La famille de la victime, Sylvie Deshaies, s’est dite dévastée par la sentence. Sur la photo, on voit de gauche à droite Nicole Deshaies, sa soeur, Yvon Deshaies, son frère et maire de Louiseville et Francine Deshaies, une autre soeur.

La prison pour celui qui a tué la soeur d’Yvon Deshaies: «on est dévasté»

JOLIETTE — Une peine de 81 mois vient d’être imposée à Pierre Courtois pour avoir volontairement causé la mort de la sœur du maire de Louiseville, Yvon Deshaies, le 5 juillet 2017.

En tenant compte de la détention préventive de 33 mois, l’homme de 77 ans devra donc purger quatre ans à partir de maintenant pour l’homicide involontaire de Sylvie Deshaies. Il sera éligible à une libération conditionnelle dans 16 mois selon son avocat, Me Marc Labelle.  

La famille de la victime s’est dite dévastée par cette sentence qu’elle considère beaucoup trop clémente. On sait que la Couronne réclamait une peine de 12 ans de prison alors que la défense avait suggéré au juge une sentence suspendue. «C’est tellement difficile à vivre. Ses enfants sont écorchés vifs. On est dévasté. On aurait aimé plus mais il y a des lois, des barèmes. Le juge s’est fondé sur beaucoup de jurisprudence mais ça ne nous enlève pas notre peine. On n’aura plus jamais notre Sylvie alors que lui s’en sauve à bon compte», a mentionné en larmes, la sœur de Sylvie Deshaies, Nicole. 

Le maire Deshaies était également présent au palais de justice de Joliette. Fidèle à ses habitudes, il n’a pas mâché ses mots. «Vous savez mon principe à moi, tout le monde le sait, moi, c’est la peine de mort.  Il va chez elle, tranquille, oui elle prenait un petit verre, elle pesait 142 livres, il se bat avec elle, la met dans la valise. Pour moi, c’est réglé. Je respecte la justice, je dirai pas un mot mais il va falloir aller plus haut que ça», a-t-il affirmé.

Sylvie Deshaies, 49 ans et Pierre Courtois, 75 ans s’étaient rencontrés en novembre 2016. Leur relation a évolué très vite au point que le septuagénaire parlait déjà d’épouser Mme Deshaies un mois plus tard. Ils ont emménagé ensemble en mai 2017 mais leur vie commune n’a duré que deux semaines. Leur séparation a été turbulente et plusieurs appels ont été logés au 911. Pierre Courtois ira même jusqu’à  lancer de l’acide à batterie sur le véhicule de Mme Deshaies. Il vit alors une grosse peine d’amour et omet de respecter les conditions émises par un policier de ne pas communiquer avec la dame et de ne pas s’approcher de son domicile.

Malgré tout, le 29 juin, le couple se réconcilie et va passer quelques jours dans un chalet.  À leur retour, dans la soirée du 4 juillet, une dispute éclate au sujet d’une autre femme. Selon ce que le juge François Dadour retient, des coups ont été échangés de part et d’autre. Or, l’accusé est doté d’une grande force physique malgré son âge. Qui plus est, il est sobre et Mme Deshaies a consommé passablement d’alcool. À un certain moment, il croit avoir tué la dame. Paniqué, il la place dans le coffre de sa propre voiture et quitte les lieux. Il se range ensuite sur le côté de la route et appelle sa fille pour lui dire que Mme Deshaies est dans le coffre de la voiture et qu’il s’apprête à se suicider lorsqu’un camion sera devant lui. 

Pendant que sa fille contacte le 911, il sort Mme Deshaies du coffre et la place à l’avant sur le siège, côté passager, et boucle sa ceinture de sécurité. À ce moment, elle est vivante mais semi-consciente et somnolente.  Il reprend la route et après 15 minutes, il met son plan à exécution en fonçant sur un camion-remorque arrivant en sens inverse. La collision est survenue dans la nuit sur la route 158 à Saint-Jacques. Un incendie va alors éclater dans la voiture. Il tentera de sortir Mme Deshaies en brisant une vitre mais en vain. Il se couchera donc sur le sol et répétera: «Pourquoi je ne suis pas mort.» Selon le rapport d’autopsie, Sylvie Deshaies était vivante lors de la collision. C’est l’asphyxie qui a causé sa mort.     

Pierre Courtois a par la suite été arrêté et accusé de meurtre au premier degré. Il n’a jamais pu reprendre sa liberté. Finalement, le 30 avril dernier, peu de temps avant que le procès devant jury ne commence, il a plaidé coupable à une infraction réduite, soit homicide involontaire coupable.  

Dans la détermination de la sentence, le juge a dû tenir compte de  la jurisprudence et de plusieurs autres facteurs tels que la culpabilité morale de Pierre Courtois. Celle-ci est rattachée au fait qu’il a persisté dans sa conduite pendant 15 minutes avant de passer à l’acte, sachant que la victime était vivante et vulnérable et malgré les tentatives de raisonnement de sa fille. Qui plus est, il a complètement ignoré les conséquences qui allaient découler de son geste à l’endroit du chauffeur du camion-remorque dont la vie a été brisée. 

D’un autre côté, le juge considère que cette culpabilité s’éloigne du quasi-meurtre avec les éléments de froideur et de préméditation. Selon lui, M. Courtois était un homme émotionnellement perturbé en cette fin de soirée de juillet 2017 à la suite des turbulences relationnelles avec Mme Deshaies. Dans le passé, il n’avait jamais fait preuve de violence à l’égard de ses compagnes. 

Il a aussi retenu comme facteurs aggravants les conséquences subies par les familles, le contexte domestique, la violence au domicile de la victime lors de la dispute, la corpulence de M. Courtois par rapport à celle de la victime, le méfait sur le véhicule le non-respect des conditions imposées par la suite. 

À l’inverse, le juge a noté que Pierre Courtois, un pompier retraité, avait toujours mené une vie exemplaire, qu’il a aujourd’hui 77 ans, que sa première expérience carcérale est difficile et qu’il a plaidé coupable. 

Le maire Deshaies, qui veut se présenter comme candidat aux prochaines élections fédérales, entend bien se servir de cette expérience pour apporter des changements au système et exiger des sommes d’argent aux condamnés. «Ce monsieur vit très bien: il a une bonne pension et un bloc appartement. Ses enfants vont gérer son argent et quand il va sortir, l’argent sera là.  Il faut donc toucher au portefeuille de ceux qui ont de l’argent et peut-être les obliger à donner 25 %, s’il le faut, du surplus monétaire aux pauvres, aux victimes. On paie pour aller dans un foyer mais lui, en prison, il faut qu’il paie», a-t-il expliqué. 

La procureure de la Couronne, Me Valérie Michaud, ignore pour l’instant si elle ira en appel de la sentence mais la famille Deshaies espère bien que non. «Il y a eu assez de souffrances. Pour moi, c’est terminé, on ferme le livre, on vit nos peines et cet homme-là, qu’il aille au diable», a conclu M. Deshaies.