La Ville de Saint-Jérôme a lancé cette campagne de sensibilisation en 2017.

«La pancarte n’est pas identique»

Saint-Boniface — Le maire de Saint-Boniface, Pierre Désaulniers, reconnaît que la campagne de sensibilisation humoristique sur la consommation responsable de l’eau mise en place par sa ville est inspirée d’une autre initiative du genre de la ville de Saint-Jérôme datant de l’été 2017.

Par contre, l’élu ne considère pas que sa municipalité ait quoi que ce soit à se reprocher dans ses efforts de sensibilisation qui prennent la forme d’une affiche, et ce, même si cette dernière est grandement inspirée de l’œuvre du graphiste embauché par la localité des Laurentides. La campagne de 2017 mettait en vedette Jérôme, un personnage utilisé depuis plusieurs années par la Ville de Saint-Jérôme dans sa stratégie de communication, balayant son entrée au lieu de l’arroser. On pouvait lire sur l’affiche «Jérôme sait que l’asphalte de son entrée ne pousse pas. Ici, on économise l’eau!» Dans la récente initiative de Saint-Boniface, on peut y lire exactement le même message, qui suit d’ailleurs la même ligne graphique. Les propos sont cependant attribués à un personnage féminin ayant pour nom Marie-Ève. Le graphiste Éric Raymond, qui a conçu l’œuvre pour le compte de Saint-Jérôme, soutient qu’aucun représentant de la Municipalité de Saint-Boniface n’aurait formulé de demande afin d’obtenir l’autorisation pour reprendre le concept, ce qui contrevient au droit d’auteur selon lui.

Avouant ne pas trop être au fait de la législation en la matière, le maire Désaulniers défend Saint-Boniface en indiquant candidement que c’est un ancien cadre qui avait trouvé cette création sur Internet et qui lui avait présentée. Trouvant le message efficace, il a donné le feu vert pour la création d’une affiche s’en inspirant largement.

«Si c’est bon pour Saint-Jérôme, c’est bon pour Saint-Boniface. Je pense qu’on devrait utiliser cette affiche à la grandeur de la province! De toute façon, on l’a modifiée, car c’est Marie-Ève. La pancarte n’est pas identique», martèle-t-il, laissant même entendre que ce sont les journalistes qui font une tempête dans un verre d’eau dans ce dossier.

Le graphiste dont le travail a été repris n’est pas du même avis. N’ayant pas l’intention de prendre des recours pour obtenir réparation ou une compensation quelconque, il aurait tout de même apprécié que Saint-Boniface contacte Saint-Jérôme avant de reprendre son idée.

Cette pancarte est installée bien en vue à Saint-Boniface.

«Il ne faut pas être paranoïaque pour penser que c’est une copie. C’est décevant. Ç’a été un choc pour moi quand je l’ai appris vendredi dernier. Ce n’est jamais plaisant de voir son travail être copié de la sorte», indique-t-il avant de préciser qu’un simple appel aurait suffi pour que Saint-Boniface puisse reproduire l’affiche, moyennant une simple mention de l’identité du créateur et de son client, soit la Ville de Saint-Jérôme.

Le travailleur autonome reconnaît que l’intention de Saint-Boniface est louable et qu’il comprend que tout ce que la petite localité voulait, c’est sensibiliser ses citoyens à une réalité préoccupante en utilisant l’humour.

«On ne peut pas être contre la vertu et je suis conscient qu’il y a des gens qui ne comprennent pas ou qui ne sont pas vraiment au fait [des règles] du droit d’auteur. Je suis d’accord que l’important, c’est d’en parler. Ce n’est pas ça le point. Mais on aurait pu faire à tout le moins preuve d’un peu de créativité ou faire appel à un graphiste de Saint-Boniface ou de la Mauricie. Il aurait pu pondre quelque chose d’original, en s’inspirant de ce que j’ai fait comme on le fait tous», note le créateur de contenu.

Pour sa part, le directeur des communications de la Ville de Saint-Jérôme, Michel Therrien, indique qu’il a envoyé une communication à la Municipalité de Saint-Boniface dans laquelle il demande à ses dirigeants de le contacter afin de lui demander la permission de reprendre le concept pour lequel sa Ville a versé un montant d’argent à M. Raymond. D’ici là, il somme Saint-Boniface de cesser de l’utiliser. M. Therrien précise qu’il ne demande aucune compensation monétaire, mais qu’il tient tout de même à ce que les règles régissant la propriété intellectuelle soient respectées.

Un autre cas de plagiat?

La municipalité de Saint-Frédéric, en Beauce, a elle aussi utilisé le même message, avec le même style graphique, que la Ville de Saint-Jérôme pour sa campagne de réduction de la consommation d’eau potable. Le message est, mot pour mot, celui utilisé par Saint-Jérôme, avec le prénom «Frédéric» remplaçant celui de «Jérôme». L’image se retrouve sur le site de la municipalité, en date du 28 août 2017. Le Nouvelliste n’a toutefois pas été en mesure de confirmer si Saint-Frédéric a demandé à la Ville de Saint-Jérôme de reprendre son concept graphique.

-Avec la collaboration de Matthieu Max-Gessler