Parité atteinte au conseil municipal de Shawinigan à la suite de l’élection de Lucie DeBons (district du Rocher), Nancy Déziel (de la Rivière), Jacinthe Campagna (de la Cité) et Josette Allard-Gignac (Almaville).

La parité s’installe au conseil de Shawinigan

SHAWINIGAN — La demande de nouveau dépouillement dans le district du Rocher avait semé un doute sur le visage du conseil municipal de Shawinigan, mais c’est maintenant officiel: le mandat 2017-2021 sera caractérisé par un nombre égal d’hommes et de femmes autour du maire Michel Angers, une première depuis la fusion. La séance publique inaugurale de ce conseil paritaire s’est déroulée mardi soir.

Quatre femmes élues à Shawinigan, on avait vu ça en 2001, lors de la toute première élection de la nouvelle ville fusionnée. Mais à ce moment, le conseil municipal était formé d’une mairesse et de... douze conseillers. Lise Landry était alors accompagnée de Lucie DeBons, France Beaulieu et Josette Allard-Gignac autour de la table. 

En 2005, le nombre de conseillers était passé à 10 et trois de ces quatre femmes étaient réapparues. En fait, seule Lucie DeBons avait été battue. Elle était cependant revenue en 2009, alors que la représentation féminine se résumait à elle et à Mme Allard-Gignac sur huit conseillers. Nancy Déziel s’est ajoutée en 2013 et quatre ans plus tard, l’arrivée de Jacinthe Campagna permet d’atteindre cette parité si souvent visée, particulièrement chez les décideurs publics.

«C’est important», assure Mme DeBons. «À toutes les campagnes, on encourage les femmes à se présenter en politique. On est autant capables que les gars, on a la couenne aussi dure! On est capables d’en prendre. Je suis contente de donner l’exemple.»

«Nous sommes super fières!», sourit Mme Déziel, qui remarque déjà une «fraîcheur différente» autour de la table du conseil. «C’est arrivé comme ça, mais je remercie beaucoup la population d’avoir permis cette parité.»

Élue sans interruption depuis la fusion, Josette Allard-Gignac avait subi tout un test à Shawinigan-Sud, en 1997, en devenant la première femme élue dans cette ancienne municipalité. Les mentalités ont bien évolué en 20 ans de sorte qu’aujourd’hui, l’atteinte de la parité est devenue un objectif normal.

«Quand on pense que 50 % de la population est féminine, c’est important d’avoir cette représentativité autour de la table», fait-elle remarquer. «Les hommes et les femmes pensent différemment, c’est sûr. Les femmes ont souvent des valeurs différentes. Ça apporte une belle complémentarité, de beaux échanges.» 

«Quand on atteint la parité hommes-femmes, des moeurs changent parce que nous avons des façons de faire différentes, bien que nous ayons des compétences égales», estime Mme Campagna. «Les femmes sont plus inclusives; elles n’oublient personne. Nous sommes un petit peu plus rassembleuses.»

Au-delà de l’importance du symbole, les quatre élues sont donc convaincues qu’un conseil paritaire amènera des façons différentes de voir certaines situations. Mais du même souffle, elles reconnaissent que les mentalités ont évolué. Ainsi, Mme DeBons était flattée d’entendre son nouveau collègue du district des Montagnes, Claude Grenier, la considérer comme un guide.

Le maire, Michel Angers, s’accommodera très bien de cette parité autour de la table.

«C’est un mélange très porteur pour l’avenir», croit-il. «De plus, nous avons des âges différents, ce qui apporte aussi quelque chose de très intéressant. Au Québec, il y a une forte incitation aux femmes de s’investir en politique municipale, provinciale et fédérale. C’est pour le mieux-être de nos communautés.»

Bonne moyenne

À Shawinigan, seulement six femmes se sont présentées aux dernières élections municipales, sur un total de 25 candidats. Quatre ont été élues, ce qui ne constitue pas une mauvaise moyenne. Surtout que dans le district de la Cité, deux femmes avaient posé leur candidature, de sorte qu’une seule pouvait être élue. 

En 2013 également, six femmes apparaissaient sur les bulletins de vote et trois avaient été choisies. Pas étonnant que la parité soit si difficile à atteindre, avec si peu de candidates.

«Les femmes ne se voient pas là», témoigne Mme Déziel. «Il n’y a pas beaucoup de modèles.»

«Encore aujourd’hui, il y a une question de confiance en soi», corrobore Mme Campagna. «On se met dans une position vulnérable. Est-ce que j’ai la carapace assez solide pour le faire? C’est pour cela que les modèles sont importants, pour se projeter là-dedans.»

Mme DeBons raconte qu’en campagne, elle était accompagnée d’une amie pendant son porte-à-porte. Une femme réservée qui n’en revenait pas de la façon dont l’expérimentée conseillère gérait la critique.

«C’est l’image de la bataille qui vient avec la politique», réfléchit Mme Déziel. «On aime relever des défis, mais on n’aime pas se battre. Personnellement, je suis une fille qui construit. S’il le faut, je vais me battre, mais je n’aime pas ça. L’image du boxeur, j’aime moins...»

Mme Allard-Gignac observe aussi que les femmes ont parfois peur de ne pas être à la hauteur pour leur famille. «C’est inconscient, mais ça reste là. Il faut que le conjoint t’accompagne là-dedans parce que s’il n’est pas là, ça ne dure pas.»