Voici les quatre maisons qui, situées près des terres contaminées à Bécancour, sont susceptibles de disparaître en fumée cet automne lors d’exercices réalisés par le Service de sécurité incendie. Sinon, elles seront tout simplement démolies.

La proie des flammes... peut-être

Bécancour — Achetées par la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, les quatre maisons environnantes au fameux site contaminé à Bécancour pourraient bien disparaître en fumée cet automne. En effet, le nouveau propriétaire a offert à la Ville de s’en servir pour des exercices de feu, à l’intention du Service de sécurité incendie.

«Quand on a acheté les quatre maisons, on a immédiatement contacté le système de protection d’incendie. Actuellement, ce qui est étudié avec la Ville, c’est d’en faire un projet d’expérimentation pour les incendies. Parce que pour faire des pratiques, c’est fantastique. Ce sont quatre maisons différentes, il y a des hangars. On est en négociation. C’est à l’étude. Il y a eu plusieurs rencontres. Ils sont en train de regarder. C’est un scénario de valeur ajoutée pour que ça serve d’exercice civil de sécurité publique», explique au Nouvelliste le président-directeur général de la Société, Maurice Richard.

Celui-ci souligne que ces maisons doivent être démolies de toute façon. «Il aurait fallu donner des contrats de démolition. On ne les a pas achetées pour que quelqu’un d’autre loue ou les utilise, mais pour les éliminer carrément», tient-il à préciser.

Initialement, une seule maison était dans la mire pour le projet. «Mais c’est possible qu’on puisse utiliser les quatre pour des expertises pour les pompiers, soit une à toutes les semaines ou à tous les mois. C’est éloigné, avec toutes les normes de protection. Ce serait des scénarios fantastiques. Il y a un petit bungalow ordinaire, un autre, avec deux, trois toits. Un autre à deux étages. En fait, c’est ce qu’ils vivent quotidiennement quand il y a des incendies. Des scénarios excellents pour faire des exercices. Ça ne nous dérange pas. On enlèvera ce qui reste», poursuit M. Richard.

Si la possession des lieux a tardé, c’est que la Société avait offert aux occupants d’apporter tout ce qu’ils voulaient avant de partir, «ce qui en fera moins à démolir». «Depuis une dizaine de jours, on a en main les clés des quatre propriétés, deux résidences privées et deux avec des locataires. On a fait des ententes avec eux et on leur a donné des délais additionnels. On est totalement propriétaire», a-t-il fait savoir.

Maintenant que les maisons sont vides, leur disparition est d’autant plus pressante que des intrus ont même été évincés. «Dans leur ronde, nos gardiens vont jeter un coup d’œil. Déjà à ce jour, on a évacué des gens. On les a avisés. On a mis des pancartes, installé des rubans et placardé les fenêtres. On s’assure de la sécurité», a ajouté M. Richard.

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, a confirmé l’existence du projet. «Les quatre maisons sont libérées, elles appartiennent à la Société du parc qui les a offertes à la Ville. Au moment où on se parle, au niveau des incendies, on est en train de faire toute la vérification sur la conception, l’environnement, les matériaux. C’est pas mal plus compliqué que ça en a l’air. Il faut respecter des normes qui sont édictées par le gouvernement là-dessus», fait-il remarquer.

Car, dit-il, il y a toutes les questions de l’environnement «parce que c’est rendu tellement sensibles ces affaires-là». «Il y a tout ce qui concerne l’amiante. Dans deux cas, il y a de l’amiante et les bardeaux d’asphalte ne peuvent être brûlés. C’est bien beau de dire qu’on brûle les choses, mais il y a toute une préparation qui doit être faite avant de faire les exercices de feu en question. C’est le service d’incendie qui a ça en main, de concert avec le ministère de l’Environnement, pour établir le plan de match qui pourrait se réaliser en début de l’automne», indique le premier magistrat.

Quant aux terres contaminées, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) cherche toujours une solution permanente et définitive pour restaurer l’endroit et faire cesser les rejets de contaminants autour du site.

Une étude de préfaisabilité concernant la mise en place d’un écran gelé (cryogénisation) pour contenir les matières dangereuses résiduelles enfouies sur le site a été réalisée. Mais à la Ville, on est sans nouvelle pour la suite des choses. Les lieux sont toujours sécurisés, avec une surveillance par caméras, et la qualité de l’eau potable est testée régulièrement. «Il n’y a aucune évolution, ni négative, ni positive», a conclu le maire Dubois.

On se rappellera que l’entreprise RAQ avait exploité un site d’enfouissement de matières dangereuses résiduelles au 7505, chemin Louis-Riel, dans le parc industriel de Bécancour, de 1986 à 2003, laissant le site très contaminé.