Josée Matteau vit le drame de la pyrrhotite dans sa maison pour une deuxième fois et celui de sa fille gravement malade.

La pyrrhotite sonne deux fois

Trois-Rivières — Alors que les victimes de la pyrrhotite attendent avec impatience le jugement de la Cour d’appel pour mettre le drame derrière elles une fois pour toutes, la Trifluvienne Josée Matteau, elle, vient d’apprendre qu’elle devra payer 15 000 $ plus les frais aux propriétaires de son ancienne maison, la pyrrhotite ayant fait des fissures dans les fondations en 2013, soit 15 ans après sa construction. La dame, qui a 30 jours pour payer la somme plus les frais juridiques, confie qu’elle se sent «comme une voleuse», comme si elle avait commis un méfait «alors que je suis victime de la pyrrhotite», dit-elle.

Son histoire, qui est peu fréquente dans ce dossier, commence en 1998. Mme Matteau et son conjoint du temps se font alors construire une maison qu’ils vendent par la suite en 2006 pour en bâtir une nouvelle. Le couple ne se doutait pas, à ce moment-là, qu’il allait être victime de la pyrrhotite non pas une, mais deux fois, coup sur coup.

C’est que la deuxième maison qu’ils achètent alors commence à présenter des fissures, dès 2010, soit quatre ans après sa construction. Couvert par la Garantie des maisons neuves (GMN), le couple reçoit 200 000 $ pour réparer les fondations de sa deuxième maison. «Nous avons eu malgré cela un dépassement de coûts», raconte Mme Matteau, de quelque 45 000 $.

Alors que ce dispendieux problème semble réglé une fois pour toutes, Mme Matteau apprend, en 2013, que sa première maison qu’elle avait vendue en 2006 est également aux prises avec le même problème.

Au matin du 7 janvier dernier, à la suite d’un conseil de règlement à l’amiable, la dame se résigne à payer 15 000 $ aux propriétaires plus les frais.

Josée Matteau en a gros sur le cœur, car la pyrrhotite est en partie responsable de son divorce survenu au cours de cette saga. «Il y en a que le drame rapproche, mais pas nous», dit-elle.

Fort heureusement pour elle, la dame occupe un bon emploi. «Ce n’est que de l’argent», fait-elle valoir pour relativiser les choses, en soulignant toutefois que certains propriétaires, qui vivent la même chose qu’elle, ne peuvent en dire autant.

Ce drame qu’elle vit deux fois plutôt qu’une vient toutefois rajouter du poids à un vécu déjà difficile. «Ma fille est très malade», raconte-t-elle. L’enfant est en effet née avec un problème de reflux gastrique depuis sa naissance, un problème qu’une chirurgie en bas âge n’est pas arrivée à corriger. Malheureusement, les médicaments qui visent à la soulager lui occasionnent des problèmes cardiaques «et la situation s’aggrave depuis quelque temps», dit-elle.

Mme Matteau estime que les 15 000 $ qu’elle doit verser sont vraiment de trop. «Je vais devoir prendre une deuxième hypothèque sur ma maison», conclut-elle.

Le procureur de Mme Matteau, Me Pierre Soucy, explique que ce dossier a été analysé selon le principe légal du «continuous trigger» qui permet d’éclairer la cour sur la question des dommages continus et progressifs, comme c’est le cas pour la pyrrhotite.

Selon ce principe, «le montant du dommage réclamé est réparti depuis la coulée du béton jusqu’à la cristallisation du dommage», explique Me Soucy. Dans le cas d’une maison construite, par exemple, en 2000 et dont les dommages sont constatés en 2015, la somme sera établie de la façon suivante: le montant des dommages divisé par le nombre de jours sur 15 ans.

Dans un cas comme celui de Mme Matteau, la bétonnière a arrêté ses opérations en 2006 et n’est donc plus assurée à partir de cette date. L’excédent de 2006 à 2015 est supporté par les autres assureurs. Chez «les autres assureurs de l’entrepreneur, il arrive une exclusion de la pyrrhotite en 2012, ils n’assurent plus la pyrrhotite de 2012 à 2015. Il y a donc une période de dommages qui n’est pas assurée», explique Me Soucy.

«Dans le dossier de la vague 1, il y en avait des découverts comme ça, mais on avait la chance d’avoir un laboratoire qui est SNC-Lavalin qui lui est responsable selon la date à laquelle la réclamation est présentée», nuance Me Soucy. Donc tous les découverts de la vague 1 ont été absorbés par SNC-Lavalin», dit-il, dans la mesure «où les dommages ne continuent pas après leur période de responsabilité».

Me Soucy rappelle que «le juge a décidé, dans la vague 1, que toutes les parties défenderesse étaient solidaires à l’égard du demandeur, et ce, dans les proportions suivantes: 70 % pour le laboratoire, 12,5 % carrière, 12,5 % bétonnière, 5 % entrepreneurs et 0 % pour le vendeur.»

Me Soucy précise toutefois que si l’un des autres défendeurs est insolvable ou dont l’assureur n’est plus là, la responsabilité revient sur le vendeur qui devient alors responsable face au demandeur à 100 %. C’est ce qui est arrivé à Mme Matteau.

Josée Matteau estime qu’elle pourra peut-être récupérer ses 45 000 $ après le jugement en appel, mais jamais les 15 000 $ qu’elle doit maintenant cracher en surplus.

«Ce sont 15 000 $ perdus à jamais. C’est le coût d’une première année d’université pour mes enfants», analyse-t-elle.

«C’est une année de plus où je devrai travailler», déplore cette victime de la pyrrhotite.