Le professeur Johannes Frasnelli est un spécialiste de l’odorat de l’UQTR.
Le professeur Johannes Frasnelli est un spécialiste de l’odorat de l’UQTR.

La perte de l’odorat: le signe le plus précoce de la COVID-19?

TROIS-RIVIÈRES — La perte de l’odorat serait-elle le symptôme le plus précoce de la COVID-19?

Le professeur Johannes Frasnelli du département d’anatomie de l’UQTR se penche en ce moment même sur cette question en même temps qu’un consortium de quelque 500 chercheurs dans le monde intéressés par l’anosmie, c’est-à-dire la perte de l’odorat.

Même si de nombreuses victimes de la COVID-19 ont mentionné qu’elles avaient perdu l’odorat après avoir contracté ce virus, le professeur Frasnelli précise qu’il faut le démontrer par la science et non se fier entièrement aux cas rapportés.

Ce spécialiste de l’étude de l’anosmie, notamment chez les non-voyants, indique que les virus de la grippe sont eux aussi souvent associés à une perte temporaire ou, plus rarement, permanente de l’odorat.

Il ne s’agit pas du même phénomène qu’avec le rhume banal, précise-t-il. Un nez bouché, on le sait, n’aide pas à distinguer les odeurs.

Avec la COVID-19 toutefois, deux phénomènes pourraient expliquer l’anosmie, dit-il. Il est possible, en effet, que le virus qui entre par les voies respiratoires affecte non seulement les cellules épithéliales, mais également les cellules neuronales olfactives du même coup, explique le chercheur.

La deuxième hypothèse veut que ce soit plutôt le système immunitaire qui engendre le trouble, explique-t-il. «Nous ne le savons pas.»

Les chercheurs aimeraient savoir si le pourcentage des personnes infectées par la COVID-19 présentant une anosmie est supérieur à celui des personnes qui ont été infectées par un virus de la grippe et qui présentent aussi le même symptôme.

Ce virus, ajoute le chercheur, pourrait aussi atteindre le système nerveux central comme les scientifiques l’ont démontré pour d’autres virus très près de celui-ci. On peut même également observer, dans certains cas, «une atteinte cognitive», dit-il, mais ce pourrait être «passager et très léger», dit-il.

Dans le cas de la COVID-19, «la grande majorité ont des atteintes des voies respiratoires», rappelle-t-il, «mais ça ne veut pas dire que le virus ne peut pas affecter d’autres tissus de notre corps», constate le professeur Frasnelli. «Il faut toutefois faire attention. Ce n’est pas dans l’avant-plan de la maladie. Les premiers cas ont été répertoriés en décembre et nous ne savons pas comment ça va nous affecter à long terme», explique-t-il. «On ne connaît pas les effets à long terme de cette maladie parce qu’on n’a pas eu le temps de l’observer sur le long terme», fait-il valoir.

Pour l’instant, rappelle le professeur Frasnelli, «la grande majorité des cas sont légers et ces gens s’en remettent bien, mais il y a des cas d’infection où ça prend du temps pour s’en remettre, plus longtemps qu’une grippe», dit-il.

En ce moment, ajoute-t-il, «il y a plusieurs groupes de recherche qui se penchent sur la question du trouble de l’odorat et la COVID-19. Je suis aussi conscient que dans toutes les autres sphères de la recherche biomédicale, il y a plein de groupes de recherche qui se posent plein de questions par rapport à la COVID-19 et nous allons avoir des réponses à plein de questions dans les semaines et mois à venir», dit-il.

Le professeur Frasnelli indique qu’il a fait plusieurs demandes de subventions afin d’étudier les liens entre cette maladie et l’anosmie à partir de personnes qui se rendent dans les centres de dépistage de la COVID-19.