André Fortin, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé et services sociaux, était accompagné d'Andrée Lanneville, l'instigatrice de la pétition, jeudi matin, pour dénoncer la fermeture de l'urgence du centre Cloutier-du Rivage.

La pétition contre la fermeture de l’urgence de Cloutier-du Rivage déposée à l’Assemblée nationale

Trois-Rivières — À moins de 24 heures de la fermeture de l’urgence du centre Cloutier-du Rivage, la pétition de quelque 7000 noms s’opposant à ce projet a été déposée, jeudi, à l’Assemblée nationale par André Fortin, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé et services sociaux.

M. Fortin estime que le gouvernement improvise dans ce dossier et que le CIUSSS n’est tout simplement pas prêt à mettre de l’avant la nouvelle clinique. Conséquence, selon lui: c’est la population du Cap-de-la-Madeleine qui risque d’en pâtir.

«Le temps presse pour que le gouvernement agisse. Le gouvernement doit agir rapidement et doit changer son fusil d’épaule», a-t-il affirmé dans un point de presse, à l’hôtel du Parlement.

M. Fortin était alors accompagné d’Andrée Lanneville, une infirmière retraitée du centre Cloutier-du Rivage et instigatrice de la pétition. Elle a livré un vibrant plaidoyer pour la survie de l’urgence. 

«Il faut absolument qu’on garde ce service. C’est primordial. En plus, le bas du Cap-de-la-Madeleine, ce sont des gens qui sont défavorisés, non seulement âgés, mais défavorisés. Il va falloir qu’on pense à ça. La population est vieillissante, ils ont besoin de plus de services, ils sont plus malades.»

Mme Lanneville a pu rencontrer brièvement Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux, jeudi matin. Elle lui a exprimé ses préoccupations. «La ministre s’est assise avec Mme Lanneville, mais on n’a pas davantage de réponses sur la suite des choses», a déploré M. Fortin, en entrevue, quelques heures après son point de presse.

Pour lui, ce projet est loin d’être bien ficelé. «Ce qui est vraiment préoccupant, c’est que le CIUSSS n’est clairement pas prêt à ce moment-ci. Donc, si ce n’est pas une intervention à long terme, au minimum ce qu’on demande, c’est une intervention à court terme pour s’assurer qu’au cours des prochains jours, des prochaines semaines, les citoyens ne tombent pas entre les craques.»

Rappelons que l’urgence va fermer vendredi pour faire place à une clinique de proximité. Après une période de transition, cette dernière ouvrira ses portes le 21 octobre. Le Centre intégré universitaire  de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) a toujours martelé que la nouvelle clinique va offrir des soins et des services plus accessibles et mieux adaptés au besoin de la population de Cap-de-la-Madeleine.

Mme Lanneville est convaincue toutefois que la population va perdre au change. «Tous les services qu’ils disent qu’il va y avoir dans la clinique, on les avait déjà. Ce n’est pas un plus, c’est un moins.»

Elle se questionne sur la façon dont vont être traités les patients dont l’état nécessite des soins d’urgence.  «On ne peut pas traiter quelqu’un qui arrive avec une douleur thoracique, puis dire: ‘‘Je vais vous envoyer en ambulance au CHRTR parce qu’ici on ne le traite pas’’. Ça n’a pas de bon sens, cette histoire-là.»

D’ailleurs, M. Fortin doute de la capacité du centre hospitalier de Trois-Rivières d’accueillir les patients supplémentaires que va engendrer, selon lui, la fermeture de l’urgence du Centre Cloutier-du Rivage. «Le CHRTR n’est pas prêt à accueillir tous ces patients-là. L’urgence, au CHRTR, elle déborde déjà.»

Le fait que seulement deux postes d’infirmières praticiennes spécialisées sur cinq aient été comblés est une autre preuve que ce projet est improvisé, selon M. Fortin. 

«[...] on n’est pas prêts à passer au nouveau modèle de clinique. Le CIUSSS avait pris l’engagement, l’engagement formel que toutes les ressources humaines nécessaires seraient embauchées d’ici la fin de la semaine. On apprend maintenant qu’il y a uniquement deux des cinq infirmières praticiennes spécialisées qui sont prêtes à prendre le relais. On n’est simplement pas prêt à faire ces changements-là, tout de suite. Le CIUSSS doit revoir sa position pour que ces services soient maintenus à court terme, mais à long terme également pour les gens du bas du Cap-de-la-Madeleine.»

 «[...] on fait juste jouer à la chaise musicale, mais il n’y a pas plus de services. Il y a une coupure réelle, renchérit Mme Lanneville. [...] C’est drastique, c’est dramatique. C’est une grande perte pour la population du Cap-de-la-Madeleine.»

Maintenant que la pétition a été déposée, le gouvernement doit y répondre. «C’est entre les mains du gouvernement de la Coalition avenir Québec. Maintenant qu’ils ont entendu les préoccupations formelles et les demandes formelles de la part des pétitionnaires, c’est à eux de décider s’ils vont y donner suite, s’ils vont s’assurer que les services peuvent être maintenus à Cloutier-du Rivage, mais on n’a toujours pas de réponse autre que celle donnée par le CIUSSS», a expliqué M. Fortin, en entrevue. Il demande au gouvernement de s’assurer «du maintien des services au minimum jusqu’à les équipes complètes soient en place».

MOTION DE QUÉBEC SOLIDAIRE

Québec Solidaire a déposé une motion, jeudi matin, pour demander au gouvernement de revenir sur sa décision de fermer l’urgence du centre Cloutier-du Rivage.

«Depuis des semaines, les gens de Cap-de-la-Madeleine sont inquiets, avec raison. Malgré les craintes soulevées par de nombreux médecins, qui jugent que la fermeture de l’urgence Cloutier-du Rivage va entraîner une perte de services de proximité, le CIUSSS fait la sourde oreille et s’entête à vouloir la transformer en clinique multidisciplinaire. Pourtant, les médecins sont clairs: le CIUSSS fait fausse route avec ce projet. Aujourd’hui, il est minuit moins une. J’ai lancé un ultime cri du coeur au gouvernement en lui demandant de préserver les soins de santé essentiels et de renoncer à la fermeture de l’urgence. Malheureusement, les députés caquistes ont refusé de débattre de ma motion», a déclaré Sol Zanetti, responsable pour Québec solidaire en matière de santé et de services sociaux.