Stéphane Campeau, professeur à l'UQTR.

La qualité de l'eau stagne depuis 2000

Le public a désormais accès à l'état de la qualité de l'eau de plus de 700 petits cours d'eau du Québec et de l'Ontario en se rendant simplement sur Google Maps.
Ces données sont récoltées depuis 15 ans par le professeur Stéphane Campeau du département des sciences de l'environnement de l'Université du Québec à Trois-Rivières. L'outil mis récemment en ligne par le chercheur se base sur l'indice IDEC, soit l'Indice des diatomées de l'Est du Canada. Ces algues unicellulaires qui tapissent le fond des cours d'eau donnent en effet un portrait fidèle des conditions environnementales dans lesquelles elles évoluent.
Le professeur Campeau et son équipe s'intéressent tout particulièrement aux petits cours d'eau, car c'est de là que l'eau s'écoule vers les rivières plus importantes. Ce sont aussi eux qui apportent les polluants aux plus grandes rivières.
Or après 15 ans d'analyse, le professeur Campeau constate que les deux tiers de ces petits cours d'eau sont en mauvais état.
Le principal coupable n'est pas loin. Depuis le début des années 2000, on a vu les cultures de foin faire place de plus en plus aux grandes cultures de maïs et de soja. «Ces cultures nécessitent beaucoup de fertilisants», dit-il, dont les excès se retrouvent dans le système hydrique.
Les principaux polluants des petits cours d'eau sont le phosphore, l'azote et les pesticides. À cela, il faut ajouter l'érosion des sols. «En passant des champs de foin aux champs de maïs, l'érosion est devenue dix fois plus élevée et ça colmate les petits cours d'eau», explique le chercheur.
La qualité de l'eau au Québec avait été sensiblement améliorée dans les années 1990 lorsque le gouvernement du Québec avait investi massivement pour implanter des systèmes d'épuration des eaux usées dans les municipalités.
À partir de 2000, les plans de fertilisation mis en place en collaboration avec le milieu agricole permettaient de contrôler les rejets de phosphore dans l'environnement.
Lorsque les grandes cultures ont commencé à prendre de l'ampleur, les améliorations ont cessé. «On stagne», constate le professeur Campeau.
En Mauricie, «on a un peu de tout», dit-il. La petite rivière Millette, qui passe par l'UQTR, présente une qualité d'eau de classe D (très mauvaise) selon l'IDEC. La rivière Yamachiche et la Petite rivière Yamachiche sont dans le même état. Plus on s'avance dans les secteurs plus au nord du fleuve, au niveau de Saint-Alexis-des-Monts ou de Saint-Mathieu-du-Parc, par exemple, plus les valeurs de l'eau sont bonnes en général.
Selon le professeur Campeau, il faut donc intervenir ou continuer les efforts amorcés. «Il faut reboiser les berges pour freiner leur érosion», dit-il, c'est-à-dire planter arbres et arbustes qui freineront le ruissellement.
Le professeur Campeau indique qu'il travaille avec les agriculteurs pour améliorer la situation. «Ils sont actifs», assure-t-il, comme en témoigne le virage de plus en plus répandu vers les semis directs pour remplacer les labours. Cette technique, explique-t-il, a déjà prouvé son efficacité pour la rivière des Envies où les producteurs ont adopté cette technique en amont.
L'élargissement des bandes riveraines progresse, assure-t-il.
Reste maintenant à diminuer la fertilisation. C'est sans doute la partie la plus difficile, calcule-t-il. La fragmentation des fertilisations, c'est-à-dire la fertilisation des champs en plusieurs fois au lieu d'une seule, pourrait grandement aider puisque les plantes absorberaient mieux les fertilisants qui s'échapperaient alors moins dans la nature. «Le problème, c'est que la machinerie doit y aller plus souvent et il y a des risques de compaction des sols. Bref, la solution idéale n'a pas encore été trouvée, dit-il.
Finalement, le milieu urbain a toujours son rôle à jouer. Certaines municipalités ne traitent toujours pas leurs eaux usées. Elles doivent aussi continuer à travailler à éliminer les épisodes de surverses de leur système d'épuration.
On peut consulter l'état des rivières au www.uqtr.ca/IDEC en cliquant sur l'onglet IDEC dans Google Maps, à gauche.