Certaines victimes ont appris récemment qu'elles devront s'armer de patience pour faire réparer leur demeure.

La norme de qualité du béton sera relevée

Alors que les victimes de la pyrrhotite continuent d'encaisser le coup de la décision de SNC Lavallin de porter le verdict du mégaprocès en appel, la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite ainsi que le NPD ont savouré une mince consolation, hier, avec une victoire sur un autre front. L'organisme responsable des normes CSA, qui dicte notamment la qualité du béton et du granulat, s'est engagé à modifier la norme fédérale au cours de l'été.
Une décision qui fait suite au jugement rendu par le juge Michel Richard à l'issue du mégaprocès, et qui établissait le taux de pyrrhotite pouvant causer de sérieux dommages à 0,23 % de taux de pyrrhotite en volume. Toutefois, ce taux n'a jamais été chiffré par l'Association canadienne de normalisation, indique le porte-parole de la Coalition Yvon Boivin. C'est le juge, au cours du procès, qui n'a eu d'autre choix que de fixer ce plancher.
«Enfin une bonne nouvelle! Ça aurait dû être fait il y a douze ans, au moment où la première vague de 45 maisons affectées à la pyrrhotite s'était déclarée. On demandait au minimum qu'elle soit chiffrée», explique-t-il. Rappelons que cette norme a été au coeur de bien des débats lors du mégaprocès, étant donné qu'il fallait définir un seuil au-delà duquel le béton pouvait être endommagé.
De son côté, le député de Trois-Rivières aux Communes, Robert Aubin, se félicitait d'être intervenu à de nombreuses reprises durant trois ans pour faire entendre cette revendication qu'il estime majeure. «Je me réjouis de cette avancée. Le NPD a travaillé fort avec les organismes représentant les victimes de ce fléau ainsi que le gouvernement provincial pour forcer Ottawa à agir dans ce dossier. Cependant, je demeure vigilant. Nous avons gagné la première bataille, mais on ne sait toujours pas quelle sera la norme proposée par l'Association canadienne de normalisation (CSA)», a-t-il mentionné.
Bien que la nouvelle norme n'ait pas encore été définie, Yvon Boivin espère qu'elle se situera au niveau de la norme européenne, qui est de 0,1 %. «On devrait peut-être se fier à des gens qui ont plus d'histoire que nous. C'est bien beau de toujours vouloir réinventer la roue, mais dans leur cas, l'expérience a pu fixer la norme à ce niveau. Ce n'est pas pour rien», signale
M. Boivin.
Un avis aussi partagé par Robert Aubin. «L'idéal serait de se rapprocher le plus de la barre du zéro. Si c'est fixé à 0,1 %, je serai le premier à applaudir. Mais il ne faudrait pas que ce soit calqué sur le jugement, car nous avons pu constater que même en-deçà de 0,23 %, des dommages surviennent au béton. S'ils calquent le jugement, on va continuer de se battre», soutient le député, qui rappelle son intention de rédiger un projet de loi privé pour fixer cette norme si le taux déterminé ne convient pas.
Les victimes actuelles de la pyrrhotite ne bénéficieront toutefois pas des retombées positives d'une telle décision, souligne Yvon Boivin, puisque la norme sera implantée sans être rétroactive. «C'était parmi nos premières revendications, mais nous savions que ça ne nous toucherait pas. Ça concernera les maisons qui seront construites après l'implantation de la norme. Mais dans ce genre de dossier, on se dévoue pour la cause et pour ceux qui suivront aussi. Il faut regarder plus loin que notre propre dossier», indique Yvon Boivin.
Pour Robert Aubin, cette décision de l'Association canadienne de normalisation prouve que le ministre Denis Lebel «se goure depuis le début et que la norme est bel et bien la responsabilité du fédéral». Selon le député, la Régie du bâtiment n'émet peut-être pas de norme, mais le Code du bâtiment du Québec, lui, calque la norme établie au fédéral pour déterminer la qualité du granulat. «C'est dommage que les Conservateurs cherchent toujours le détail pour éviter d'avoir à prendre leurs responsabilités, plutôt que de travailler à trouver une solution commune pour aider les victimes», se désole Aubin.