causé principalement par des employés touchés par la grippe ou la gastroentérite, explique le CIUSSS régional. Cette situation a forcé un réajustement des tâches, comme l’explique Guillaume Cliche, porte-parole du CIUSSS.

«On priorise les services prioritaires: soins d’hygiène partiels à tous les résidents, l’alimentation et la mobilisation. Oui, c’est possible qu’une personne passe une journée en jaquette, mais c’est mieux que les résidents soient alimentés et aient bougé, et les bains ne sont pas annulés, mais reportés.»

Selon le ministre de la Santé, le gouvernement fait ce qu’il faut pour régler la question. La consigne d’embaucher est donnée, des aménagements peuvent être faits et la situation peut être corrigée. «Ça ne sert à rien de lancer la pierre au CIUSSS, au ministre de la Santé. Le premier problème est d’embaucher des gens disponibles à prendre des emplois. Il faut créer des conditions gagnantes. Quand j’entends des dénonciations, c’est correct. Mais un coup que c’est fait, il faut regarder exactement la situation. Comme ministre, je souhaite former des gens et les embaucher pour que chaque citoyen au Québec reçoive les meilleurs soins possible. Mon message est simple. On doit arrêter de créer un climat négatif et dire qu’ensemble, on va relever le défi et dire à tout le monde: venez travailler. Il y a de bonnes jobs, de bonnes carrières», souligne le ministre qui affirme toujours faire ses devoirs.

De nombreux syndicats parlent de surcharge de travail en abordant la question du ratio patient-personnel. Selon M. Barrette, cet enjeu d’ordre syndical fait partie de la négociation standard. «C’est correct. C’est du syndicalisme des années 1970. Mais il faut attirer les gens. Quand même on dit que les gens sont exténués, la solution est l’embauche.»

Louis Brunelle, directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS régional, rappelle qu’il est très difficile de trouver des préposés aux bénéficiaires malgré les offensives de recrutement menées en ce sens.

«On embauche tout ce qu’on peut. On ne passe pas à côté d’un préposé. Pour les préposés, on a proposé de rehausser certains postes à temps complet. Mais faire passer une personne de temps partiel à temps plein ne donne pas une ressource de plus. La pénurie est telle qu’il manque de monde. Mais on va s’en sortir. On va voir la lumière d’ici quelques mois», estime M. Brunelle, en faisant référence aux récentes mesures de recrutement qui devraient permettre à l’organisation de miser sur près de 150 préposés aux bénéficiaires supplémentaires.